vendredi 23 décembre 2005

Maquiladora

Une maquiladora, ou son abréviation maquila, est l'équivalent latino-américain des zones de traitement pour l'exportation (export processing zone, EPZ, en anglais). Ce terme désigne une usine qui bénéficie d'une exonération des droits de douane pour pouvoir produire à un moindre coût des marchandises assemblées, transformées, réparées ou élaborées à partir de composants importés ; la majeure partie de ces marchandises est ensuite exportée (sauf dans le cas des maquiladoras por capacidad ociosa, orientées vers la production nationale).

Les maquiladoras ont vu le jour il y a plus de 30 ans au Mexique, dans les zones frontalières avec les États-Unis d'Amérique. On en trouve de nos jours également au Guatemala, au Salvador, au Honduras et au Panamá. Elles fabriquent entre autres des vêtements, de l'électronique, des pièces automobiles...

Suivant le décret mexicain Maquila du 22 décembre 1989, ces usines peuvent être entièrement propriété d'entreprises étrangères. Elles attirent les investisseurs pour leur main d'œuvre bon marché (la quasi totalité des employés sont des femmes sous-payées), le peu de régulation du travail (les employées perdent leur emploi si elles tombent enceintes), les normes environnementales peu exigeantes et bien sûr la faible taxation dont elles bénéficient.

La création des maquiladoras est en partie dûe à la fin du programme bracero des États-Unis, qui autorisait les Mexicains à faire des travaux agricoles saisonniers. En 2000, près de quatre mille de ces usines fonctionnaient dans ce cadre, employant plus d'un million trois cent mille personnes et représentant le tiers des importations. L'entrée en vigueur de l'ALENA et le ralentissement de l'activité depuis 2001 auraient fait diminuer ces chiffres de 30%.

Source : Wikipedia

Vous pouvez consulter aussi la note de synthèse "Licenciements, délocalisations et zones franches" de PolitiquesSociales.net.

mardi 13 décembre 2005

Pic de Hubbert

Courbe de Hubbert
La courbe de Hubbert prédit la production de pétrole en fonction du temps

Principe

Le pic de Hubbert est l'application de règles définies par le géologue King Hubbert dans les années 1950 et qui concernent l'exploitation de toute ressource primaire. Elles s'énoncent ainsi :

  • La production annuelle part de zéro ;
  • Elle atteint un sommet qui ne sera jamais dépassé ;
  • Une fois le pic passé, la production décline jusqu'à ce que la ressource soit complètement épuisée.
Formule de Hubbert :
x = {e^{-t}\over(1+e^{-t})^2}={1\over2+2\cosh t}

Application

En pratique, le sommet est atteint lorsque la moitié environ des ressources ont été exploitées. La diminution inéluctable une fois ce cap franchi s'explique par la nature des gisements, même s'il reste des quantités importantes à exploiter :

  • soit les filons sont aussi riches, mais ils sont plus profonds (les filons superficiels étant exploités en premier), donc plus difficiles à exploiter ;
  • soit les gisements sont moins riches, ou de plus petites tailles, ou le métal est plus difficile à extraire du minerai.

Dans le cas du pétrole, on a également ce phénomène, avec les gisements ultimes sous les pôles, ou bien sous forme de schistes bitumeux. Mais ceux-ci sont exploités à la pelleteuse, contiennent très peu de pétrole, sous une forme longue et coûteuse à séparer du sable qui le contient, et les gisements ne sont pas de grande taille : au final, ils n'auront jamais une production annuelle d'importance.

Parallèles

Autres études

Bien avant Hubbert, l'économiste britannique William Stanley Jevons (1835-1882) s'était penché sur la raréfaction du charbon anglais (épuisement des veines les plus accessibles) et sur ses possibles conséquences économiques à terme, dans un ouvrage intitué The Coal Question. Il y décrit aussi ce que l'on appelé plus tard le « paradoxe de Jevons » : c'est-à-dire que l'amélioration des rendements (il s'était penché sur les exemples des locomotives ou des hauts-fourneaux, qui, au fil des améliorations techniques, pouvaient fournir autant en consommant moins de charbon) ne ralentit pas l'épuisement de la ressource, car elle encourage la consommation (il y aura plus de haut-fourneaux ou de locomotives).

Plusieurs personnes s'étant penchées sur l'épuisement des ressources naturelles, par exemple le géologue français Jean Laherrere, ont collectionné les exemples de ressources dont la production a décliné et peut se modéliser comme une courbe de Hubbert, ou parfois la somme de plusieurs (par exemple, certains pays ont produit du pétrole onshore, puis offshore, donnant deux courbes de Hubbert décalées).

Bien sûr, ce sont les ressources non renouvelables (énergies fossiles, minerais métalliques, par exemple), qui fournissent le plus d'exemples. Ainsi, pour les États-Unis, si la production de charbon dans son ensemble est encore à de longues décennies du pic, la production d'anthracite (le charbon de plus haute qualité, qui ne représente qu'une toute petite partie des réserves et a été exploité en priorité) donne une courbe de Hubbert assez précise, avec un pic de production remontant à 1920.

Courbe de Hubbert pour des ressources renouvelables

Il est intéressant, quoique particulièrement inquiétant, de constater que la même courbe s'applique très souvent à des ressources qui en théorie sont renouvelables : par exemple, la production de morues en mer du Nord, de bois exotique dans des pays comme l'Indonésie, ou les captures de baleines dans l'Atlantique nord avant l'interdiction de leur chasse. Ces ressources étaient renouvelables, mais leur exploitation a largement dépassé leur capacité de renouvellement, et elle ont été épuisées de façon irréversible, comme s'il s'agissait de réserves fossiles.

À terme, la production agricole elle-même, a priori emblème de la « renouvelabilité », pourrait décrire un cycle de Hubbert : depuis ce que l'on appelé la « révolution verte », l'agriculture n'est plus « durable » : la production a augmenté de façon vertigineuse (permettant de multiplier la population mondiale par 2,5 de 1950 à 2005) grâce à la déforestation (qui en zone tropicale ne donne que des terres médiocres s'épuisant vite, d'où une fuite en avant jusqu'à la disparition totale de la forêt primaire), à l'irrigation (utilisant en bonne partie des sources d'eaux souterraines peu ou pas renouvelables, qui dans nombre de régions du monde s'épuisent rapidement) et enfin aux engrais et pesticides réalisés à partir de ressources fossiles (gaz et pétrole).

