lundi 30 janvier 2006

Le Prince Fatal et le Prince Fortuné de Jeanne Marie Leprince de Beaumont

Source : Wikisource

Il y avait une fois une reine, qui eut deux petits garçons, beaux comme le jour. Une fée, qui était bonne amie de la reine, avait été priée d'être la marraine de ces princes, et de leur faire quelque don :

« Je doue l'aîné, dit-elle, de toutes sortes de malheurs jusqu'à l'âge de vingt-cinq ans, et je le nomme Fatal. »

A ces paroles, la reine jeta de grands cris, et conjura la fée de changer ce don.

« Vous ne savez pas ce que vous demandez, dit-elle à la reine ; s'il n'est pas malheureux, il sera méchant. »

La reine n'osa plus rien dire ; mais elle pria la fée de lui laisser choisir un don pour son second fils.

« Peut-être choisirez-vous tout de travers, répondit la fée ; mais n'importe, je veux bien lui accorder ce que vous me demanderez pour lui.

- Je souhaite, dit la reine, qu'il réussisse toujours dans tout ce qu'il voudra faire ; c'est le moyen de le rendre parfait.

- Vous pourriez vous tromper, dit la fée ; ainsi, je ne lui accorde ce don, que jusqu'à vingt-cinq ans. »

On donna des nourrices aux deux petits princes, mais dès le troisième jour, la nourrice du prince aîné eut la fièvre; on lui en donna une autre qui se cassa la jambe en tombant, une troisième perdit son lait, aussitôt que le prince Fatal commença à la téter ; et le bruit s'étant répandu que le prince portait malheur à ses nourrices, personne ne voulut plus le nourrir, ni s'approcher de lui. Ce pauvre enfant, qui avait faim, criait, et ne faisait pourtant pitié à personne. Une grosse paysanne, qui avait un grand nombre d'enfants, qu'elle avait beaucoup de peine à nourrir, dit qu'elle aurait soin de lui, si on voulait lui donner une grosse somme d'argent ; et comme le roi et la reine n'aimaient pas le prince Fatal, ils donnèrent à la nourrice ce qu'elle demandait, et lui dirent de le porter à son village. Le second prince, qu'on avait nommé Fortuné, venait au contraire à merveille. Son papa et sa maman l'aimaient à la folie, et ne pensaient pas seulement à l'aîné. La méchante femme, à qui on l'avait donné, ne fut pas plutôt chez elle, qu'elle lui ôta les beaux langes dont il était enveloppé, pour les donner à un de ses fils, qui était de l'âge de Fatal ; et, ayant enveloppé le pauvre prince dans une mauvaise jupe, elle le porta dans un bois, où il y avait bien des bêtes sauvages, et le mit dans un trou, avec trois petits lions, pour qu'il fût mangé. Mais la mère de ces lions ne lui fit point de mal, et au contraire, elle lui donna à téter, ce qui le rendit si fort, qu'il courait tout seul au bout de six mois. Cependant le fils de la nourrice, qu'elle faisait passer pour le prince, mourut, et le roi et la reine furent charmés d'en être débarrassés. Fatal resta dans le bois jusqu'à deux ans, et un seigneur de la cour, qui allait à la chasse, fut tout étonné de le trouver au milieu des bêtes. Il en eut pitié, l'emporta dans sa maison, et ayant appris qu'on cherchait un enfant, pour tenir compagnie à Fortuné, il présenta Fatal à la reine. On donna un maître à Fortuné pour lui apprendre à lire ; mais on recommanda au maître de ne le point faire pleurer. Le jeune prince qui avait entendu cela, pleurait toutes les fois qu'il prenait son livre; en sorte qu'à cinq ans, il ne connaissait pas les lettres ; au lieu que Fatal lisait parfaitement et savait déjà écrire. Pour faire peur au prince, on commanda au maître de fouetter Fatal toutes les fois que Fortuné manquerait à son devoir ; ainsi, Fatal avait beau s'appliquer à être sage, cela ne l'empêchait pas d'être battu ; d'ailleurs, Fortuné était si volontaire et si méchant, qu'il maltraitait toujours son frère, qu'il ne connaissait pas. Si on lui donnait une pomme, un jouet, Fortuné le lui arrachait des mains ; il le faisait taire : en un mot, c'était un petit martyr, dont personne n'avait pitié. Ils vécurent ainsi jusqu'à dix ans, et la reine était fort surprise de l'ignorance de son fils.

« La fée m'a trompée, disait-elle ; je croyais que mon fils serait le plus savant de tous les princes, puisque j'ai souhaité qu'il réussît dans tout ce qu'il voudrait entreprendre. » Elle fut consulter la fée sur cela qui lui dit :

« Madame, il fallait souhaiter à votre fils de la bonne volonté, plutôt que des talents ; il ne veut qu'être bien méchant, et il y réussit comme vous le voyez. »

Après avoir dit ces paroles à la reine, elle lui tourna le dos : cette pauvre princesse, fort affligée, retourna à son palais. Elle voulut gronder Fortuné, pour l'obliger à mieux faire ; mais, au lieu de lui promettre de se corriger, il dit que si on le chagrinait, il se laisserait mourir de faim. Alors la reine, tout effrayée, le prit sur ses genoux, le baisa, lui donna des bonbons, et lui dit qu'il n'étudierait pas de huit jours, s'il voulait bien manger comme à son ordinaire. Cependant le prince Fatal était un prodige de science et de douceur ; il s'était tellement accoutumé à être contredit, qu'il n'avait point de volonté, et ne s'attachait qu'à prévenir les caprices de Fortuné. Mais ce méchant enfant, qui enrageait de le voir plus habile que lui, ne pouvait le souffrir, et les gouverneurs, pour plaire à leur jeune maître, battaient à tous les moments Fatal. Enfin, ce méchant enfant dit à la reine, qu'il ne voulait plus voir Fatal, et qu'il ne mangerait pas qu'on ne l'eût chassé du palais. Voilà donc Fatal dans la rue, et comme on avait peur de déplaire au prince, personne ne voulut le recevoir. Il passa la nuit sous un arbre, mourant de froid, car c'était en hiver, et n'ayant pour son souper qu'un morceau de pain, qu'on lui avait donné par charité. Le lendemain matin, il dit en lui-même, je ne veux pas rester à rien faire, je travaillerai pour gagner ma vie jusqu'à ce que je sois assez grand pour aller à la guerre. Je me souviens d'avoir lu dans les histoires, que de simples soldats sont devenus de grands capitaines ; peut-être aurai-je le même bonheur, si je suis honnête homme. Je n'ai ni père, ni mère ; mais Dieu est le père des orphelins ; il m'a donné une lionne pour nourrice, il ne m'abandonnera pas. Après avoir dit cela, Fatal se leva, fit sa prière, car il ne manquait jamais à prier Dieu soir et matin ; et quand il priait, il avait les yeux baissés, les mains jointes, et il ne tournait pas la tête de côté et d'autre. Un paysan, qui passa, et qui vit Fatal, qui priait Dieu de tout son coeur, dit en lui-même, je suis sûr que cet enfant sera un honnête garçon ; j'ai envie de le prendre pour garder mes moutons. Dieu me bénira à cause de lui. Le paysan attendit que Fatal eût fini sa prière, et lui dit :

« Mon petit ami, voulez-vous venir garder mes moutons ? Je vous nourrirai, et j'aurai soin de vous.

- Je le veux bien, répondit Fatal, et je ferai tout mon possible pour vous bien servir. »

Ce paysan était un gros fermier, qui avait beaucoup de valets, qui le volaient fort souvent ; sa femme et ses enfants le volaient aussi. Quand ils virent Fatal, ils furent bien contents :

" C'est un enfant, disaient-ils, il fera tout ce que nous voudrons. "

Un jour la femme lui dit :

« Mon ami, mon mari est un avare qui ne me donne jamais d'argent ; laisse-moi prendre un mouton, et tu diras que le loup l'a emporté.

- Madame, lui répondit Fatal, je voudrais de tout mon coeur vous rendre service, mais j'aimerais mieux mourir que de dire un mensonge et être un voleur.

- Tu n'es qu'un sot, lui dit cette femme ; personne ne saura que tu as fait cela.

- Dieu le saura, madame, répondit Fatal ; il voit tout ce que nous faisons, et punit les menteurs et ceux qui volent.»

Quand la fermière entendit ces paroles, elle se jeta sur lui, lui donna des soufflets, et lui arracha les cheveux. Fatal pleurait, et le fermier l'ayant entendu, demanda à sa femme pourquoi elle battait cet enfant.

« Vraiment, dit-elle, c'est un gourmand, je l'ai vu ce matin manger un pot de crème, que je voulais porter au marché.

- Fi, que cela est vilain, d'être gourmand », dit le paysan ; et tout de suite il appela un valet, et lui commanda de fouetter Fatal. Ce pauvre enfant avait beau dire qu'il n'avait pas mangé la crème, on croyait sa maîtresse plus que lui. Après cela, il sortit dans la campagne avec ses moutons, et la fermière lui dit :

« Hé bien, voulez-vous, à cette heure, me donner un mouton ?

- J'en serais bien fâché, dit Fatal, vous pouvez faire tout ce que vous voudrez contre moi, mais vous ne m'obligerez pas à mentir. »