La révolution verte a donc créé une agriculture qui détruit l'environnement, et a ainsi augmenté de façon non durable la capacité d'accueil de la planète. Il est donc probable qu'à terme la population mondiale suive elle aussi une courbe de Hubbert, avec un maximum, puis une diminution.

Source : Wikipedia

Le pic pétrolier

Courbe de Hubbert
La courbe de Hubbert prédit la production de pétrole en fonction du temps

Le pic pétrolier désigne le maximum historique de production pétrolière, aussi bien pour un gisement, une zone ou un pays, que pour le monde. Après ce maximum, les conditions d'exploitation font que, bien que les réserves soient abondantes, la production ne fera que décroître. Le terme désigne également la crise prévisible découlant de l'épuisement des ressources pétrolières mondiales. On entend fréquemment le terme anglophone peak-oil, mais il s'agit en fait d'une application particulière de la loi plus générale dite du Pic de Hubbert.

Les plus optimistes (les économistes, les gouvernements étatsuniens et des pays de l'OPEP, les compagnies pétrolières) évaluent publiquement qu'il surviendrait vers 2030, quand aux experts (retraités de grandes compagnies pétrolières - Total - Elf...) de l'ASPO (Association pour l'Etude du Pic de Production de Pétrole et gaz) donnent la date de 2010 (newsletter officielle de l'ASPO traduite en français).

La croissance économique rapide de la Chine et de l'Inde incite à avancer cette date.

Les appels de plus en plus pressants de scientifiques à préparer nos infrastructures pour l'après pic pétrolier sont pour l'instant peu entendus. Les solutions essentiellement pressenties sont le recours accru aux énergies renouvelables, à l'énergie nucléaire et aux économies d'énergie, ce qui recoupe les préoccupations liées à l'effet de serre. Une autre piste explorée, l'usage des hydrates de méthane, présenterait des problèmes très importants en matière d'effet de serre.

Certains experts estiment que le pic pétrolier engendrerait une baisse de la production agricole en raison des engrais, dont la production est liée à l'exploitation des énergies fossiles, et provoquerait des famines de grande échelle.

Définition d'un pic pétrolier

Pour un gisement pétrolifère

La production de pétrole au cours du temps peut être représentée par une courbe. Cette courbe commence à zéro quand l'exploitation du gisement commence, et finit également à zéro lorsque le gisement est totalement épuisé. Entre ces deux moments, la production passe nécessairement par un maximum qui coïncide à peu près au moment où la moitié du pétrole a été extrait. Une fois le pic passé, la production ne peut que décroître. En outre, le pétrole restant est considérablement plus difficile à extraire et est donc plus cher.

Il faut également noter que la production de pétrole n'est pas uniquement une question d'argent mais aussi d'énergie. En effet, le pompage et les diverses opérations mécaniques effectuées consomment de l'énergie. Quand le gisement s'épuise, il faut en dépenser de plus en plus pour extraire des quantités toujours décroissantes de pétrole. À la fin, on peut atteindre un point ou l'énergie nécessaire pour extraire un litre de pétrole dépasse celle contenue dans ce même litre. Le gisement n'est alors plus une source mais un puits d'énergie et son exploitation pour le pétrole-énergie n'est plus rentable. On peut cependant encore l'exploiter comme matière première (pour les plastiques par exemple). En d'autres termes, un gisement peut être considéré comme épuisé même s'il contient encore une quantité appréciable de brut.

Pour les principales régions de production

Ce phénomène est général et se vérifie pour toutes les zones de production. Ainsi en 1956, le géologue King Hubbert avait prédit la diminution de la production étatsunienne de brut à partir de 1970. Ce qui s'est produit. Le pic de production a déjà été dépassé dans de nombreux pays producteurs, tels que la Libye (1970), l'Iran (1976), l'URSS (1987), le Royaume-Uni (2000) et la Norvège (2000). Au total, une soixantaine de pays aurait dépassé le pic. Naturellement, si l'on considère la production mondiale de pétrole, il est évident que le même phénomène est à l'œuvre. La seule inconnue est la date à laquelle il surviendra. Selon Matthew Simmons, qui a exercé un rôle d'expert auprès de la Task Force, présidé par Dick Cheney, ayant pour but de définir la politique énergétique des USA, l'Arabie saoudite aurait également passé son pic en 2004. Très récemment,le 12 novembre 2005, une nouvelle (publiée entre autres par AME Info et reprise par de nombreux médias dont Kuwaittimes.net) a stupéfié beaucoup d'experts: le 2eme champ pétrolier de la planète par sa capacité a atteint son pic de production. Le champ de Burgan, situé au Koweit, dont les experts pensaient extraire 2 Mbbl/jour pendant encore 30 à 40 ans, plafonne désormais autour de 1.7 Mbbl/j malgré tous les efforts entrepris pour maintenir son débit initial.

Pour savoir quand aura lieu le pic pétrolier d'une région, il suffit en théorie de connaître le montant des réserves à un moment donné et les quantités extraites depuis le début de son exploitation : lorsque les quantités déjà extraites sont égales à celles restant à extraire, le pic est atteint.

Toutefois, il est souvent difficile de connaître la valeur précise des réserves, et le pic n'est généralement identifié comme tel que plusieurs années après qu'il se soit effectivement produit.

On peut donc douter de la validité du dépassement du pic pétrolier pour l'Arabie Saoudite, nous devrons attendre quelques années avant d'avoir une réponse...

Quant au pic au niveau mondial, on s'en rendra compte mais trop tard si l'on ne prend pas de mesure nécessaire plus tot, tels que les énergies renouvelables.

Calcul des réserves mondiales

Il existe différentes façons de calculer les réserves de pétrole mondiales.