Cette méchante créature, pour se venger, engagea tous les autres domestiques pour faire du mal à Fatal. Il restait à la campagne le jour et la nuit, et au lieu de lui donner à manger, comme aux autres valets, elle ne lui envoyait que du pain et de l'eau ; et quand il revenait, elle l'accusait de tout le mal qui se faisait dans la maison. Il passa un an avec ce fermier ; et quoiqu'il couchât sur la terre, et qu'il fût si mal nourri, il devint si fort, qu'on croyait qu'il avait quinze ans, quoiqu'il n'en eût que treize : d'ailleurs, il était devenu si patient, qu'il ne se chagrinait plus, quand on le grondait mal à propos. Un jour qu'il était à la ferme, il entendit dire qu'un roi voisin avait une grande guerre. il demanda congé à son maître, et fut à pied dans le royaume de ce prince, pour être soldat. Il s'engagea à un capitaine, qui était un grand seigneur ; mais il ressemblait à un porteur de chaise, tant il était brutal ; il jurait, il battait ses soldats, il leur volait la moitié de l'argent que le roi donnait pour les nourrir et les habiller ; et sous ce méchant capitaine, Fatal fut encore plus malheureux que chez le fermier. Il s'était engagé pour dix ans, et quoiqu'il vît déserter le plus grand nombre de ses camarades, il ne voulut jamais suivre leur exemple ; car il disait, « j'ai reçu de l'argent pour servir dix ans, je volerais le roi, si je manquais à ma parole ». Quoique le capitaine fût un méchant homme, et qu'il maltraitât Fatal, tout comme les autres, il ne pouvait s'empêcher de l'estimer, parce qu'il voyait qu'il faisait toujours son devoir. Il lui donnait de l'argent pour faire ses commissions, et Fatal avait la clef de sa chambre, quand il allait à la campagne, ou qu'il dînait chez ses amis. Ce capitaine n'aimait pas la lecture, mais il avait une grande bibliothèque, pour faire croire à ceux qui venaient chez lui, qu'il était un homme d'esprit ; car dans ce pays-là, on pensait qu'un officier qui ne lisait pas l'histoire, ne serait jamais qu'un sot et qu'un ignorant. Quand Fatal avait fait son devoir de soldat, au lieu d'aller boire et jouer avec ses camarades, il s'enfermait dans la chambre du capitaine, et tâchait d'apprendre son métier, en lisant la vie des grands hommes, et il devint capable de commander une armée. Il y avait déjà sept ans qu'il était soldat, lorsqu'il fut à la guerre. Son capitaine prit six soldats avec lui, pour aller visiter un petit bois : et quand il fut dans ce petit bois, les soldats disaient tout bas, « il faut tuer ce méchant homme, qui nous donne des coups de canne, et qui nous vole notre pain ». Fatal leur dit qu'il ne fallait pas faire une si mauvaise action ; mais au lieu d'écouter, ils lui dirent qu'ils le tueraient avec le capitaine, et mirent tous les cinq l'épée à la main. Fatal se mit à côté de son capitaine, et se battit avec tant de valeur, qu'il tua lui seul quatre de ces soldats. Son capitaine, voyant qu'il lui devait la vie, lui demanda pardon de tout le mal qu'il lui avait fait ; et ayant conté au roi ce qui lui était arrivé, Fatal fut fait capitaine, et le roi lui fit une grosse pension. Oh, dame, les soldats n'auraient pas voulu tuer Fatal, car il les aimait comme ses enfants ; et, loin de leur voler ce qui leur appartenait, il leur donnait de son argent, quand ils faisaient leur devoir. Il avait soin d'eux, quand ils étaient blessés, et ne les reprenait jamais par mauvaise humeur. Cependant on donna une grande bataille, et celui qui commandait l'armée ayant été tué, tous les officiers et les soldats s'enfuirent ; mais Fatal cria tout haut, qu'il aimait mieux mourir les armes à la main, que de fuir comme un lâche. Ses soldats lui crièrent qu'ils ne voulaient point l'abandonner, et leur bon exemple ayant fait honte aux autres, ils se rangèrent autour de Fatal, et combattirent si bien, qu'ils firent le fils du roi ennemi prisonnier. Le roi fut bien content, quand il sut qu'il avait gagné la bataille, et dit à Fatal qu'il le faisait général de toutes les armées. Il le présenta ensuite à la reine et à la princesse sa fille, qui lui donnèrent leurs mains à baiser. Quand Fatal vit la princesse, il resta immobile. Elle était si belle, qu'il en devint amoureux comme un fou, et ce fut alors qu'il fut bien malheureux ; car il pensait qu'un homme comme lui, n'était pas fait pour épouser une grande princesse. Il résolut donc de cacher soigneusement son amour, et tous les jours il souffrait les plus grands tourments : mais ce fut bien pis, quand il apprit que Fortuné, ayant vu un portrait de la princesse, qui se nommait Gracieuse, en était devenu amoureux, et qu'il envoyait des ambassadeurs pour la demander en mariage. Fatal pensa mourir de chagrin : mais la princesse Gracieuse, qui savait que Fortuné était un prince lâche et méchant, pria si fort le roi son père, de ne la point forcer à l'épouser, qu'on répondit à l'ambassadeur, que la princesse ne voulait point encore se marier. Fortuné, qui n'avait jamais été contredit, entra en fureur, quand on lui eut rapporté la réponse de la princesse : et son père, qui ne pouvait lui rien refuser, déclara la guerre au père de Gracieuse, qui ne s'en embarrassa pas beaucoup ; car il disait, « tant que j'aurai Fatal à la tête de mon armée, je ne crains pas d'être battu ». Il envoya donc chercher son général, et lui dit de se préparer à faire la guerre : mais Fatal, se jetant à ses pieds, lui dit qu'il était né dans le royaume du père de Fortuné, et qu'il ne pouvait pas combattre contre son roi. Le père de Gracieuse se mit fort en colère, et dit à Fatal qu'il le ferait mourir, s'il refusait de lui obéir ; et qu'au contraire, il lui donnerait sa fille en mariage, s'il remportait la victoire sur Fortuné. Le pauvre Fatal, qui aimait Gracieuse à la folie, fut bien tenté ; mais à la fin, il se résolut à faire son devoir, sans rien dire au roi ; il quitta la cour et abandonna toutes ses richesses. Cependant Fortuné se mit à la tête de son armée, pour aller faire la guerre ; mais au bout de quatre jours, il tomba malade de fatigue ; car il était fort délicat, n'ayant jamais voulu faire aucun exercice. Le chaud, le froid, tout le rendait malade. Cependant, l'ambassadeur, qui voulait faire sa cour à Fortuné, lui dit qu'il avait vu à la cour du père de Gracieuse, ce petit garçon qu'il avait chassé de son palais ; et qu' on disait que le père de Gracieuse lui avait promis sa fille. Fortuné, à cette nouvelle, se mit dans une grande colère, et aussitôt qu'il fut guéri, il partit pour détrôner le père de Gracieuse, et promit une grosse somme d'argent à celui qui lui amènerait Fatal. Fortuné remporta de grandes victoires, quoiqu'il ne combattît pas lui-même ; car il avait peur d'être tué. Enfin, il assiégea la ville capitale de son ennemi, et résolut de faire donner l'assaut. La veille de ce jour, on lui amena Fatal, lié avec de grosses chaînes, car un grand nombre de personnes s'étaient mises en chemin pour le chercher. Fortuné, charmé de pouvoir se venger, résolut, avant de donner l'assaut, de faire couper la tête à Fatal, à la vue des ennemis. Ce jour-là même, il donna un grand festin à ses officiers, parce qu'il célébrait son jour de naissance, ayant justement vingt-cinq ans. Les soldats qui étaient dans la ville, ayant appris que Fatal était pris, et qu'on devait dans une heure lui couper la tête, résolurent de périr, ou de le sauver ; car ils se souvenaient du bien qu'il leur avait fait, pendant qu'il était leur général. Ils demandèrent donc permission au roi de sortir pour combattre, et cette fois, ils furent victorieux. Le don de Fortuné avait cessé ; et comme il voulait s'enfuir, il fut tué. Les soldats victorieux coururent ôter les chaînes à Fatal, et dans le même moment, on vit paraître en l'air deux chariots brillants de lumière. La fée était dans un de ces chariots, et le père et la mère de Fatal étaient dans l'autre, mais endormis. Ils ne s'éveillèrent qu'au moment où leurs chariots touchaient la terre, et furent bien étonnés de se voir au milieu d'une armée. La fée alors s'adressant à la reine, et lui présentant Fatal, lui dit :

« Madame, reconnaissez dans ce héros votre fils aîné ; les malheurs qu'il a éprouvés, ont corrigé les défauts de son caractère, qui était violent et emporté. Fortuné, au contraire, qui était né avec de bonnes inclinations, a été absolument gâté par la flatterie, et Dieu n'a pas permis qu'il vécût plus longtemps, parce qu'il serait devenu plus méchant chaque jour. Il vient d'être tué ; mais, pour vous consoler de sa mort, apprenez qu'il était sur le point de détrôner son père, parce qu'il s'ennuyait de n'être pas roi. »

Le roi et la reine furent bien étonnés, et ils embrassèrent de bon coeur Fatal, dont ils avaient entendu parler fort avantageusement. La princesse Gracieuse et son père apprirent avec joie l'aventure de Fatal, qui épousa Gracieuse, avec laquelle il vécut fort longtemps, parfaitement heureux et fort vertueux.

Vague de froid 2006 en Europe

La vague de froid de janvier 2006 a affecté toute l'Europe de l'Est et fait de nombreuses victimes, surtout parmi les sans-abris. Le phénomène a commencé le 20 janvier en Russie et s'est étendu à l'Europe centrale. Dans certaines régions de Pologne, de Roumanie et d'Ukraine, les températures sont tombées à -30°C. D'après Patrick Galois, météorologue de Météo-France, "il faut remonter au moins à 10 ans, et parfois à 20 ans en arrière, pour observer des froids aussi vifs"1. La neige est tombée en abondance en Turquie et en Grèce, provoquant la paralysie des transports.

Bilan

  • 80 morts, dont 37 rien qu'en Pologne, 4 en Allemagne (le 23 janvier)
  • 200 morts dans toute l'Europe annoncés par Le Figaro (23 janvier)

Quelques températures

Au lundi 23 janvier :

  • Varsovie : -26°C
  • Kiev : -24°C
  • Berlin : -20°C
  • Göteborg : -20°C
  • Bucarest : -16°C.

Références

Source : Wikipedia

Dr. Venkataswamy - Le Chirurgien Visionnaire

Dr. Venkataswamy

Source : le portrait Dr. Venkataswamy sur le site Tour du Monde en 80 Hommes où vous trouverez de nombreux autres portraits d'hommes ou de femmes qui ont marqué notre époque pour un développement durable. Une belle initiative qui redonne confiance et optimisme.

Dr. Venkataswamy - Madurai (Tamil Nadu/Inde) - 11 Octobre 2003

Govindappa Venkataswamy, surnommé Dr V., est un des chirurgiens indiens les plus reconnus, et on estime qu'entre 150 et 200 000 patients sont passés sous ses mains pour des opérations de la cataracte. Pourtant la première chose qui frappe en le rencontrant est la déformation de ses mains, une arthrose le ronge depuis plus de 50 ans… Son initiative, à l’image de sa vie, nous a laissés admiratifs.

On compte aujourd'hui dans le monde quelque 45 millions de non-voyants et 135 millions de malvoyants, et la cataracte, une maladie due au vieillissement et à des carences alimentaires, est à l'origine de 19 millions de cas de cécité, principalement en Asie et en Afrique. En général, en cas de cataracte liée au vieillissement, on peut procéder à une intervention relativement rapide qui consiste à remplacer le cristallin devenu opaque par une lentille intraoculaire. Cette chirurgie fait toutefois appel à des techniques perfectionnées et à un personnel qualifié et coûte cher. Cette opération, le Dr. V. a trouvé le moyen d’en faire profiter des centaines de milliers de patients gratuitement, à des coûts minimes et selon un modèle largement salué par l’Organisation Mondiale de la Santé.

Fils d’un fermier du sud de l’Inde, il a grandi dans un petit village du Tamil Nadu. À la suite d'études de médecine, il s’engage en 1944 dans l’Armée Britannique afin de participer à l’effort de guerre. De retour en 1947, il assiste à la mort tragique de 3 de ses cousines en couches et décide de faire de l’obstétrique sa spécialité. Une année plus tard, il est victime de très sévères crises d’arthrites déformantes, aussi brutales qu’inexpliquées. Ses membres le font atrocement souffrir et en quelques mois, il se retrouve cloué à un lit d’hôpital sans pouvoir bouger. Ce n’est qu’au bout d’une année qu’il arrive, suite à de fantastiques efforts de rééducation, à se lever seul. De terribles séquelles le poursuivent encore actuellement, ses mains sont difformes, sa démarche difficile et sa souffrance aussi intense que silencieuse.

Incapable alors de pratiquer l’obstétrique, il se forme à la médecine ophtalmique et très rapidement prend en charge la responsabilité du service de soins oculaires de l’hôpital public de Madurai. Malgré son handicap, il devient l’un des meilleurs chirurgiens d’Asie et opère quotidiennement des dizaines de patients. Pendant ces 2 décennies, il se bat pour obtenir des fonds du gouvernement central indien afin de monter des camps mobiles, unique moyen selon lui d’atteindre et de soigner les patients les plus pauvres dans les villages reculés. Cette initiative est une réussite mais ne satisfait pas son ambition grandissante.

Il doit attendre sa retraite forcée en 1976 pour monter une petite structure familiale de 11 lits, l’Aravind Eye Hospital, et appliquer un modèle inédit : ceux qui peuvent payer financent les soins gratuits des plus pauvres. L’hôpital, économiquement indépendant et très rentable, déménage rapidement dans des locaux beaucoup plus spacieux. Les patients affluent, de multiples camps mobiles sont mis en place, des chirurgiens et infirmières sont formés et 2 nouveaux hôpitaux sont inaugurés dans d’autres villes de l’Etat.

Cependant, un problème demeure. Pour réaliser l’opération de la cataracte, les chirurgiens doivent acheter à des prix prohibitifs (autour de 150$) des lentilles aux quelques multinationales américaines se partageant le marché. Il faut donc trouver un moyen de fabriquer ces lentilles en Inde à faible coût. En 1992, David Green, un californien partenaire de l’hôpital déniche et achète les méthodes de fabrication de ces précieuses lentilles. Aurolab, une entité indépendante de l’hôpital est alors créée afin de lancer l’expérience.

Ses résultats, aujourd’hui, sont surprenants. En 2002, 2 500 lentilles sortent chaque jour à des prix unitaires de 5 dollars et sont exportées dans le monde entier, 2 nouveaux hôpitaux ont été construits, un million quatre cent mille patients sont auscultés chaque année, 350 000 sont opérés (30% sont payants, 70% gratuits), un centre de recherche et développement a été créé et 20 à 25 camps sont organisés chaque semaine pour prévenir et soigner dans les zones rurales.

L’hôpital est considéré comme un des meilleurs centres mondiaux d’ophtalmologie devant de nombreux hôpitaux américains et l’OMS en a fait son centre modèle pour la lutte contre la cécité. 10% de tous les ophtalmologistes asiatiques sont venus y suivre des formations, il n’est pas rare d’y croiser des médecins européens, japonais ou américains et, depuis quelques années maintenant, des hôpitaux suivant le même modèle ont été montés au Cambodge, au Népal, en Egypte ou au Malawi.

Lorsque l’on aborde toutes ses réussites, le Dr. V, au crépuscule de sa vie, rappelle humblement tout le chemin qu’il reste à parcourir pour éradiquer la cécité à travers le monde. Il se souvient d’un de ces premiers voyages aux Etats-Unis et conclue avec malice : « J’ai été impressionné par les trésors d’intelligence et d’organisation de Mc Donald’s pour rendre disponibles des hamburgers à bas prix à tous les coins de rues. Pourquoi ne pas déployer les mêmes efforts pour une cause encore plus noble : rendre la vue ? ».

* Le Dr.V recherche activement des structures médicales, des agences de développement ou des ONG francophones spécialisées dans les soins ophtalmiques afin de dupliquer ce modèle en Afrique de l'Ouest. Il ne recherche pas de fonds mais uniquement des partenaires. Si vous disposez de contacts pouvant l'aider dans son admirable inititiative, merci de nous les transmettre en nous écrivant à sylvain@80hommes.com ou mathieu@80hommes.com.

samedi 28 janvier 2006

Dictionnaire de la non-violence

Dictionnaire de la non violence
Jean-Marie Muller, Ed. du Relié, coll. "Sagesses", 2005, 408 p.

Source : Dictionnaire de la non-violence où vous trouverez d'autres informations notamment la liste des 108 mots-clés du dictionnaire. Le site Centre de ressources sur la non-violence de Midi-Pyrénées contient de nombreuses autres informations sur la non-violence.

De la non-violence
par Jean-Marie Muller
Dictionnaire de la non-violence, Ed. du Relié, 2005

Lorsqu'on parle de "non-violence", il importe d'introduire et de maintenir une distinction dont l'oubli engendre bien des équivoques : celle entre l'exigence philosophique de non-violence et la stratégie de l'action non-violente. L'une et l'autre se situent sur des registres différents qu'il convient de distinguer, non pour les séparer, mais pour ne pas les confondre. En tant que principe philosophique, la non-violence est une requête de sens, en tant que méthode d'action, elle est une recherche d'efficacité.

C'est Gandhi qui a offert à l'Occident le mot "non-vio­lence" en traduisant en anglais le terme sanscrit ahimsa, qui est usuel dans les textes de la littérature hindouiste, jaïniste et bouddhiste. Il est formé du préfixe négatif a et du substantif himsa qui signifie le désir de nuire, de faire violence à un être vivant. L'ahimsa est la reconnaissance, l'apprivoisement, la maîtrise et la transmutation du désir de violence qui est en l'homme et qui le conduit à vouloir écarter, exclure, éliminer, meurtrir l'autre homme.

Si l'on s'en tenait à l'étymologie, une traduction possible de ahimsa serait in-nocence. Les étymologies de ces deux mots sont en effet analogues : in-nocent vient du latin in-nocens et le verbe nocere (faire du mal, nuire) provient lui-même de nex, necis qui signifie mort violente, meurtre. Ainsi l'innocence est, en rigueur de terme, la vertu de celui qui ne se rend coupable envers autrui d'aucune violence meurtrière. Cependant, de nos jours, le mot innocence évoque plutôt la pureté suspecte de celui qui ne commet pas le mal beaucoup plus par ignorance et par impuissance que par vertu. L'attitude non-violente ne saurait être confondue avec cette innocence-là. Cependant, cette distorsion du sens du mot est significative : comme si le fait de ne pas commettre le mal révélait une sorte d'impuissance... L'option pour la non-violence réhabilite l'innocence comme la vertu de l'homme fort et comme la sagesse de l'homme juste.

Lorsque l'homme fait l'expérience de la violence et qu'il met à distance ses affects pour réfléchir, il la reconnaît comme la violation de la dignité de l'humanité, en lui-même et en l'autre homme ; dans le même temps, il découvre la requête de non-violence qu'il porte en lui. Le moi empirique se découvre violent et se nomme tel parce qu'il se réfère à un moi intérieur qui exige la non-violence. Cette exigence de la conscience est en l'homme avant qu'il ne rencontre la violence : l'exigence de non-violence est antérieure et supérieure au désir de violence. Elle est originelle et principielle. Cependant, c'est seulement après l'avoir expérimentée que l'homme prend conscience de la déraison de la violence, de son inhumanité, de son non-sens. Il comprend alors qu'il ne peut construire son humanité qu'en opposant à la violence un non catégorique qui lui refuse toute légitimité. Dire non à la violence, en affirmant que l'exigence de non-violence fonde et structure l'humanité de l'homme, c'est refuser l'allégeance que la violence exige de chacun. Méconnaître cette exigence, c'est nier la possibilité humaine de briser la loi de la nécessité, c'est dénier à l'homme la liberté de s'affranchir de la fatalité pour devenir un être raisonnable. L'ambition de la non-violence est de civiliser la vie.

Celui qui opte pour la non-violence est un homme étonné, il est au sens propre de ce mot, stupéfait par la violence, la sienne propre ou celle d'autrui. Celui qui se décide à la non-violence est un homme blessé par la violence. La dé-figuration du visage par la violence lui apparaît comme le comble de l'ab-jection. Elle provoque en lui la révolte. Il s'insurge contre les routines de violence qui s'emparent du monde. Ce n'est pas la mort qui lui semble abjecte, mais le meurtre. Il voit dans le scandale de la violence l'évidence de la non-violence.

Il a souvent été dit que le mot "non-violence", parce qu'il est négatif, était mal choisi et entretenait par lui-même de nombreuses ambiguïtés. Tout d'abord, il convient de souligner qu'il ne s'agit pas d'une simple mais d'une double négativité, dès lors que l'on considère que la violence est le viol de la vie - et cela donne à ce mot un caractère affirmatif. Surtout, le mot non-violence est décisif par sa négativité même, car il permet, et lui seul, de délégitimer la violence. Il est le terme le plus juste pour exprimer ce qu'il veut signifier : le refus de tous les processus de légitimation et de justification qui font de la violence un droit de l'homme. Si le mot "non-violence" est formellement négatif, il ne signifie pas que la non-violence est la négation de la violence, mais qu'elle se trouve dans un rapport d'opposition réelle à la violence, c'est-à-dire que sa visée est d'en détruire les causes et les conséquences. Le non que la non-violence oppose à la violence est un non de résistance. En définitive, la non-violence n'est pas tant le refus de la violence que la lutte contre la violence. Elle est certes abstention, mais cette abstention exige elle-même l'action.

Si nous visualisons le rapprochement des deux mots : "violence / non-violence", nous voyons clairement que la structure même du mot "non-violence" brise, vis-à-vis de la violence, toute symétrie, toute réciprocité, toute imitation. La violence s'exerce toujours dans la réciprocité vis-à-vis de l'adversaire ; la non-violence toujours dans la non-réciprocité.

L'option pour la non-violence, c'est l'actualisation dans notre propre existence de l'exigence universelle de la conscience raisonnable qui s'est exprimée par l'impératif, lui aussi formellement négatif : "Tu ne tueras pas." Cette interdiction du meurtre est universelle. Elle est essentielle, parce que le désir du tuer se trouve en chacun de nous. Le meurtre est interdit parce qu'il demeure toujours possible, et parce que cette possibilité ouvre sur l'inhumanité. L'interdiction est impérative parce que la tentation est impérieuse ; et celle-là est d'autant plus impérative que celle-ci est plus impérieuse. La non-violence est donc d'abord une exigence négative. Elle demande à l'homme de dés-armer ses affects, ses désirs, ses sentiments, son intelligence et ses bras afin qu'il puisse se déprendre de toute mal-veillance à l'encontre de l'autre homme. Il sera alors libre de lui manifester sa bien-veillance, de lui exprimer sa béné-volence.

Avant d'être une méthode d'action, la non-violence est donc, d'abord et essentiellement, une attitude. Elle est l'attitude éthique et spirituelle de l'homme debout qui reconnaît la violence comme la négation de l'humanité, à la fois de sa propre humanité et de l'humanité de l'autre, et qui décide de refuser de se soumettre à sa loi. La non-violence est le respect de la dignité de l'humanité de l'homme, en lui-même et en tout autre homme. Pareille attitude se fonde sur une conviction existentielle : la non-violence est une plus forte résistance à la violence que la contre-violence. Une caractéristique de la violence est de provoquer une autre violence. La violence est un enchaînement. La non-violence veut briser cet engrenage. La contre-violence, en définitive, ne permet pas de combattre le système de la violence parce qu'elle en fait elle-même partie et ne fait que l'entretenir. En toute rigueur, la contre-violence est une violence contraire, mais elle n'est pas le contraire de la violence. Elle n'est pas la même violence, mais elle est elle-même une violence. Elle est une violence autre, mais elle est une autre violence. Opter pour la non-violence, c'est, face à la violence subie, refuser de ré-agir en rendant la violence pour la violence, reproduisant ainsi le mal subi. C'est, tout au contraire, décider d'agir librement pour interrompre la chaîne des revanches et des vengeances.

Ici l'enjeu est la liberté, rien de moins, la liberté d'un sujet qui oppose la force et le courage à l'arbitraire des circonstances. Il s'agit de décider. Mais qu'est-ce qui nous empêche de choisir vraiment notre camp, de nous décider pour la non-violence ? Ne serait-ce pas parce que nous nous abandonnons facilement à la foi naïve dans la nécessité, parce que nous refusons finalement de croire en la liberté de l'homme ? Parce que nous jouons avec cette pensée que, la violence étant ancestrale, elle est honorable, respectable, inscrite en quelque sorte dans la destinée humaine. Un héritage, pour ainsi dire, une tradition. Ces arrières-pensées ne désarment-elles pas insidieusement notre capacité de vouloir ? Ces pensées de l'arrière ne minent-elles pas le sol de notre décision ? Avant même que nous choisissions, c'est déjà décidé, nous nous accommodons de la nécessité.

L'exigence de non-violence est une invitation à la conversion : conversion du cœur, du regard, de l'intelligence. Et toute conversion est rupture, dissidence, dépassement, déplacement, dérangement, retournement, basculement, déménagement. Toute conversion est une partance. Mais toute partance est une re-création. Pour que l'homme se décide à la non-violence, il faut qu'il se réveille du sommeil existentiel dans lequel son humanité se trouve endormie. Dans ce sommeil, l'individu se soumet passivement aux habitudes séculaires de la société qu'il n'a pas l'énergie de remettre en cause. Que doit-il décider en définitive ? Eh bien de faire reculer les limites de la nécessité en cultivant la non-violence.

Comme toute exigence éthique, la non-violence présente une double face : l'une invite à ne pas collaborer avec la violence, l'autre à œuvrer pour la justice. Une fois la violence récusée, l'homme peut accomplir l'œuvre positive de la non-violence et manifester de la bienveillance et de la bonté envers l'autre homme. La vertu de non-violence est l'exigence première de la philosophie : elle est le principe même du courage et de la sagesse. La non-violence est l'exigence qui s'impose d'emblée à l'homme dès qu'il se découvre incliné à être violent. Elle conditionne la possibilité d'être bon. C'est pourquoi la philosophie reconnaît l'exigence de non-violence comme la source la plus haute de l'humanité de l'homme. L'exigence de non-violence oblige essentiellement envers les ennemis, c'est-à-dire envers les violents. C'est alors seulement qu'elle prend son véritable sens. Quelle portée aurait-elle si elle n'obligeait qu'envers les amis ? La non-violence est le porche qui désigne à l'homme le chemin du respect, de la compassion, de la bonté, de l'amour. Au-delà encore, celui de la transcendance. Oui, la non-violence propose une transcendance, mais elle n'impose aucun absolu - et cela protège de tout virus idéologique.

Le respect, la compassion, la bonté et l'amour n'invitent pas l'homme à se cantonner à l'intérieur de sa maison, elles l'obligent à l'action vers l'extérieur. Et s'il convient d'affirmer le caractère universel de la non-vio­lence en tant qu'exigence spirituelle, il faut reconnaître le caractère relatif de la non-violence en tant qu'action politique. Par elle-même, l'exigence de non-violence ne donne pas de réponse directe et im­médiate à la question de savoir comment agir concrètement dans la situation historique du lieu et du moment. Lorsqu'il faut agir, la certitude fait place à l'incertitude : nous ne savons jamais quelle est l'action la mieux appropriée pour bien faire. Nous ne sommes jamais certains des conséquences de notre action. Jamais, une situation concrète n'impose avec évidence ce qu'il convient de faire pour bien faire. Il n'y a pas d'action qui ne soit sans ambiguïté. Toute action est une expérimentation dont les résultats sont contingents et aléatoires. L'action est toujours à inven­ter, sans que le plus souvent, nous soyons certains d'avoir trouvé la bonne méthode. L'action est une école d'humilité.