Différents types de réserves

L'estimation des réserves disponibles dans un gisement est faite lors de sa découverte : il s'agit au départ de paris de géologues et d'ingénieurs, sauf quand le gisement est à moitié exploité : les estimations sont alors plus sûres. Ces réserves sont les réserves initiales, celles sur lesquelles on se base pour calculer le prix de vente du gisement, l'investissement fait pour son exploitation, la valeur d'une entreprise. Ce premier type d'estimation est assez peu fiable, non en raison de l'avancement de la science, mais en raison des enjeux financiers : ainsi, en 1988, lors de la découverte du champ pétrolifère de Cusiana, en Colombie, la compagnie étatsunienne Triton (aujourd'hui Amerada Hess) a estimé son potentiel à 3 milliards de barils, une quantité importante qui a fait remonter le cours de son action. Mais BP a fait une nouvelle estimation du gisement après avoir commencé d'extraire le brut à Cusiana : 1,5 milliards de barils. Des experts de l'ASPO pensent que ce gisement ne dépasse pas 800 millions de barils.

En partant des gisements découverts, on extrapole différentes valeurs sur les réserves restantes à découvrir :

  • la première, appelée réserves prouvées ou F95, est la quantité de pétrole qui sera exploitée avec les moyens actuels avec une probabilité de 95 % ;
  • la deuxième, appelée réserves probables ou F50, est la quantité de pétrole qui sera produite, mais avec une probabilité de 50 % ;
  • la troisième, appelée réserves possibles F5, est la quantité de pétrole très hypothétiquement produite, si le prix de vente augmente de façon à absorber les coûts d'extraction qui seront très élevés, avec une probabilité de 5 %.

Ainsi, pour l'Algérie, on a F95 égal à 1,7 milliard de barils, F50 égal à 6,9 milliards de barils et F5 égal à 16,3 milliards de barils (données publiées par l'United States Geology Survey, dont la mission est d'informer le ministère de l'Intérieur étatsunien). Ces probabilités de découverte servent à juger de l'assise financière d'un pays ; mais les gouvernements comme les banques utilisent en général une valeur médiane des trois, soit 7,7 milliards de barils, qui a moins d'une chance sur deux d'être finalement découverte.

Le sujet est extrêmement sensible pour les pays pétroliers : ainsi en 2002, la Douma a voté une loi d'après laquelle révéler les réserves de gaz et de pétrole russe est un crime passible de 7 ans de prison.

Pour justifier cela, les rapports s'appuient sur le fait qu'il existe plusieurs types de pétrole :

  • le pétrole conventionnel (95 % de ce qui a été exploité jusqu'ici) ;
  • et le pétrole non-conventionnel :
    • schistes bitumeux ;
    • sables pétrolifères ;
    • et le pétrole inexploitable avec la technologie actuelle.

Des experts estiment cependant que les quantités produites seront toujours secondaires, car l'exploitation, même possible, de ces gisements, restera toujours difficile, lente et coûteuse. Elle présente aussi le handicap fondamental d'avoir une production nette d'énergie limitée; l'extraction et la transformation de ces pétroles non conventionnels consomme une part significative de leur énergie (30% dans le cas des sables bitumeux de l'Alberta). Cela augmente significativement la pollution générée par unité d'énergie finale.

Remise en cause des estimations officielles

Les pays producteurs de l'OPEP ont décidé en 1985 d'indexer leur production sur leurs réserves. Ce qui était sage à l'époque, provoqua des relèvements des estimations à la hausse, afin d'obtenir des droits de production supérieurs. Ce relèvement permet également d'obtenir des prêts plus élevés et de meilleurs taux. C'est cette dernière raison qui explique le relèvement des réserves estimées de l'Irak en 1983, alors en guerre contre l'Iran.

Déclarations de réserves avec augmentations suspectes (en milliards de barils) d'après Colin Campbell, SunWorld, 1995
Année Abou Dhabi Doubaï Iran Irak Koweit Arabie saoudite Venezuela
1980 28,00 1,40 58,00 31,00 65,40 163,35 17,87
1981 29,00 1,40 57,50 30,00 65,90 165,00 17,95
1982 30,60 1,27 57,00 29,70 64,48 164,60 20,30
1983 30,51 1,44 55,31 41,00 64,23 162,40 21,50
1984 30,40 1,44 51,00 43,00 63,90 166,00 24,85
1985 30,50 1,44 48,50 44,50 90,00 169,00 25,85
1986 31,00 1,40 47,88 44,11 89,77 168,80 25,59
1987 31,00 1,35 48,80 47,10 91,92 166,57 25,00
1988 92,21 4,00 92,85 100,00 91,92 166,98 56,30
1989 92,20 4,00 92,85 100,00 91,92 169,97 58,08
1990 92,20 4,00 93,00 100,00 95,00 258,00 59,00
1991 92,20 4,00 93,00 100,00 94,00 258,00 59,00
1992 92,20 4,00 93,00 100,00 94,00 258,00 62,70
2004 92,20 4,00 132,00 115,00 99,00 259,00 78,00

Le total des réserves déclarées est de 701 milliards de barils, dont 317,54 douteuses.

Ce tableau suggère trois choses :

  1. tout d'abord, les pays producteurs affirment que les découvertes de nouveaux gisements, année après année, remplacent exactement ou presque exactement les quantités produites, puisque les réserves disponibles de ces pays ne varient quasiment pas d'une année sur l'autre. Par exemple, l'Arabie Saoudite extrait 3 Gb par an, on devrait logiquement voir les réserves diminuer d'autant. De même, Abu Dhabi déclare exactement 92.2 Gb depuis 1988, alors qu'en 16 ans, 14 Gb ont été sortis de terre. Une explication avancée est que les pays du Golfe incluent le pétrole déjà produit dans les "réserves".
  2. en l'absence de grandes découvertes les justifiant, les réserves annoncées par ces pays sont au moins à 45 % fausses, sauf à supposer que les chiffres étaient délibérément sous-évalués jusqu'aux années 1980 ; cette hypothèse d'une sous-évaluation antérieure des réserves ne semble cependant pas avoir de justification.
  3. on remarque clairement la surenchère entre pays : le Koweit s'étant attribué 90 Gb de réserves, Abu Dhabi et l'Iran ont répondu avec des chiffres très légèrement supérieurs, afin de se garantir un quota de production similaire. Saddam Hussein, soucieux de ne pas être dépassé par des pays qu'il ne portait pas dans son cœur, a répliqué avec un chiffre arrondi à 100.