La non-violence se trouve souvent récusée comme une chimère sous prétexte que «la non-violence absolue» n'est pas possible. Mais il y a mal-entendu. La non-violence n'a jamais prétendu être absolue. Certes, l'état de non-violence est en soi une u-topie - c'est-à-dire qu'il n'existe nulle-part, qu'il n'est réalisé qu'il n'est réalisé en aucun-lieu. Et il y a certainement un bon usage de l'u-topie pour représenter un idéal qui éclaire l'à-venir. Mais le mouvement de réalisation de la non-violence dans la société et dans l'histoire ne part pas de l'u-topie pour s'inscrire dans le réel : il part du réel pour inventer le possible. L'option pour la non-violence ne s'enracine pas dans l'idéal d'une société parfaitement non-violente qu'il s'agirait de mettre en œuvre dans la réalité. La démarche est exactement inverse. La non-violence se fonde sur la prise de conscience de la réalité des multiples violences qui existent dans la société et sur la volonté de transformer cette réalité dans la mesure du possible. Non, la non-violence n'exige pas l'absolu. Simplement, elle demande le possible. Le langage du "tout ou rien" lui est étranger. Entre le tout et le rien, elle veut discerner ce qui est possible ici et maintenant, rien que le possible mais tout le possible. Ce possible qui est généralement délaissé quand il n'est pas dédaigné. Ainsi, non seulement, la non-violence n'est pas un idéalisme, mais, au sujet de la violence, elle invite à un plus grand réalisme.

En définitive, c'est la violence qui est une u-topie. Certes, la violence existe partout, mais jamais, en aucun-lieu, elle n'atteint la fin qui prétend la justifier. Jamais, nulle-part, elle ne réalise la justice entre les hommes. Jamais, en aucun lieu la violence n'apporte une solution humaine aux inévitables conflits humains qui constituent la trame de l'histoire.

Au-delà des chimères et des illusions de l'optimisme, des résignations et des démissions du pessimisme, la non-violence entretient l'espérance fragile que l'homme peut faire croître, en lui et chez les autres, la vertu d'humanité. Cela donne sens à son existence et à son histoire. A sa vie. A sa mort même.

Source : Définition de la non-violence

jeudi 26 janvier 2006

Dieu est amour, première encyclique de Benoît XVI

CITE DU VATICAN, 25 JAN 2006 (VIS). Voici une synthèse de la première encyclique de Benoît XVI, Deus Caritas Est (Dieu est amour), consacrée à l'amour chrétien. Elle est datée du 25 décembre, solennité de la Nativité.

L'encyclique est composée de deux grandes parties. La première, intitulée "L'unité de l'amour dans la création et dans l'histoire du salut", offre une réflexion philosophico-théologique sur les différentes dimensions de l'"amour" -Eros, Philia, Agapé- précisant certaines données essentielles de l'amour de Dieu pour l'homme et du lien intrinsèque que cet amour a avec celui de l'homme. La deuxième partie, intitulée "Caritas, l'exercice de l'amour de la part de l'Eglise en tant que communauté de l'amour", présente la mise en pratique du commandement de l'amour envers le prochain".

PREMIERE PARTIE

Le terme "amour", un des mots le plus utilisé et le plus souvent abusivement dans le monde d'aujourd'hui, possède un vaste champ sémantique. Cependant l'archétype de l'amour par excellence, celui entre l'homme et la femme, domine la multiplicité de ces sens, et il était appelé Eros dans la Grèce antique. Dans la Bible, et surtout dans le Nouveau Testament, le concept d'"amour" est approfondi, évolution qui s'exprime dans la messe par l'abandon du mot Eros en faveur du mot Agapé qui exprime un amour oblatif.

Cette nouvelle vision de l'amour, une nouveauté essentielle du christianisme, a trop souvent été évaluée très négativement comme refus de l'Eros et de la corporéité. Même s'il y a eu de telles tendances, le sens profond est tout autre. L'Eros, mis dans la nature même de l'homme par son Créateur, a besoin de discipline, de purification et de maturation pour ne pas perdre sa dignité originale et ne pas être dégradé au 'sexe' pur, devenant une marchandise.

La foi chrétienne a toujours considéré l'homme comme l'être dans lequel l'esprit et la matière s'interpénètrent, lui conférant une nouvelle noblesse. On peut considérer le défis de l'Eros vaincu quand le corps et l'âme de l'homme se retrouvent en parfaite harmonie. L'amour devient alors, 'extase', mais pas dans le sens d'un moment d'ébriété passagère mais comme exode permanent du moi fermé sur soi vers sa libération dans le don de soi, et donc vers la redécouverte de soi, ou plutôt vers la découverte de Dieu: de cette façon l'Eros peut conduire l'être humain 'en extase' vers le divin.

En fait, Eros et Agapé exigent de ne jamais être complètement séparés l'un de l'autre, au contraire plus ils trouvent tous les deux un juste équilibre, même si dans différentes dimensions, plus la vraie nature de l'amour se réalise. Même si l'Eros est initialement essentiellement désir, au fur et à mesure qu'il se rapproche de l'autre personne il se posera toujours moins de questions sur lui-même, il cherchera toujours plus le bonheur de l'autre, il se donnera et désirera 'être' pour l'autre: c'est ainsi qu'il pénètre en lui et qu'il s'affirme au moment de l'Agapé.

L'Eros-Agapé atteint sa forme la plus radicale dans Jésus-Christ, amour incarné de Dieu. La mort en croix de Jésus, qui se donne pour relever et sauver l'homme, exprime l'amour dans sa forme la plus sublime. Jésus a conféré à ce geste d'offrande une présence durable par l'institution de l'Eucharistie; sous la forme du pain et du vin il se donne comme une nouvelle manne qui nous unit à Lui. En participant à l'Eucharistie nous sommes également impliqués dans la dynamique de son don. Nous nous unissons à Lui et en même temps nous nous unissons à tous ceux à qui Il se donne et nous devenons ainsi "un seul corps". De cette façon l'amour pour Dieu et l'amour pour le prochain fusionnent réellement. Le double commandement, grâce à cette rencontre avec l'Agapé de Dieu, n'est plus seulement exigence: l'amour peut être 'commandé' car il est avant tout donné.

DEUXIEME PARTIE

L'amour pour le prochain, enraciné dans l'amour de Dieu, en plus d'être un devoir pour chaque fidèle, l'est aussi pour toute la communauté ecclésiale, qui dans son activité caritative doit refléter l'amour trinitaire. La conscience d'un tel devoir a eu une importance constitutive pour l'Eglise depuis ses débuts et très vite s'est imposée la nécessité d'une certaine organisation comme fondement pour son meilleur accomplissement.

C'est ainsi que la diaconie est apparue au sein de la structure fondamentale de l'Eglise en tant que service de l'amour vers le prochain exercé en communauté et de manière ordonnée -un service concret, mais également spirituel. Avec la diffusion progressive de l'Eglise, cet exercice de la charité s'est confirmé comme un de ses aspects essentiels. La nature intime de l'Eglise s'exprime dans un triple devoir: l'annonce de la parole de Dieu (kerygma-martyria), la célébration des sacrements (leiturgia) et le service de la charité (diakonia). Ces devoirs s'imposent les uns aux autres et ne peuvent pas être dissociés. A partir du XIX siècle, une objection fondamentale s'est levée contre l'activité caritative de l'Eglise car elle serait en opposition, disait-on, avec la justice et qu'elle finirait par agir comme système de maintient du statu quo. L'Eglise favoriserait le maintien du système injuste en vigueur par l'accomplissement d'ouvre caritative individuelle, le rendant supportable et freinant ainsi la rébellion et le potentiel changement vers un monde meilleur. C'est dans ce sens que le marxisme a indiqué dans la révolution mondiale et dans sa préparation la panacée pour le problème social -un rêve qui s'est évanouit avec le temps. Le magistère pontifical, en commençant par l'encyclique de Léon XIII: Rerum Novarum (1891), jusqu'à la trilogie d'encycliques sociales de Jean-Paul II: Laborem, Exercens (1981), Sollicitudo Rei Socialis (1987) Centesimus Annus (1991), a affronté avec toujours plus d'insistance le problème social, et s'est confronté avec les situations problématiques toujours nouvelles, et il a développé une doctrine sociale très articulée qui propose des orientations valables bien au-delà des frontières de l'Eglise.

Toutefois, la création d'un ordre juste de la société et de l'Etat est le principal devoir de la politique, et ne peut donc être une responsabilité immédiate de l'Eglise. La doctrine sociale catholique ne veut pas conférer à l'Eglise un pouvoir sur l'Etat, mais souhaite seulement purifier et illuminer la raison, en offrant la propre contribution à la formation des consciences, afin que les authentiques exigences de justice soient perçues, reconnues et réalisées. Cependant il n'y a aucune institution d'état, aussi juste soit- elle, qui puisse rendre superflu le service de l'amour. L'Etat qui veut tout diriger devient en définitive une instance bureaucratique qui ne peut pas assurer la contribution essentielle dont l'homme qui souffre -tout homme- a besoin: le tendre dévouement personnel. Qui veut se débarrasser de l'amour se prédispose à se débarrasser de l'homme en tant qu'homme.

Un effet positif collatéral de la globalisation se manifeste de nos temps dans la sollicitude envers le prochain, dépassant les frontières des communautés nationales et qui tend à élargir son horizon au monde entier. Les structures de l'Etat et des associations humanitaires développent de différentes façons la solidarité exprimée pour la société civile: ainsi de très nombreuses organisations à but caritatif et philanthropique sont nées. De plus, au sein de l'Eglise catholique et dans d'autres communautés ecclésiales de nouvelles activités caritatives ont pris forme. Il est fort souhaitable qu'une collaboration fructueuse s'instaure entre toutes ces instances. Naturellement il est important que l'activité caritative de l'Eglise ne perde pas sa propre identité en se dissolvant dans l'organisation commune d'assistance, en devenant une simple variante, mais qu'elle conserve toute la splendeur de l'essence de la charité chrétienne et ecclésiale. Par conséquent:

L'activité caritative chrétienne, en plus de la compétence professionnelle, doit se fonder sur l'expérience d'une rencontre personnelle avec le Christ, dont son amour a touché le cour du croyant, suscitant en lui l'amour pour le prochain.

L'activité caritative chrétienne doit être indépendante de partis et d'idéologies. Le programme du chrétien -le programme du bon samaritain, le programme de Jésus- est 'un cour qui voit'. Ce cour voit là où il y a besoin d'amour et agit en conséquence.

L'activité caritative chrétienne, en outre, ne doit pas être un moyen en fonction de ce qui est appelé aujourd'hui le prosélytisme. L'amour est gratuit; il n'est pas exercé pour atteindre d'autres objectifs. Mais cela ne signifie pas que l'action caritative doive, pour ainsi dire, laisser de côté Dieu et le Christ. Le chrétien connaît le moment opportun pour parler de Dieu et quand il ne faut pas en parler, mais seulement laisser parler l'amour. L'hymne de la charité de Saint Paul doit être la Magna Carta de tout le service ecclésial pour le protéger du risque de se dégrader en activisme pur.

Dans ce contexte, et face aux dangers du sécularisme qui peut conditionner également de nombreux chrétiens engagés dans le travail caritatif, il faut réaffirmer l'importance de la prière. Le contact vivant avec le Christ évite que l'expérience des considérables nécessités et des propres limites peuvent d'un côté pousser l'opérateur dans l'idéologie qui prétend de faire maintenant ce que Dieu, semble t'il, ne réussi pas à faire et de l'autre côté, peuvent avoir la tentation de céder à l'inertie et à la résignation. Qui prie ne perd pas son temps, même si la situation semble ne pousser qu'à l'action, et sans prétendre de changer ou de corriger les plans de Dieu, mais il cherche -sur l'exemple de Marie et des saints- à puiser en Dieu la lumière et la force de l'amour qui vainc chaque obscurité et égoïsme présents dans le monde.

Source : DEUS CARITAS EST, PREMIERE ENCYCLIQUE DE BENOIT XVI du service de presse du Vatican Vatican Information Service initialement trouvé sur le site de l'Opus Dei.

Vous trouverez le texte complet de l'encyclique sur le site du Vatican que je vous recommande, car il est bien écrit.

lundi 23 janvier 2006

Un nouveau procédé pour convertir les émissions des centrales électriques en pétrole a été développé

19 septembre 2005. – La société GreenFuel Technologies Corporation, basée à Cambridge a annoncé la première livraison de son système brevetté Advandce Module à un « grand producteur d'énergie ». Le procédé utilise des algues non-toxiques pour convertir les gaz d'échappement de ces centrales en biocarburant propre.

L'entreprise veut démontrer par cette commande l'interopérabilité entre les différents produits qu'elle propose, (emmissions-to-biofuels TM), le module n'étant qu'une partie de la chaîne. Un test de ces nouvelles méthodes industrielles au préstigieux MIT avait montré qu'on pouvait espérer réduire les émissions de CO2 de 40%, et celles des NOx, agents irritants formant des pluies acides de 86%.

Le fondateur et PDG de GreenFuel s'est dit « fier du bénéfice qu'apportera son parteneriat à l'industrie de l'énergie, dès le premier client » (proud of the mutually beneficial business relationships we are building within the energy sector, starting with this first customer).

Les médias s'étaient déjà interessés à ce projet en 2004, année durant laquelle le Museum of Science de Boston y avait consacré une exposition importante.

Source : Wikinews

Pour en savoir plus, vous pouvez consulter le site GreenFuel Technologies Corporation en anglais.

Réflexions

L'idée est intéressante dans la mesure où elle réduit le gaz carbonique, gaz à effet de serre et les oxydes nitreux toxiques pour nous, tout en produisant un carburant plus "propre" que le pétrole.

Bien sûr, ce sont des micro-algues qui font le travail avec le soleil par la photosynthèse !

Sri Sri Ravi Shankar

Sri Sri Ravi Shankar est né en 1956 en Inde du Sud au sein d'une famille réputée pour sa grande piété. Ses grands-parents, de riches brahmanes, avaient cédé toute leur fortune aux pauvres. Les enfants vivaient donc avec le juste nécessaire dans un climat familial tourné vers l'élévation spirituelle. Les dispositions naturelles du jeune Ravi n'en étaient pas moins étonnantes. Dès l'âge de quatre ans, il pouvait réciter par cœur des pages de la Bhagavad Gita, et trouvait déjà plus d'attrait à la méditation qu'aux jeux de ses camarades. L'inquiétude de ses parents pour son avenir fut de courte durée : les Sages consultés virent dans le petit prodige le très grand Maître qu'il allait devenir. Ils annoncèrent son destin hors du commun, joignant les mains devant l'enfant en signe de respect.

Ses études supérieures en littérature védique furent assurées par le professeur de sanskrit de Gandhi. À la suite de l'assassinat du Mahatma, celui-ci refusait d'enseigner à quiconque jusqu'à ce qu'on lui eût présenté Ravi, âgé alors de neuf ans seulement.

Quand Sri Sri Ravi Shankar entreprit de parcourir le monde pour raviver les valeurs humaines, il était un jeune érudit qui avait clos son cycle d'études à dix-sept ans après avoir atteint le niveau le plus élevé dans toutes les disciplines, y compris les mathématiques, les sciences modernes et les beaux-arts qui regroupent en Inde l'ensemble des sciences humaines.

Ainsi, plutôt que de vivre à l'abri des tumultes du monde, le Maître choisit de se mettre, en prise directe, au service de l’humanité. Cette humanité démunie face à la souffrance, au stress et à la violence, entraves à l'instauration d'une paix individuelle et collective dont lui-même, par la sagesse millénaire qu'il avait reçue, par une connaissance approfondie des mécanismes de l'esprit et par un don de pédagogue manifeste, possédait les clés.

"Il est rafraîchissant de rencontrer quelqu'un comme Sri Sri Ravi Shankar", témoigne son ami le Dalaï Lama, "car il a réussi à réconcilier son éducation scientifique avec sa formation védique pour trouver un chemin qui réponde aux besoins contemporains."

Depuis le début des années 80, Sri Sri Ravi Shankar voyage inlassablement pour apporter des outils concrets adaptés à la prévention et à la résolution des conflits dans le monde. "Exister est un fait, vivre est un art" dit-il. Et cet art, quelles que soient les dispositions naturelles, s'apprend.

En 1982, il crée "l'International Art of Living Foundation", une organisation à but non lucratif, accréditée en tant qu'ONG à statut consultatif spécial auprès des Nations Unies, dont les programmes éducatifs, largement développés dans ses ashrams mais aussi dans les écoles, dans les prisons, sur les terrains de la guerre, sont aujourd'hui proposés dans plus de 140 pays. L'essentiel du soulagement apporté aux diverses populations tient à une profonde réparation du système nerveux par le « souffle » grâce, en particulier, aux effets d'une technique inédite mise au point par Sri Sri Ravi Shankar ("Yoga Shiromani" c'est-à-dire "Instructeur suprême dans la voie du Yoga") : le Sudarshan Kriya. En 1998 et 1999, le processus bénéficie d'une reconnaissance scientifique officielle avec la publication des études médicales confirmant ses bienfaits.

En 1998, Sri Sri Ravi Shankar crée l'Association Internationale pour les Valeurs Humaines. Une autre façon de travailler à la paix et à l'harmonie des sociétés dans le respect des différences. Dans certaines parties du monde les gens vivent dans des conditions de pauvreté sordide. Le manque d'hygiène et l'absence d'éducation engendrent problèmes de santé et maladies diverses. Dans d'autres parties du monde plus favorisées, on rencontre insatisfaction, manque d'harmonie, stress, violence, crime et toutes sortes de maladies sociales. Ailleurs, la guerre a fracturé le tissu social et engendré de grandes souffrances. Dans chacune de ces situations, l'Association Internationale pour les Valeurs Humaines apporte soins et attention à travers son programme des 5H qui comprend plusieurs volets :

- Le programme 5H proprement dit (5H comme health, hygiene, home, human values, harmony in diversity) répond aux besoins des populations démunies en matière de santé, d'hygiène, d'habitat, sans oublier l'indispensable complément des valeurs humaines et de l'harmonie dans la diversité. Le programme propose une approche holistique du développement social. C'est un programme simple qui répond aux besoins variés de différentes populations, cultures et secteurs de société. Sa priorité actuelle est le développement social et communautaire dans les zones rurales des pays en voie de développement.

- PrisonSmart : spécifiquement conçu pour les détenus, les délinquants ou la jeunesse "à risque" comme celle des banlieues. En leur apprenant à gérer leur stress et leurs pulsions, ce programme prévient le crime, évite la récidive et favorise la réhabilitation sociale. Une variante de ce programme s'adresse aussi bien au personnel de la justice pénale qu'aux victimes d'agressions. La réussite incontestable des objectifs poursuivis à travers cet atelier a conduit différents gouvernements -États-Unis en tête- à le subventionner.

- ART Excel : destiné aux jeunes de 7 à 17 ans sur lesquels pèsent aussi les méfaits de la violence. Ce programme interactif et ludique les aide à tirer le meilleur parti de leurs émotions et à développer toutes leurs capacités. Ils en deviennent, de fait, plus efficaces à l'école.

Et Sri Sri Ravi Shankar crée sans cesse d'autres projets satellites afin de venir en aide de façon plus spécifique à telle ou telle catégorie sociale, tels que :

  • le Projet Pieds Nus - une œuvre de formation professionnelle pour l'avancement économique des femmes des pays en voie de développement.
  • Un Euro pour un Heureux - une œuvre charitable qui apporte à des enfants des villages nourriture, services médicaux, eau saine, vêtements et éducation.

En hommage aux services rendus par l'action humanitaire du Maître, la ville de Washington a inscrit à son calendrier une journée dédiée aux valeurs humaines : le "Sri Sri Ravi Shankar Day". Citations aussi des villes de New York et de San Francisco, des États du New-Jersey et de Floride pour le "rôle actif pris dans l'amélioration des vies de nos enfants". Et autres proclamations en Amérique Latine -en Colombie, au Costa Rica, à Hawaï, au Panama.- en remerciement du mieux-vivre acquis. Ce Sage de l’Inde est par ailleurs le seul membre non-occidental admis au Conseil de la Divinity School de l'Université de Yale aux États-Unis.

Sri Sri Ravi Shankar, éminent conférencier et humaniste, est invité chaque année dans près de 50 pays, par des chefs d’états, des dirigeants d’entreprises et des organisations telles que les Nations Unies et le parlement européen. Il fait plusieurs fois le tour de la planète chaque année pour faire savoir partout que les solutions à la violence existent et qu'elles sont à la portée de chacun. Mais aussi pour inciter les partisans de la paix à passer davantage à l'action. Il décourage cependant la fièvre de vouloir tout révolutionner pour la bonne cause, sans même être en état de le faire : "Tous les problèmes dans le monde sont créés par ceux qui veulent la perfection, dit-il (...) Vous voulez tout changer sauf vous-mêmes, sauf votre mental, sauf votre vision. Ce désir est une illusion."

"Ce dont nous avons le plus besoin, c'est d'être nous-mêmes, " dit-il encore, "car le bonheur ne dépend de rien qui nous soit extérieur. (...) La seule vraie sécurité qu'on puisse trouver en ce monde réside dans le fait même de donner de l'amour."

Liens externes

Source : Wikipedia

L'UE veut homologuer 8 pesticides dangereux

23 janvier 2006. – Selon l'Acap (Action citoyenne pour une Alternative aux Pesticides) et le MDRGF (Mouvement pour le Droit et le Respect des Générations Futures), la Commission européenne par le biais de son comité SCFCAH devrait homologuer 8 pesticides jugés dangereux par l'INRA et le CEMAGREF.

La décision devrait être prise les 26 et 27 janvier prochain.

L'ajout de ces produits (Azinphos-methyl, Carbendazim, Dinocap, Fenarimol, Flusilazole, Methamidophos, Procymidone, Vinclozolin) à l'Annexe I de la directive 91/414/CEE avait reçu un avis négatif en août 2005.

Sources

Source : Wikinews

vendredi 20 janvier 2006

Singes de la sagesse

Les singes de la sagesse
Sculpture de Hidari Jingoro au sanctuaire Tōshōgū à Nikkō (Japon)

Les singes de la sagesse sont au nombre de trois. Tels qu'ils sont représentés en Chine et au Japon, le premier se couvrant les yeux, le deuxième les oreilles et le troisième la bouche, ils forment une sorte de maxime picturale : Ne rien voir de mal, ne rien entendre de mal, ne rien dire de mal. À celui qui suit cette maxime, il n'arrivera que du bien.

Une des plus anciennes représentations connues de ces trois singes se trouve à Nikkō au Japon. Elle est attribuée au sculpteur Hidari Jingoro (1594-1634).

En japonais, les trois singes sont appelés Mizaru (見猿), Kikazaru (聞か猿) et Iwazaru (言わ猿). Ces trois noms signifient littéralement : Ne vois pas, n'entends pas, ne parle pas. Ils constituent aussi un jeu de mots sur zaru (forme verbale négative) et saru (singe). Il est probable toutefois que l'histoire des trois singes soit d'origine indienne et qu'elle ait été introduite au Japon par l'intermédiaire de pélerins bouddhistes venus de Chine pendant la période Yamato (VIIIe siècle).

Cette maxime fut notamment prise pour devise par Gandhi, qui gardait toujours avec lui une petite sculpture de ces trois singes.

Liens externes

Source : Wikipedia

Esséniens

Les esséniens étaient les membres d'une communauté juive fondée vers le IIe siècle av. J.-C.. Les principales communautés s'établirent sur les rives de la mer Morte. Les esséniens sont décrits par Flavius Josèphe, Philon d'Alexandrie et Pline l'Ancien. Les archéologues pensent que le site de Qumrân était un établissement essénien et que ceux-ci seraient les auteurs des manuscrits de la mer Morte. Le mouvement semble disparaître vers 70 après J.-C.