D'autres exemples incitent à une extrême vigilance sur les chiffres officiels des réserves :

  • la société Shell a annoncé le 9 janvier 2004 que 20 % de ses réserves devaient passer de prouvées à réserves possibles (c'est-à-dire incertaines). Cette annonce a fait chuter l'action et vaut à la société un procès, la valeur de la société ayant ainsi été frauduleusement augmentée. Depuis, elle a de nouveau révisé ses réserves trois fois, les faisant passer à 10 133 millions de barils (contre 14 500 millions). Son président, Phil Watts, a dû démissionner.
  • Comme on le remarquera dans le tableau ci-dessous, les réserves revendiquées par le Koweit avant et après la guerre du golfe sont les mêmes, 94 Gb, bien que les immenses incendies des puits déclenchés par les forces iraquiennes avant de se retirer aient détruit environ 6 Gb.
  • En 1970, l'Algérie, probablement sous l'influence russe, a augmenté ses « réserves prouvées », qui jusque-là se situaient aux alentours de 7-8 Gb, pour les porter à 30 Gb. Deux ans plus tard, ce sera 45 Gb. Puis les volontés politiques changent et, après 1974, le pays retournent à des chiffres inférieurs à 10 Gb (fait rapporté par Jean Laherrère).
  • La Pemex (compagnie d'État du Mexique, qui a le monopole du pétrole dans le pays) a, en septembre 2002, revu ses réserves à la baisse de 53%, passant de 26,8 à 12,6 Gb. Peu après, elle les a relevé sensiblement, à 15,7.
  • Bien sûr, il y a aussi des exemples où les réserves sont sous-estimées. En 1993, les réserves de la Guinée Equatoriale se limitaient à quelques gisements insignifiants; le Oil And Gas Journal les estimait à 12 Mb. Deux gisements géants et plusieurs de taille moindre furent découverts par la suite, mais la valeur annoncée resta inchangée jusque 2003. En 2002, le pays avait toujours 12 Mb de réserves d'après le journal, alors qu'il produisit 85 Mb dans l'année! De même, les réserves de l'Angola sont restées à 5,421 Gb (quatre chiffres significatifs, ce qui donne l'impression d'une très grande précision) de 1994 à 2003, malgré la découverte de 38 nouveaux gisements de plus de 100 Mb.

Notons aussi que la définition des réserves prouvées change selon les pays. Ainsi, aux États-Unis, la règle est de ne classer comme prouvées que les réserves qui sont en communication avec un puit en production. C'est donc une définition prudente, mais elle a pour effet que l'on peut accroître les réserves en forant un nouveau puit dans un gisement connu depuis des décennies. À l'inverse, l'Arabie Saoudite classe en réserves prouvées les gisements encore inexploités. Quant au Venezuela, il semble qu'il inclut dans ses réserves une partie des pétroles non conventionnels (bitumes) de l'Orinoco.

L'ASPO

Article principal : ASPO

L'ASPO est l'Association pour l'étude du pic pétrolier et gazier (Association for the Study of Peak Oil and gas).

Conséquences sur l'économie

Le pétrole connaît quatre débouchés principaux. Les deux premiers utilisent son potentiel énergétique, il s'agit des transports et de l'énergie domestique : chauffage en grande partie, et électricité. Il fournit au total 40 % de ressources énergétiques consommées annuellement sur la planète. Les deux autres utilisent une part significativement moins importante de la production pétrolière, mais l'un est essentiel dans nos sociétés, il s'agit de l'agriculture, et l'autre est devenu incontournable comme fournisseur de matières premières légères, il s'agit de la plasturgie.

Le prix des énergies devrait beaucoup augmenter, compte tenue de la demande croissante synconf150205.gif . La conversion des infrastructures énergétiques est un processus long, de plusieurs dizaines d'années, les solutions technologiques de remplacement existent, mais il est probable que le retard qui est pris dans la mise en place de ces alternatives génère un choc d'autant plus violent que la prise de conscience de l'impact économique sera tardive.

Transports

Actuellement, 96 % des transports mondiaux utilisent des hydrocarbures comme énergie : que ce soit le transport maritime, le transport aérien, fluvial, routier, tous utilisent des moyens de propulsion (moteur à explosion, turboréacteur, turbopropulseur) brûlant du pétrole (ou rarement du gaz). Le seul secteur où le pétrole n'est pas prépondérant, c'est le transport ferroviaire, en grande partie électrifié (bien qu'une part non négligeable de cette électricité soit produite avec des hydrocarbures).

On peut noter que les transports maritimes et fluviaux ne seront a priori que faiblement impactés par le pic pétrolier et la hausse des prix du carburant, car les volumes de marchandises sont tels que le prix du transport est largement amorti. Seules les marchandises de faible valeur seront pénalisées pour ce mode de transport.

Des recherches sont en cours pour mettre au point des véhicules dits propres.

Voir aussi : Biocarburant - essence synthétique

Énergie domestique

Pour ce qui est du chauffage, pour remplacer le fioul et l'électricité d'origine pétrolière, diverses solutions existent :