On raconte que leur alimentation était particulière en ce qu'elle ne devait pas subir de transformation, par la cuisson par exemple. Leur nourriture se composait essentiellement de pain, de racines sauvages, et de fruits. La consommation de viande était interdite.

Ils vivaient selon des règles très strictes :

  • fausse déclaration de biens : un an d'exclusion ;
  • mensonge ou mise en colère contre un autre membre de la communauté : 6 mois ;
  • crachat ou rire pendant une réunion ou séance de prière : 1 mois ;
  • si on gesticule pendant une réunion : 10 jours.
  • Le port de lainages était prohibé.

Le plus marquant dans cette communauté est la mise en commun et la répartition des biens de la collectivité selon les besoins de chaque membre. Le shabbat était observé strictement, comme la pureté rituelle (bains à l'eau froide et port de vêtements blancs). Il était interdit de jurer, de prêter serment, de procéder à des sacrifices d’animaux, de fabriquer des armes, de faire des affaires ou de tenir un commerce. Les membres, après un noviciat de trois ans, renonçaient aux plaisirs terrestres pour entrer dans une vie monacale.

Lors de la destruction du Temple et le chaos qui embrasa la Judée à la fin du premier siècle, les esséniens ne réussirent plus à garder leur identité, et furent englobés dans la communauté pharisienne, ce qui donna naissance à la tradition du judaïsme rabbinique. Certains éléments laissent penser que les esséniens ont également inspiré les premiers chrétiens. D'une certaine façon, ils furent les premiers à professer que le sacré pouvait exister en dehors des sacrifices du Temple.

On sait d'après les textes trouvés à Qoumrân que les esséniens vénéraient un Maître de Justice, probablement leur fondateur, qui aurait été la victime d'un prêtre impie.

Il paraît fort probable que ce Maître de Justice ne fut autre que le grand prêtre Onias III, déposé en 175 avant l'ère chrétienne par Antiochus IV Epiphane, puis assassiné en 170 dans son exil de Syrie à l'instigation de son successeur Ménélas, auquel il ne ménageait pas ses reproches. Onias III serait donc le Maître de Justice et Ménélas le prêtre impie. On sait qu'Onias III fut le dernier grand prêtre légitime de la descendance de Sadoq (grand prêtre de Salomon le fondateur du Temple de Jérusalem).

Les esséniens, qui se déclaraient "fils de Sadoq", seraient donc les partisans légitimistes d'Onias III, avant tout des gens de race sacerdotale, ou les alliés de ces derniers. Cela expliquerait leur fidélité fondamentale à la religion de leurs ancêtres juifs, et leur vénération extrême à l'égard du Temple de Jérusalem, dans lequel pourtant ils ne célébraient pas, parce qu'ils l'estimaient occupé par des usurpateurs.

On ne doit en aucun cas parler de secte à propos des esséniens, qui étaient, ou se voulaient, les plus fidèles des Israélites. Leurs moeurs, qui ont été décrites ci-dessus, étaient avant tout celles de prêtres, inspirées par les prescriptions du Lévitique. Les ablutions rituelles y tenaient une grande place. Même leur tunique, blanche, était un vêtement sacerdotal.

L'hypothèse que nous émettons rendrait fort bien compte de leur attachement à un ancien calendrier liturgique, dont on trouve la description dans nombre d'écrits pseudépigraphiques: par exemple le Livre d'Hénoch ou le Livre des Jubilés. Ce calendrier était solaire (avec une année de 364 jours) par opposition au calendrier juif officiel, celui du Temple, fondé sur les cycles de la lune.

Dans les récits de la passion du Christ eux-mêmes, tels que rapportés par les évangiles canoniques, on trouve la trace d'un double calendrier.

Les relations des esséniens avec la monarchie hasmonéenne furent ambiguës: à la fois ils rejetaient ces monarques comme grands prêtres illégitimes, mais ils appuyaient hautement leur résistance à l'influence grecque, et païenne, représentée par les séleucides. C'est la raison pour laquelle les esséniens furent probablement tolérés, et non pas persécutés, par les Hasmonéens, puis ensuite par les Hérodiens, leurs héritiers.

Il y eut très peu de rapports entre les esséniens et les débuts du christianisme, car les origines de la mouvance essénienne furent bien antérieures à l'ère chrétienne. Dans les écrits de Qoumrân on ne trouve aucune allusion, et pour cause, au christianisme. On doit remarquer cependant que les esséniens espéraient très fortement la venue d'un Messie "fils de David". Il y a là une affinité certaine avec le christianisme.

Il est probable que l'établissement de Qoumrân représentait une survivance précaire du mouvement essénien dont il n'est pas question, par ailleurs, dans le Nouveau Testament.

En 70, après la destruction de leur établissement par les légions romaines puis la ruine de Jérusalem, les esséniens disparurent complètement. Il demeure fort peu vraisemblable qu'ils se soient mêlés ou fondus dans la secte des pharisiens, fidèles du Temple, qui représentaient plutôt pour eux leurs ennemis. Quand on lit dans les Actes des Apôtres qu' "une multitude de prêtres obéissaient à la foi" (Ac 6,7), on peut imaginer que parmi ces prêtres il y avait des "sadocites", ou partisans de Sadoq, autrement dit des esséniens.

Jean-Baptiste, fils d'un prêtre exerçant dans le Temple de Jérusalem, n'était pas, par conséquent, essénien. Mais il avait sûrement de nombreux parents parmi ces prêtres dissidents. Puisqu'on nous dit qu' "il demeurait dans les déserts jusqu'au jour de sa manifestation à Israël" (Lc 1,80), peut-être fut-il élevé dans l'un de leurs établissements. Mais ce n'est là qu'une hypothèse.

Bibliographie

Le mythe des esséniens H.E. Del Medico Plon 1958

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Source : Wikipedia

Eau virtuelle

Le concept d’eau virtuelle associe à quelques biens de consommation ou intermédiaires la quantité d’eau nécessaire à leur fabrication.

Elle donne également quand il s’agit de besoins d’eau pure, qui ne sera pas réutilisable ensuite sans traitement, un minorant de la quantité d’énergie nécessaire pour les produire, puisqu’en régime permanent cette eau pure ne peut provenir que d’un processus d’évaporation dont on connait la consommation en énergie.

Usage du concept

Daniel Zimmer, directeur du Conseil mondial de l’eau et intervenant à la session du forum intitulée « Échanges et géopolitique de l’eau virtuelle », au Forum mondial de l’eau de 2003 à Kyoto indique ceci :

  • « Consommer un kilogramme de blé, c’est aussi, dans les faits, consommer le millier de litres d’eau qu’il a fallu pour faire pousser cette céréale. Manger un kilogramme de bœuf, c’est aussi consommer les 13 000 litres d’eau qui ont été nécessaires pour produire cette quantité de viande. Ce volume correspond à ce nous appelons l’eau cachée, ou virtuelle. C’est parce qu’ils ne sont pas conscients de ce phénomène que tant d’êtres humains emploient cette ressource en aussi grande quantité. (...)
  • « Les différences dans l’utilisation de cette eau virtuelle sont frappantes d’un continent à l’autre. Si, en Asie, on en consomme en moyenne 1 400 litres par jour et par habitant, ce chiffre avoisine les 4 000 litres en Europe et en Amérique du Nord. Environ 70 % de l’eau utilisée par les activités humaines sont consacrés à sa production alimentaire. (...)
  • « Parmi les principaux importateurs nets d’eau virtuelle, on peut citer le Sri Lanka, le Japon, les Pays-Bas, la Corée du Sud, la Chine, l’Espagne, l’Égypte, l’Allemagne et l’Italie. »

Quelques ordres de grandeur

D’après la FAO, il faut :

  • 1 000 litres d’eau (1 m³) pour produire un kilogramme de blé
  • 2 500 litres d’eau pour produire un kilogramme de riz
  • 20 000 litres (20 tonnes) pour produire un kilogramme de viande de bœuf.

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Source : Wikipedia

jeudi 19 janvier 2006

Grippe de 1918

La grippe de 1918, aussi nommée à tort "grippe espagnole", est une souche (H1N1) particulièrement virulente et contagieuse de grippe qui s'est répandue en pandémie ayant fait entre 20 et 40 millions de morts, 30 millions selon l'Institut Pasteur. Elle sévit de 1918 à 1920 sur l'ensemble du monde et est posée par certains comme la pandémie la plus mortelle de l'histoire, devant les 34 millions de morts de la Peste noire.

Son surnom "grippe espagnole" semble venir du fait que seule l'Espagne - non impliquée dans la Première Guerre mondiale- publia librement les informations relatives à cette épidémie. Les journaux français parlaient donc de la grippe espagnole qui faisait des ravages en Espagne sans mentionner les cas français.

Historique

Article détaillé : Pandémie de la grippe espagnole.

Apparemment originaire de Chine (1918), où elle serait passée du canard au porc puis à l'homme, elle gagne rapidement les États-Unis, muta et devint létale (pour ~3% des malades, contre moins de 1/1000 pour les autres épidémies de grippe), et se répandit en pandémie mondiale, par l'Europe, puis dans le monde entier par ses colonies.

Elle fait environ 408 000 morts en France, mais la censure de guerre en limita l'écho, les journaux annonçant une nouvelle épidémie en Espagne, pays neutre et donc moins censuré, alors que l'épidémie faisait déjà ses ravages en France. Elle mérite donc le nom de « pandémie ». L'essentiel de son action se fit durant l'hiver 1918-1919, avec 1 milliard de malades, et 20 à 40 millions de morts.

En quelques mois seulement, elle fit plus de victimes que la Première Guerre mondiale qui se terminait à peine.

Sa progression fut foudroyante : des foyers d'infection furent localisés de part et d'autre des USA en sept jours à peine, le reste du monde en trois mois.

Par cette pandémie, il y a une prise de conscience de la nature internationale de la menace épidémies et maladies, de l'importance de l'hygiène, d'un réseau de surveillance afin d'être prêt. Il y a ainsi dans l'une des clauses de la création de la SDN un accord posant la volonté de créer un Comité d'Hygiène international, qui deviendra finalement l'OMS.

Effet médical

Propriétés médicales, voir : Grippe

Les décès furent essentiellement de jeunes adultes, ce qui surprend : les jeunes adultes sont habituellement la génération la plus résistante aux grippes.Ceci s'explique par le fait que cette tranche d'âge ( notamment pour des raisons professionnelles) se déplacent le plus ou vivent dans des endroits où ils cotoyent de nombreuses personnes (ateliers,...). La multiplicité des contacts accroit le risque d'être contamminés. Cette constatation a été faite par les historiens (notamment lors de l'épidémie de choléra à Liège en 1866)

On estime que 50 % de la population mondiale fut contaminée (soit à l'époque 1 milliard d'habitants), 25 à 50 millions de personnes en périrent, avec un consensus autour de 30 millions de morts.

Cette grippe se caractérise d'abord par une très forte contagiosité : une personne sur deux contaminée. Elle se caractérise ensuite par une incubation de 2 à 3 jours, suivie de 3 à 5 jours de symptômes : fièvres, affaiblissement des défenses immunitaires, qui finalement permettent l'apparition de complications normalement bénignes, mais ici mortelles dans 3% des cas, soit 20 fois plus que les grippes « normales ». Elle ne fait cependant qu'affaiblir les malades, qui meurent des complications qui en découlent. Sans antibiotiques (découverts 10 ans plus tard), ces complications ne purent pas être freinées.

La mortalité importante était due à une surinfection bronchique bactérienne, mais aussi à une pneumonie due au virus. L'atteinte préférentielle d'adultes jeunes pourrait peut-être s'expliquer par une relative immunisation des personnes plus âgées ayant été contaminées auparavant par un virus proche.

Le virus de 1918

Les caractéristiques génétiques du virus ont pu être établies grâce à la conservation de tissus prélevés au cours d'autopsies récentes sur des cadavres inuits et norvégiens conservés dans le pergélisol (sol gelé des pays nordiques). Ce virus est une grippe H1N1.

  • Virus père, souche inconnue : virus de grippe source, à forte contagiosité mais à virulence normale qui, par mutation, donna le virus de la grippe espagnole. Le virus père ne fut identifié et suivi rigoureusement qu'à partir d'avril, et jusqu'à juin 1918, alors qu'il sévit probablement dès l'hiver 1917-1918 en Chine.
  • Virus de la grippe espagnole, souche H1N1 : virus à forte virulence apparemment apparu aux États-Unis et ayant finalement tué plus de 21 millions de personnes à travers le monde ; cette appellation inclut généralement aussi son « virus père ». Cette version plus létale sévit en 2 vagues meurtrières, l'une de mi-septembre à décembre 1918, l'autre de février à mai 1919. Tous les continents et toutes les populations sont gravement touchés.

Personnes célèbres décédées de la grippe espagnole

  • Guillaume Apollinaire, poète français
  • Joe Hall, joueur de hockey sur glace anglais
  • Egon Schiele, peintre autrichien
  • Edmond Rostand, dramaturge français

Conclusion

Sur le plan technique, ses caractéristiques pathogènes propres ne sont pas étudiables du fait de l’absence de souche virale, aucun prélèvement n’ayant pu être conservé dans un état suffisamment bon.

C’est donc seulement en étudiant la famille des grippes, dans leur ensemble, que l’on peut en comprendre ses mécanismes qui se résument à ceci :

  • une contagiosité très forte, induisant un comportement épidémique ou pandémique,
  • une variabilité forte, entraînant une virulence variable ainsi que l'inefficacité de l'immunisation d'une année sur l'autre,
  • la virulence de cette souche particulièrement grande (grave affaiblissement), ainsi que
  • le fait que, finalement, ce virus ne fait qu’affaiblir les défenses immunitaires, et n’est pas en lui-même source de décès (Ce sont les complications qui accompagnent la grippe qui sont mortelles en fonction du degré d’affaiblissement de l’organisme).

L'absence d'antibiotique (qui n'aurait pas stoppé la maladie virale mais seulement les complications bactériologiques) fut également déterminante.

Enfin, en ce qui concerne les conséquences, l’élément essentiel est la prise de conscience de la menace biologique à l'échelle mondiale, qu’une épidémie débutant en Chine pouvait finalement menacer la population des USA, de l'Europe, et de l’ensemble des états du monde. Il s’en suivit la création -par la SDN- d’un organisme de Santé et de surveillance médicale mondiale, qui devint plus tard l’OMS.

Il est aussi à noter, vu le cycle de réapparition des épidémies de grippe mortelle s’espaçant, au maximum constaté, de 39 ans, la dernière datant de 1968, l’OMS prévoit « statistiquement » l’apparition d’une pandémie de grippe mortelle d’ici 2010 à 2015. Voilà pourquoi, depuis quelques années, un certain nombre d’études sont soudainement consacrées au virus de la grippe espagnole, certaines visant à en récupérer des souches intactes, tangiblement étudiables, pour permettre l'édification de défenses adéquates.

La pandémie de 1918-1919 a été, avec 20 millions de morts minimum, la première grande pandémie de l’ère moderne. Elle reste ainsi la plus grande pandémie humaine, devançant celles de la peste et du Sida. Ce dernier continue cependant à tuer au delà des 24 millions de victimes déjà comptabilisées.

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Source : Wikipedia

lundi 16 janvier 2006

Immortel taoïste

Les huit immortels
Les huit immortels traversant la mer

Mentionné dans le Lao Zi, le Zhuang Zi et de nombreux textes à partir des Royaumes combattants, le terme immortel (仙人) xianren ou xian, sinogramme composé des éléments personne (人) et montagne (山), désigne un être fantastique aux pouvoirs surnaturels et aux dimensions cosmologiques dont la résidence principale se trouve dans des lieux magiques appelés grottes célestes et terres de bonheur (洞天福地) où l'on peut trouver des herbes ou elixirs de longue vie. L'état d’immortel est celui auquel aspirent les taoïstes, accessible grâce à différentes pratiques ascétiques et spirituelles. La notion d'immortel a quelque peu évolué et s'est progressivement fondue avec celle de divinité en général ; dans le taoïsme chinois moderne, on parle souvent de shenxian (神仙), dieu-immortel.

Représentation

Généralement invisibles sous leur forme réelle aux humains ordinaires, ils dont décrits par Ge Hong (葛洪) dans son traité, le Baopu Zi (抱樸子), avec des pupilles carrées, des lobes immenses, parfois une tête de serpent, un habit de plumes, montés sur des grues ou des dragons. Ils possèdent les dons de métamorphose et d’ubiquité, apparaisssent ou disparaissent à volonté dans un éclat de lumière. Ils peuvent éclairer une pièce obscure. Ils sont maitres des éléments.

Éléments chamanistes

Ils peuvent, comme les huit immortels du prince de Huainan, faire venir le vent et la pluie en s’asseyant et s'élever les nuages et les brumes en se mettant debout. Ils ont des pouvoirs similaires à ceux des oiseaux et des créatures aquatiques auxquels ils sont souvent comparés et associés. Dans le premier chapitre du Zhuang Zi, le saint taoïste est un oiseau immense qui atteint le bout du monde d’un coup d’aile, mais aussi un poisson caché au fond de l'eau. Ils ont les os légers, un habit de plumes, se dissimulent souvent dans le ciel ou s’élèvent sur les hauteurs des montagnes. Quand l’humain devenu immortel a disparu, il arrive que ses sandales et son épée ou bâton se transforment en oiseaux. Le Baopu Zi compare pour sa part l'immortel à une tortue tapie au fond de l'eau, ou à une carpe lumineuse qui nage dans la rivière de cinabre.

Concepts taoïstes

Ils incarnent également des notions taoïstes d’indifférenciation, de non-agir (wuwei 無為) et, lorsqu’ils ne sont pas en mouvement, se tiennent à la place où les dualités se fondent, comme un gnomon au centre du monde. Lorsqu’ils apparaissent sous forme humaine, leur identité est variable, leur origine inconnue. Sans individualité, ils peuvent pénétrer dans la forêt sans éveiller l’attention des animaux. Tantôt visibles et invisibles, ils apparaissent ici et là à la fois, mobiles mais sans forme ni corps. Ils résident dans les hauteurs et les étoiles, mais aussi dans les grottes des entrailles de la terre, qui d’ailleurs communiquent avec le ciel. Leurs constants mouvements de montée et de descente représentent ceux du souffle qi qui s'élève et du Tao qui descend sous la forme des textes sacrés.

Terres d’immortalité

A travers le caractère qui les désigne et leur description dans les textes, bien qu’ils puissent apparaitre où bon leur semble, les immortels sont plus particulièrement associés à des lieux spécifiques : les montagnes, en particulier le mythique mont Kunlun, mais aussi dans les étoiles, le fond des eaux, les grottes qui communiquent avec le ciel, et les îles des mers orientales, ces dernières particulièrement populaires à l’époque des Royaumes combattants et au début de l’empire. Qin Shi Huang y envoya des expéditions à la recherche d'herbes d'immortalité.

L’école de nos jours la plus importante, la branche Longmen de Quanzen, désigne dix continents et trois iles (十洲三島), ainsi que dix grottes célestes. Parmi les trois iles, Penglai (蓬萊) et Fangzhang (方丈) sont mentionnées depuis les origines. La troisième a échangé son nom premier de Yingzhou (瀛洲), attribué à l’un des dix continents, contre Kunlun (昆侖), qui désigna à l’origine un ensemble montagneux situé vers l’Ouest. Elle abriterait une source de vin qui prolonge la vie. Sur Fangzhang réside la divinité qui régit les dieux des eaux et les animaux aquatiques ainsi que les dragons et les serpents. Penglai, la plus importante, communique avec les neuf cieux supérieurs et le gouverneur du ciel y réside. Yu le Grand s’y serait rendu après ses exploits pour monter au ciel.

Devenir immortel

A l’origine, la poursuite de l’immortalité implique essentiellement un travail sur le corps comprenant un régime diététique particulier, une gymnastique et la consommation d’herbes ou d’élixirs, assorti à des exercices spirituels. Avec le développement du taoïsme institutionnel, l’importance d’ une conduite morale et des bonnes actions n’est pas négligée. Les techniques, très variées dans les détails et souvent spécifiques à une école ou à un maitre, peuvent se regrouper en quelques grandes catégories : diététique, alchimie externe par absorption d’élixirs ou pilules, alchimie interne par visualisation et gymnastique. Plusieurs techniques sont combinées. On considère qu’on peut accéder à l’état d’immortel en se débarassant au moment de la mort de son corps comme un serpent de sa dépouille, mais les plus doués se métamorphosent et s’envolent au ciel de leur vivant, parfois accompagnés de leur famille et de leurs animaux. Cette croyance est à l’origine du dicton : « Quand une personne obtient le Dao, [même] ses poules et ses chiens montent au ciel » (l'ensemble du groupe bénéficie de la promotion d’un de ses membres 一人得道雞犬上天).

Alimentation et alchimie externe

Selon un passage du Zhuang Zi, les immortels s’abstiennent des cinq graines (五穀) (riz, millet, blé, avoine et haricots), se nourrissant de vent et de rosée. Les graines dont se nourrissent les gens ordinaires sont censées contenir des vers qui pourrissent le corps de l’intérieur et, de surcroit, espionnent et dénoncent les péchés de l’individu qui les abrite aux divinités, diminuant encore ses chances de vivre longtemps.

La croyance à l’existence d’herbes de longue vie dans les terres d’immortalité est attestée dès les Royaumes combattants. Les fabrications alchimiques appelées (jindan 金丹) ou (jinyi 金液) cinabre d’or ou élixir d’or devinrent de plus en plus populaires à partir des Han orientaux et connurent leur apogée sous les Tang. A partir des Song, l’alchimie externe, probablement plus dangereuse que bénéfique, fut progressivement abandonnée au profit de l’alchimie interne.

Alchimie interne

Le travail du souffle (lianqi 煉氣) est apparu aussi tôt que l’alchimie. On en trouve des traces dans l’oeuvre de Qu Yuan, ou chez Zhuang Zi pour le daoyin (導引), sorte de gymnastique. Il comprend des exercices de respiration pour « rejeter le vieux et introduire le neuf », des visualisations, ainsi que des gymnastiques douces ou des arts martiaux qui ont répandu la pratique du qigong au-delà de la communauté taoïste. Un exemple de visualisation est celle où le pratiquant capture les essences du soleil et de la lune et voit ses yeux et son souffle devenir miroir, les noeuds des méridiens du souffle s’illuminer et éclairer ses organes.

Autres

Certains rites effectués par un maitre taoïste peuvent aider à avancer sur le chemin de l'immortalité. Les écoles qui ont pignon sur rue ne manquent pas de rappeler à leurs disciples que les techniques sont inefficaces sans une bonne conduite, particulièrement en Chine où les dieux sont en général des mortels divinisés pour leur vertu.

Hiérarchie des immortels

Anciens humains ordinaires ou formés par concrétion du qi, les immortels et dieux taoïstes ne constituent pas un panthéon fermé, mais un ensemble en constante expansion. Chaque école peut avoir une liste et une classification différente. Celle de l’école Shangqing (上清) composée par Tao Hongjing (陶弘景) Hiérarchie des esprits (真靈位業圖) est assez complète et bien connue.

Pour l’école Quanzhen moderne, le grade le plus élevé est celui d’immortel d’or (金仙) qui réside dans le ciel supérieur de Daluo (大羅) avec le Pur des origines, premier des Trois Purs, déités suprêmes.

Source : Wikipedia

Sur l'éducation des enfants de Plutarque

Source : Wikisource

Victor BÉTOLAUD, Oeuvres complètes de Plutarque - Oeuvres morales, t. I , Paris, Hachette, 1870

DE L'ÉDUCATION DES ENFANTS.

Ce que l'on peut dire sur l'éducation des enfants de condition libre, et ce qu'ils ont à faire pour devenir des hommes dont la moralité soit louable, voyons, essayons de l'exposer ici.