  • bois sous diverses formes (granulés, sciure ou copeau, bûche). Cette ressource n'est renouvelable et neutre en CO2 que si son exploitation est modérée et bien organisée, la quantité de bois utilisée étant compensée par les arbres qui poussent. Si le bois vient de déforestation, la ressource s'épuise et son utilisation dégage du CO2 dans l'atmosphère,il y a donc peu de différence avec un combustible fossile. Rappelons toutefois que le manque de bois a été au XVIIe siècle la cause de la première crise de l'énergie en Europe, conduisant à l'exploitation de plus en plus poussée du charbon de terre. Aujourd'hui, ce sont des pays comme l'Indonésie qui sont dans la même situation, ayant détruit en quasi totalité leurs forets primaires. Cependant, le problème de son transport et de son stockage est important dans les centres urbains. En outre, la combustion du bois produit d'importantes quantités de déchets (cendres) et de polluants (dégagement de SO2, NOx responsables des pluies acides, de poussières inhalables, voire d'HAP et même de dioxine ou de métaux lourds en fonction des traitements subits par le combustible).
  • houille : la solution est limitée (en Europe, elle est peu exploitable, mais le reste du monde possède des ressources disponibles importantes) ; ses inconvénients sont les suies et les gaz à effet de serre principalement ; il s'y ajoute des coûts importants en vies humaines chez les mineurs (accidents et silicose), même avec les dispositifs de sécurité existants.
  • gaz naturel, qui connaîtra un pic similaire à celui du pétrole, bien que plus tard ;
  • biogaz, qui peut être produit par fermentation de matière organique et notamment de déchets organiques (boues de stations d'épuration, déchets d'ordures ménagères, effluents d'élevage...). L'intérêt de cette source d'énergie contre l'effet de serre est énorme : non seulement on économise des ressources fossiles, mais surtout on brûle du méthane qui sinon serait émis dans l'atmosphère, et on émet du CO2, dont l'impact sur le réchauffement climatique est bien moindre ;
  • la combustion des déchets ménagers. Ceux-ci étant le plus souvent humides, leur combustion n'est possible qu'en les mélangeant à des carburants pétroliers. Par ailleurs les émissions de polluants sont de mieux en mieux contrôlées grâce à des dispositifs de filtrage.
  • géothermie, très écologique cette solution nécessitait des sources chaudes ou des surfaces importantes mais de nombreuses avancées technologiques ont permis de pallier ces problèmes;
  • électricité, mais encore faut-il à la fois isoler les maisons et produire l'électricité.

Les économies d'énergie possibles sont à envisager (Negawatt). Il est possible de réduire de 50 à 80 % les dépenses d'énergie domestique, par exemple avec des habitations ne nécessitant pas de chauffage, seule une ventilation mécanique étant nécessaire (cette méthode est basée principalement sur l'isolation et l'effet de serre des vitres).

Une approche de cette « bonne conception » architecturale est la démarche Haute qualité environnementale qui se développe principalement dans les chantiers publics à l'heure actuelle ou le concept de maison passive qui se développe dans les pays germaniques.

Agriculture

Bien que ce secteur ne semble que peu concerné par un renchérissement fort et durable du pétrole, il sera peut-être le plus durement touché. En effet, l'agriculture intensive repose sur l'utilisation d'intrants (engrais chimiques, pesticides) élaborés à partir de l'énergie pétrolière ou issus de l'industrie pétrochimique. Par ailleurs, l'agriculture consomme de grandes quantités de plastique (serres, mulch, emballages, outils...) et de carburant pour les engins agricoles (et ce même dans des schémas dits non productivistes).

Par la combinaison de l'augmentation du prix des engrais et de celui des carburants, deux clefs de la révolution verte sont sérieusement remises en question.

En effet, théoriquement, le pétrole peut être remplacé par des biocarburants (carburants issus de l'agriculture) ou par des huiles végétales. Cependant le bilan énergétique de ces carburants « verts » est pour le moment trop faible. De plus, les techniques de synthèse en chimie organique pour l'élaboration par exemple de molécules pesticides devraient être revues en l'absence de pétrole.

La mutation du modèle agricole actuel vers un système « sans pétrole » sera laborieux. Les pertes de productivité qui pourraient en découler pourraient engendrer des situations de crise alimentaire dans le pire des cas, ou, du moins un questionnement sur la consommation alimentaire et ses modes. Il est peu probable que l'agriculture puisse se maintenir ou se développer dans le modèle productiviste, même sans pic pétrolier (problèmes écologiques, économiques, de santé publique et sociétaux avec par exemple la dégradation de la qualité des eaux et des sols).

Voir aussi : permaculture | agriculture biologique | productivisme | agriculture

Plasturgie

Aujourd'hui, une grande part des matériaux d'emballage et de fabrication des produits industriels utilisent du plastique, c'est-à-dire du pétrole transformé. Un choc pétrolier propulsant le prix du baril à plus de 50 dollars de façon durable et irréversible pourrait remettre en cause cet usage du pétrole, qu'il sera difficile de remplacer. La plupart des aliments (vin, moutarde, pâtes, bonbons...) se vendaient en vrac avant les années 1950. Les fibres synthétiques et les emballages unitaires (flacons, pots, tubes...) sont apparues tardivement. De même, l'avènement du tout jetable est un phénomène relativement récent.

Il est possible de produire certaines matières plastiques en utilisant des végétaux ou des bactéries ; mais pas dans la gamme de diversité des plastiques issus de la pétrochimie. Ces produits ne sont pas encore non plus finalisés pour une utilisation industrielle :

  • les surfaces de production agricole ne peuvent pas être immédiatement concédées à ces cultures industrielles (si elles le sont, ce sera sans doute au détriment d'autres cultures, les jachères ne suffisant pas),
  • la filière industrielle reste à créer.

Enfin, compte-tenu de l'impossibilité de consacrer une trop grande partie des terres agricoles à des productions non nutritives, la voie du recyclage des matériaux doit être privilégiée.

Conséquences géopolitiques

Le pétrole étant une ressource importante pour les économies des différents pays du monde, sa raréfaction entraînera une crise économique pour les pays n'en disposant pas en quantité suffisante, ou ne pouvant pas remplacer le pétrole par une autre source d'énergie.

Historique des guerres du pétrole

Les offensives britanniques de la Première Guerre mondiale en Irak et en Palestine visaient à occuper des territoires pressentis comme riches en pétrole. La pacification française de la Syrie assurait à la France un approvisionnement régulier.

La Syrie fut défendue par les troupes vichyssoises contre les FFL, car l'Allemagne nazie avait absolument besoin de son pétrole. Celle-ci mena d'ailleurs une offensive en 1942 vers les gisements russes du Caucase à Bakou, et la constitution de l'Afrika korps obéissait en partie à cette logique.

En 1941, le Japon considéra qu'il devait faire la guerre aux États-Unis malgré la disproportion des forces puis mena une offensive vers l'Indonésie, car il avait besoin du pétrole qui s'y trouvait (et qu'il ne contrôla d'ailleurs jamais).

Le "contre choc pétrolier" de 1986 s'explique en partie par une volonté des États-Unis et de leurs alliés moyen-orientaux de mettre l'URSS en banqueroute. Les exportations de pétrole étant vitales pour la balance des paiements soviétique et pour la diplomatie du Kremlin (garantir aux pays satellites un approvisionnement en pétrole était l'un des moyens qu'avait l'URSS de les tenir en captivité politique), les Américains réussirent à convaincre les Saoudiens (qui étaient déjà leurs alliés dans la guerre en Afghanistan), les Emiratis et les Koweitis d'augmenter fortement leur production, afin de faire chuter les cours. Le prix du pétrole fut divisé par deux.

Le coût fut élevé pour les pays à l'origine de cette offensive économique. Nombre de petits producteurs américains furent mis en faillite, tandis que l'afflux de pétrodevises pour les pays du golfe se ralentit, causant une sévère réduction de leur "train de vie". Ces "effets secondaires" étaient parfaitement anticipés et acceptés par les gouvernements impliqués, et cette politique porta ses fruits. L'URSS pompa autant de pétrole qu'elle put, mais en 1988 son principal gisement, Samotlar, se mis à décliner sévèrement, entraînant la production du pays. La principale source de devises de l'URSS diminua, alors même que les finances du pays étaient terriblement sollicitées (le conflit afghan et les grands projets militaires s'ajoutant aux dépenses normales) Bien qu'oublié par nombre d'analyses, ce facteur fut l'un des plus importants dans l'effondrement de l'Union Soviétique.

La guerre entre l'Iran et l'Irak des années 1980 est en partie due à la volonté de l'Irak de contrôler des ressources frontalières. L'invasion du Koweit par l'Irak au début des années 1990 fut également à l'origine d'une guerre dans laquelle les États-Unis sont intervenus pour assurer une sécurité de leurs approvisionnements. Ce pays a depuis eu une politique de prépositionnement (cf. infra).

Importateurs principaux

Actuellement, les trois principaux importateurs mondiaux de pétrole sont les États-Unis d'Amérique, la Chine (importateur net depuis 1996 et deuxième importateur mondial depuis le deuxième trimestre 2003) et le Japon (deuxième importateur jusqu'en 2003). La Chine notamment voit ses importations croître de 9 % par an, et consomme déjà 20 % de l'énergie des pays de l'OCDE.

Pour ces pays, il est vital de savoir à quel prix et en quelles quantités ils peuvent recevoir du pétrole. Il peut être également très intéressant de pouvoir distribuer certaines quantités à des alliés dans le besoin

Politique de prépositionnement : États-Unis d'Amérique, Chine

Deux des principaux consommateurs de pétrole au monde mènent une politique de prépositionnement dans les zones pétrolifères. Depuis quelques années, les États-Unis mènent des opérations militaires de manière à occuper une position favorable dans ces zones. Ces opérations remplacent la « diplomatie active » qu'ils menaient auparavant.

L'Asie centrale comme le Moyen-Orient sont les principales régions concernées : le Moyen-Orient car il possède les plus importantes réserves prouvées, l'Asie centrale car elle était considérée il y a quelques années comme la région la plus prometteuse. Ainsi, l'Afghanistan est occupé depuis 2001. Plusieurs pays d'Asie centrale et du Caucase accueillent des troupes US ou ont signé des accords de coopération. Mais les espoirs sont déçus, puisqu'en 2002, BP annonça que les gisements inexploités de la Caspienne ne recelaient pas 200 milliards de barils comme espéré, mais 39 milliards d'un pétrole de mauvaise qualité.

En 2003, les États-Unis ont envahi l'Irak, qui possède les troisièmes réserves du monde. De plus, il leur donne un droit de regard sur tous les pays environnants :

  • le Caucase (pétrole de Bakou et oléoducs d'Asie centrale vers l'Europe) :
  • sur l'Iran (pris en tenaille avec l'Afghanistan) ;
  • et sur les autres émirats du Golfe persique, au premier chef desquels l'Arabie saoudite.

La Chine s'était opposé à l'ONU à cette guerre. Alors qu'elle exportait du pétrole, elle est devenue depuis 1992 importatrice nette, et sa consommation augmente de 15 % l'an depuis 2001. Elle est le deuxième consommateur mondial, et a donc des intérêts vitaux dans les régions productrices : elle a ainsi construit un oléoduc traversant son territoire jusqu'aux portes de l'Asie centrale, et investi de fortes sommes dans les nouveaux gisements d'Asie centrale, d'Iran et d'Afrique. Elle investit également en Amérique Latine et surtout au Venezuela.

En 2003 également, les îles de Sao Tomé et Principe ont signé un accord autorisant les États-Unis à implanter des bases militaires sur leur territoire. Ces îles offrent des implantations de choix dans le Golfe de Guinée, à proximité des gisements du Nigeria, de l'Angola et du Brésil, qui totalisent près de 85 milliards de barils de réserves, soit de quoi satisfaire 3 à 4 années de la demande mondiale. De plus, le golfe de Guinée est traversé par les pétroliers allant du golfe Persique aux États-Unis.

Ces politiques de prépositionnements durs (États-Unis) ou doux (Chine) n'empêchent pas la diplomatie active de continuer à s'exercer : ainsi, à l'automne 2003, les États-Unis ont soutenu une tentative de coup d'État contre le président vénézuélien Hugo Chavez, qui ne leur est guère favorable mais soutenu fermement par une majorité de sa population.

La Chine mène une campagne d'intimidation vis-à-vis de ses voisins en mer de Chine méridionale à propos de la souveraineté sur les Spratley ; ce conflit territorial dissimule des enjeux pétroliers, mais servent également à satisfaire la fierté nationale.

Conclusion

Contrairement à leur promesse faite en mai 2004, les pays de l'OPEP ne sont pas parvenus à augmenter leur production, et l'ensemble des infrastructures pétrolières (de la production au raffinage) ont atteint un seuil maximal d'activité. Cela signifie qu'il est impossible de produire et de transformer plus de pétrole en 2005 qu'en 2004, d'autant plus que les investissements prévus en 2005 sont nettement inférieurs à ceux faits en 2004, essentiellement pour maintenir la production du brut. Cela semble confirmer que l'on a bien atteint un plafond de la production de pétrole et confirmerait l'imminence du pic pétrolier ;

Le 11 octobre 2004, le baril de brut a de nouveau franchi un plus haut historique au New York Mercantile Exchange (NYMEX), en s'établissant à 53,42 $. Depuis le début de l'année, la hausse se chiffre à 64 %. Quant au baril de Brent, il a pour la première fois franchi la barre symbolique des 50 $ le même jour.