Mieux vaut, peut-être, commencer d'abord par ce qui regarde leur procréation même. A ceux qui désirent se voir pères de fils destinés à leur faire honneur je recommanderai donc, pour ma part, de ne pas cohabiter avec les premières femmes venues, je veux dire avec des courtisanes ou des concubines. Car si, du côté paternel ou maternel, des enfants ne sont pas nés dans d'irréprochables conditions, la honte de cette naissance fâcheuse reste ineffaçable durant toute la vie : elle offre une matière facile à qui veut les blâmer, les injurier ; et le poète était sensé, qui a dit : "La naissance des fils, quand le vice ou le crime Lui donne un fondement qui n'est pas légitime, Les condamne à subir d'inévitables maux." C'est donc un précieux trésor de loyauté qu'une naissance honnête; et rien ne mérite une attention plus sérieuse de la part de ceux qui désirent une lignée régulière. Il y chez les bâtards et chez les adultérins une bassesse naturelle de sentiments, qui les empêche de marcher avec assurance ; et très judicieuse est la réflexion du poète : "On se sent enchaîné si, même ayant du coeur, D'un père ou d'une mère on sait le déshonneur". Au contraire, ceux qui naissent de parents distingués entre tous sont indubitablement remplis de confiance en eux-mêmes et d'une noble présomption. Ainsi Diophante, fils de Thémistocle, répétait souvent, dit-on, et devant de nombreux témoins, que toutes ses volontés devenaient celles du peuple d'Athènes. «Car, disait-il, ce qui a été décidé par moi l'est également par ma mère ; ce qui l'est par ma mère l'est par Thémistocle, et ce que Thémistocle veut tous les Athéniens le veulent aussi.» Il faut, à cet égard, louer sans réserve la fierté de sentiments qui détermina les Lacédémoniens à frapper d'une amende pécuniaire leur roi Archidamus, parce qu'il 's'était résigné à prendre en mariage une femme de petite taille. «Ce ne sont pas des rois, alléguaient-ils, qu'il songe à nous donner : ce sont des roitelets.»

Je me trouve conduit à parler d'une recommandation que n'ont pas négligée non plus mes prédécesseurs. Quelle est-elle ? Les hommes qui se rapprochent de leur femme dans l'intention de procréer des enfants doivent s'être complétement abstenus de vin, ou n'en avoir bu, du moins, qu'avec modération lorsqu'ils procèdent à cet acte. En effet il arrive fréquemment que les fils engendrés par des pères pris de boisson deviennent plus tard portés au vin et à l'ivrognerie. C'est pourquoi Diogène, voyant un jeune homme qui était hors de lui-même et qui donnait des signes d'extravagance : «Jeune homme, lui dit-il, ton père t'engendra dans un moment d'ivresse Je m'en tiendrai là pour ce qui est de la procréation des enfants. C'est de leur éducation qu'il faut maintenant parler.

Une considération dominera tout le sujet. Ce que nous avons càutume de dire sur les arts et les sciences, il faut le dire également sur la vertu. La vertu parfaite exige le concours de trois éléments, la nature, la raison et l'habitude, ce que j appelle raison étant l'instruction, et ce que j'appelle habitude étant l'exercice. Les commencements, il faut les demander (à la nature ; les méthodes) à l'instruction ; l'habitude, à une pratique constante ; la perfection, aux trois éléments réunis. Selon que les unes ou les autres de ces conditions laisseront à désirer, il y aura, de toute nécessité, défaillance dans la vertu. Car la nature sans instruction est chose aveugle, l'instruction sans la nature, chose défectueuse, et enfin l'exercice sans la nature et sans l'instruction ne saurait aboutir à rien. De même qu'en agriculture il faut d'abord un bon sol, ensuite un cultivateur intelligent, puis des semences de bonne qualité, de même le sol ici, c'est la nature ; l'agriculteur, c'est celui qui instruit ; enfin les semences, ce sont les doctrines inculquées, les préceptes. Ces trois éléments, je le dis avec assurance, ont concouru et conspiré pour former les âmes des nobles mortels que célèbrent les louanges de l'univers entier, les âmes des Pythagore, des Socrate, des Platon, et de tous ceux qui ont acquis une gloire à jamais consacrée par le souvenir. Heureux donc et chéri du ciel, celui qu'un Dieu aura gratifié de tous ces avantages ! Mais n'allez pas croire que, pour être doué d'une nature moins heureuse, on ne puisse pas, à l'aide d'une instruction et d'un exercice habilement dirigés vers la vertu, réparer, dans la mesure de ses moyens, l'insuffisance naturelle : ce serait, sachez-le, une grave erreur, ou plutôt une erreur capitale. L'excellence de la nature se corrompt par la mollesse, et sa défectuosité se répare au moyen de l'étude. Les choses les plus faciles échappent à ceux qui y apportent de la négligence, et à force de soin on triomphe des plus difficiles. Voulez-vous connaître combien l'application et le travail ont de résultat et d'efficacité? Portez les yeux sur presque tout ce qui se passe autour de nous. Des gouttes d'eau creusent des pierres ; le fer et le bronze s'amincissent sous les doigts qui les manient ; les roues des chariots une fois cambrées avec effort ne sauraient, quoi qu'il arrive, reprendre la forme rectiligne que leur bois avait primitivement; les bâtons recourbés que portent les comédiens ne pourraient se redresser. Si bien, que ce qui est contre nature devient, grâce au travail, plus fort que la nature même. Et ces exemples sont-ils les seuls qui démontrent la puissance de l'exercice ? Non : car on en pourrait produire milliers sur milliers. Une terre est bonne par elle-même : qu'on ne s'en occupe point, elle devient stérile; et plus elle est féconde naturellement, plus, quand on la néglige, elle se détériore, faute de soin. Au contraire, qu'un sol raboteux et âpre au delà de toute proportion soit soumis à la culture, il aura donné bientôt une récolte excellente. Quels arbres ne deviennent, si l'on s'en occupe peu, tortus et inféconds ; et s'ils sont l'objet d'une direction intelligente, productifs et chargés de fruits ? Quelle est la force corporelle qui ne s'abâtardit et ne s'épuise par suite de la négligence, de la mollesse, de la mauvaise qualité du régime ? Quelle nature chétive n'acquiert pas une vigueur considérable à force d'exercices et de luttes constantes ? Quels chevaux habilement dressés dès la jeunesse, ne sont pas devenus dociles à ceux qui les montent? Quels d'entre eux, restés sans qu'on les domptât, n'ont pas opposé une dureté de bouche et une férocité extrêmes ? Citerai-je d'autres exemples aussi étonnants ? Parmi les bêtes sauvages les plus intraitables nous en voyons un grand nombre qu'on adoucit et qu'on apprivoise à force de soins. Ce Thessalien avait raison : quelqu'un lui demandait quels étaient les plus placides d'entre les Thessaliens ; il répondit : «Ceux qui cessent d'aller à la guerre". Pourquoi insisterais-je plus longuement ? Le caractère n'est rien autre chose qu'une habitude prolongée ; et les vertus appelées vertus morales pourraient, sans la moindre impropriété de terme, être dites vertus d'habitude. Un seul exemple encore sur ces matières , et je m'abstiendrai de tout développement ultérieur. Lycurgue, le législateur de Lacédémone, prit deux petits chiens nés du même père et de la même mère, et il ne les éleva pas du tout semblablement l'un et l'autre. Il rendit l'un gourmand et voleur, il habitua l'autre à suivre la piste et à chasser. Puis, un jour que les Lacédémoniens étaient réunis dans une même enceinte : "Lacédémoniens, dit-il, pour engendrer la vertu rien ne déploie une influence plus considérable que les habitudes, les exercices, les enseignements, la direction imprimée â la vie ; et c'est une vérité que je vais à l'instant vous démontrer de la façon la plus évidente.» Sur ce, ayant fait amener ses deux chiens, il les lâcha après avoir mis à leur portée et devant eux une assiette de viande et un lièvre. L'un s'élança à la poursuite du lièvre, l'autre se jeta sur l'assiette. Les Lacédémoniens ne savaient pas deviner encore sa pensée, ni dans quelle intention il leur avait montré les deux chiens. "Ils sont nés, continua Lycurgue, du même père et de la même mère; mais comme ils ont reçu une éducation différente, l'un est devenu gourmand, et l'autre, chasseur.» Relativement aux habitudes et au genre de vie, nous en avons dit assez.

Vient maintenant la question de la nourriture. Il faut, selon moi, que les mères elles-mêmes nourrissent leurs enfants et leur présentent le sein ; car elles allaiteront avec plus d'amour, avec plus de sollicitude, puisque leur tendresse pour leurs enfants part du coeur et, comme on dit, du fond même de leurs entrailles. Les nourrices et les gouvernantes n'ont qu'une tendresse de convention, une tendresse factice, attendu qu'elle est toute mercenaire. La nature démontre elle-même que les mères doivent allaiter et nourrir les petites créatures qu'elles ont mises au monde. C'est dans ce but qu'à tout animal qui a enfanté elle a fourni le lait dont doit être alimentée la progéniture. C'est encore par une sage prévoyance qu'elle a donné des mamelles doubles aux femmes, afin que si elles ont deux jumeaux elles aient deux sources de nourriture. Indépendamment de ces raisons, les mères deviendront plus affectueuses et plus tendres pour leurs enfants. Et véritablement cela se conçoit, puisque cette communauté de nutrition redouble en quelque sorte l'attachement ; et même, les animaux à qui l'on enlève les petits qu'ils nourrissaient en manifestent des regrets visibles. Il est donc essentiel, comme je l'ai dit, que les mères essayent de nourrir elles-mêmes leurs enfants. Mais si pourtant elles en étaient incapables, soit par faiblesse de complexion, car des circonstances de ce genre peuvent se présenter, soit par leur empressement à en procréer de nouveaux, du moins ne faut-il pas prendre les premières nourrices et les premières gouvernantes venues : autant que possible ce sera sur d'excellentes que le choix se portera. Qu'elles soient, avant tout, élevées comme les femmes grecques. En effet, de même qu'il est nécessaire de façonner chez les enfants les membres du corps dès leur naissance pour qu'ils se produisent bien droits et exempts de la moindre difformité, de même il convient tout d'abord de régler leurs moeurs. C'est chose aisée à façonner, c'est chose molle, que le jeune âge. Quand ces âmes sont encore tendres, les principes s'y impriment ; mais tout ce qui est dur ne s'assouplit que difficilement. Comme les cachets marquent leur empreinte dans la cire tendre, ainsi l'instruction se grave dans l'intelligence des enfants encore tout petits; et je trouve bien judicieuse la recommandation faite aux nourrices par le divin Platon, de ne pas conter aux enfants les premières fables venues, afin qu'elles n'aillent pas tout d'abord leur remplir l'esprit de sottises et de perversité. Très sage également parait être le conseil du poète Phocylide, quand il dit : "Instruisez tout petits les enfants à bien faire."

Encore à ce point de vue, il y a un soin qui ne doit pas être négligé : c'est de s'attacher à ce que les petits esclaves qui auront à servir les jeunes nourrissons et qui seront élevés avec eux aient de bonnes moeurs avant tout, ensuite qu'ils soient Grecs, et qu'ils s'expriment très distinctement. Au contact d'enfants de pays étranger et ayant de mauvaises habitudes, les nôtres prendraient quelque chose de ces vices; et le proverbe n'est pas sans justesse, qui dit : «A vivre avec un boiteux on apprend à boiter".

Quand les enfants auront atteint l'âge où on les place entre les mains des pédagogues, ce sera alors qu'il faudra apporter une grande sollicitude à l'installation de ces directeurs, pour n'aller pas, sans le savoir, livrer les jeunes élèves à des esclaves, ou bien à des hommes de pays barbares, ou, encore, à des étrangers qui tournent à tout vent. Car ce qui arrive en général est le comble du ridicule, A-t-on des serviteurs de mérite ; on fait les uns laboureurs de ses terres, les autres, patrons de ses navires; ceux-ci, intendants, ceux-là négociants et banquiers pour son compte; mais se trouve-t-on avoir un esclave qui se laisse prendre de vin, qui soit gourmand, incapable de toute occupation sérieuse ; c'est à lui que l'on va livrer ses enfants. Or un bon précepteur doit avoir une nature qui rappelle celle de Phénix, le gouverneur d'Achille. Une recommandation, la plus grande et la plus essentielle de toutes, est celle que je vais maintenant énoncer. Il faut pour les enfants rechercher des instituteurs dont la vie ne donne pas sujet à la moindre attaque, dans les moeurs de qui il n'y ait rien à reprendre, et qui aient un grand fonds de sagesse, dû à leur expérience. La source, la racine de toute probité, de toute vertu, c'est une éducation convenable; et de même que les cultivateurs mettent des palissades au pied des plantes, de même les bons maîtres entourent leurs jeunes élèves de l'appui de principes solides et d'utiles conseils, qui permettent chez eux le développement d'une saine moralité. Au contraire, comment ne pas conspuer certains pères qui,