L'annonce par les États-Unis d'une volonté de repasser à une économie basée sur le nucléaire a fait « chuter » les cours à 52$, reste à savoir si le mouvement est durable.

Mise à jour : depuis la mi-janvier 2005, le baril de brut se situe au-dessus de 45$ de même, depuis fin février 2005, celui ci n'est jamais retombé en dessous de 50$, avec des pointes à 57$. En mars, lors d'une séance d'échange, une transaction a atteint les 100$ le baril.

Le prix du baril atteint un chiffre record de 70,47$ le baril le 30 août. Voir graphique.

Voir aussi

Liens externes

Source : Wikipedia

lundi 12 décembre 2005

Bientôt l'apocalypse

Ce texte n'apporte rien de bien nouveau en soi. Les Verts dénoncent cela depuis très longtemps. Ce qui est intéressant c'est que ce soit cet auteur là qui l'écrive !

texte original sur le site http://www.foreignpolicy.com/

Bientôt l'apocalypse

by Robert McNamara

Mai/Juin 2005 de http://www.foreignpolicy.com

Robert McNamara (Secrétaire de la défense Américain de 1961 à 1968 et président de la banque mondiale de 1968 à 1981) est inquiet. Il sait où on en est. Ses conseillers ont aidé l'administration de Kennedy à éviter la catastrophe nucléaire pendant la Crise des missiles de Cuba. Aujourd'hui, il pense que les USA ne doivent plus faire reposer leur politique étrangère sur les armes nucléaires. Le faire est immoral, illégal et mortellement dangereux.

Il est temps - bien tard, de mon point de vue - pour que les USA cessent d'utiliser, comme pendant la Guerre froide, les armes nucléaires comme un outil de politique étrangère. Au risque d'apparaître simpliste et provocateur, je caractériserais la politique nucléaire actuelle comme immorale, illégale, militairement non nécessaire et mortellement dangereuse. Le risque d'un accident ou d'un lancement involontaire est innaceptablement élevé. Loin de réduire ces risques, l'administration Bush a prévenu qu'elle continuait de considérer l'arsenal nucléaire américain comme l'élément principal de sa puissance militaire - une affirmation qui va à l'encontre des normes internationales qui ont limitées la prolifération des armes nucléaires et des matières fissiles depuis 50 ans. La plupart de la politique nucléaire américaine a été mise en place avant que je ne fus secrétaire de la défense, et n'a fait que devenir plus dangereuse et diplomatiquement destructive depuis.

Aujourd'hui, les USA ont déployés environ 4 500 têtes nucléaires offensives stratégiques. La Russie à peu près 3 800. Les forces stratégiques de la Grande Bretagne, de la France et de la Chine sont considérablement plus petites, avec 200 à 400 armes nucléaires dans l'arsenal de chaque état. Les nouveaux états nucléaires Pakistan et Inde en ont moins de 100 chacun. La Corée du Nord affirme en avoir développé et les services secret américains estiment que Pyongyang possède assez de matériel fissile pour 2 à 8 bombes.

Quel est le pouvoir destructeur de ces armes ? La puissance moyenne d'une tête nucléaire américaine a une puissance destructive 20 fois supérieure à la bombe d'Hiroshima. Des 8000 têtes américaines actives ou opérationnelles, 2000 sont en alerte maximale, prêtes à être lancées en 15 minutes. Comment ces armes vont-elles être employées ? Les Etats-Unis n'ont jamais approuvé la politique du "pas le premier", pas pendant mes sept ans comme ministre ni depuis. Nous avons été, et sommes encore, prêts à utiliser les armes nucléaires - par la décision d'une personne, le président - contre un ennemi possédant ou non l'arme nucléaire dès que nous pensons que c'est notre intérêt de le faire. Pendant des décennies, les forces nucléaires américaines ont été suffisamment fortes pour absorber une première attaque et infliger alors des dommages "inacceptables" à l'adversaire. Cela a été et (tant que nous ferons face à un adversaire potentiel possédant des armes nucléaires) doit continuer à être la base de notre force de dissuasion nucléaire.

Quand j'étais secrétaire à la défense, le commandant du Strategic Air Command (SAC) Américain transportait avec lui un téléphone sécurisé, où qu'il aille, 24 heures par jour, sept jours par semaine, 365 jours par an. Le téléphone du commandant, dont le quartier général était à Omaha, Nebraska, était relié au poste de commandement souterrain du North American Defense Command, profondément enfoui dans les montagnes Cheyenne, au Colorado, et au président, où qu'il soit. Le président avait toujours à porté de main les codes de déclenchement nucléaire dans la mallette, appelée "football", transportée tout le temps pour le président par un officier U.S.

Les ordres du commandant du SAC étaient de répondre avant la fin de la troisième sonnerie. Si il sonnait et qu'il était informé qu'une attaque nucléaire par des missiles ballistiques ennemis était en cours, il disposait de 2 à 3 minutes pour décider si l'alerte était valide (au cours du temps, les Etats-Unis ont reçu de nombreuses fausses alertes), et en ce cas, comment les Etats-Unis devaient répliquer. Il avait alors 10 minutes environ pour déterminer ce qu'il devra recommander, pour localiser et conseiller le président, permettre au président de discuter de la situation avec deux ou trois de ses proches conseillers (probablement le secrétaire à la défense et le chef d'état-major interarmées), et pour recevoir la réponse du président, et la transmettre immédiatement, avec les codes, aux sites de lancement. Le président a essentiellement deux options : il pourrait décider d'ignorer l'attaque et retarder une décision de frappe de représailles. Ou, il pourrait ordonner une frappe de représailles immédiate, avec plusieurs options, lançant les armes américaines sur les équipements militaro-industriels de l'ennemi. Notre vis-à-vis à Moscou avait probablement une organisation similaire.

La situation entière semble si bizarre qu'elle en est incroyable. Tous les jours, en allant au travail, le président est prêt à prendre une décision en 20 minutes qui pourrait lancer l'une des armes les plus dévastatrices au monde. Déclarer la guerre requiert un passage au congrès, mais lancer un holocauste nucléaire ne nécessite que 20 minutes de délibération entre le président et ses conseillers. Nous avons vécu avec cela pendant 40 ans. Avec très peu de changements, ce système reste globalement le même, en incluant le "football", le compagnon permanent du président.

J'ai pu changer quelques unes de ces procédures dangereuses. Mes collègues et moi avons commencé des discussions sur la limitation des armements ; nous avons mis en place des gardes-fou pour diminuer les risques de lancements non autorisés ; nous avons ajouté des options aux plans de guerre nucléaire pour que le président n'ait pas à choisir une réponse tout ou rien et nous avons supprimer les missiles vulnérables et provocants installés en Turquie. J'aurais souhaité faire plus, mais nous étions en pleine Guerre Froide, et nos options étaient limitées.

Les Etats-Unis et nos alliés de l'OTAN faisaient face à une forte menace conventionnelle Soviétique et du Pacte de Varsovie. Nombre des alliés (et quelques uns à Washington également) pensaient fermement qu'il était nécessaire de préserver la possibilité aux USA de frapper les premiers pour garder les Soviétique à distance. Ce qui est choquant, c'est qu'aujourd'hui, plus de dix ans après la fin de la Guerre Froide, la politique nucléaire de base des USA n'a pas changée. Elle ne s'est pas adaptée à l'effondrement de l'Union Soviétique. Les plans et les procédures n'ont pas été mis à jour pour réduire la probabilité que les USA ou d'autres appuient sur le bouton. Au minimum, nous devrions retirer toutes les armes nucléaires stratégiques du niveau d'alerte maximum, comme d'autres l'ont recommandé, dont le Général George Lee Butler, le dernier commandant du SAC. Ce simple changement réduirait considérablement les risques d'un lancement nucléaire accidentel. Il indiquerait également aux autres nations que les Etats-Unis font un pas vers la fin de leur dépendance aux armes nucléaires.

Nous nous sommes engagé à travailler de bonne foi vers l'élimination total des arsenaux nucléaires quand nous avons négocié le Traité de Non-Prolifération (TNP) en 1968. En mai, les diplomates de plus de 180 nations se réunissent à New York pour revoir le TNP et pour évaluer si les membres respectent l'accord. Les USA se concentrent, pour des raisons compréhensibles, à persuader la Corée du Nord à respecter le traité et à négocier plus avant les contraintes sur les ambitions nucléaires Iraniennes. Ces pays doivent être convaincus de respecter les promesses faites lorsqu'ils ont signé le TNP - qu'ils ne développeraient pas d'armes nucléaires en échange du droit à utiliser l'énergie nucléaire à des fins civiles. Mais l'attention de nombreuses nations - incluant les nouveaux états nucléaires - se porte sur les Etats-Unis. Conserver un tel nombre d'armes, et les maintenir en alerte maximum, sont des signes forts que les USA ne travaillent pas sérieusement à l'élimination de son arsenal et soulève d'intéressantes questions quant à pourquoi un autre état devrait retenir ses ambitions nucléaires.

Un avant goût de l'Apocalypse

La puissance destructive des armes nucléaires est bien connue, mais comme les Etats-Unis continuent à s'appuyer sur elle, il est utile de rappeler le danger qu'elles représentent. Un rapport des Physiciens Internationaux pour la Prévention de la Guerre Nucléaire (International Physicians for the Prevention of Nuclear War) de 2000 décrit les effets probables d'une seule bombe d'1 mégatonne - Il y en a des douzaines dans les stocks Russes et Américains. Au niveau du sol, l'explosion crée un cratère de 100 mètres de profondeur et de 400 mètres de diamètre. En une seconde, l'atmosphère elle-même s'enflamme dans une boule de feu de plus 800 mètres de diamètre. La surface de la boule de feu irradie à peu près trois fois la lumière et la chaleur de la surface comparable du soleil, détruisant en quelques secondes toute vie à l'intérieur et irradiant à l'extérieur à la vitesse de la lumière, causant instantanément des brûlures graves aux personnes dans un rayon de 1 à 5 km. Un souffle d'air comprimé atteint une distance de 5 km en 12 secondes environ, rasant les usines et les bâtiments commerciaux. Des débris transportés par des vents de 400 km/h causent des blessures mortelles dans toute la zone. AU moins 50% des personnes dans la zone meurent immédiatement, avant toute blessure par radiation ou la tempête de feu se développant.

Notre connaissance de ces effets n'est, bien sûr, pas que théorique. Des armes nucléaires, 70 fois moins puissantes que celles d'1 mégatonne décrites précédemment, ont été utilisées par deux fois par les Etats-Unis en août 1945. Une bombe atomique a été lancée sur Hiroshima. Environ 80 000 personnes sont mortes immédiatement ; approximativement 200 000 sont mortes des conséquences. Plus tard, une seconde bombe, de taille identique, a été larguée sur Nagasaki. Le 7 novembre 1995, le maire de Nagasaki a témoigné de l'attaque devant la Court Internationale de Justice :

Nagasaki est devenu une ville morte où même le bruit des insectes ne pouvait être entendu. Peu après, d'innombrables hommes, femmes et enfants ont commencé à se réunir pour boire de l'eau sur les bords de la rivière Urakami, leurs cheveux et leurs vêtements calcinés et leur peau brûlée pendant par morceaux en loques. Appelant à l'aide, ils moururent l'un après l'autre dans l'eau ou sur les berges. ... Quatre mois après le bombardement, 74 000 personnes étaient mortes et 75 000 blessées, soit deux-tiers de la population a été victime de cette calamité qui s'est abattu sur Nagasaki comme un avant goût de l'Apocalypse.

Pourquoi tant de civils doivent mourir ? Parce que les civils, qui formèrent près de 100% des victimes à Hiroshima et Nagasaki, étaient <<~co-localisés~>> avec les cibles militaires et industrielles japonaises. Leur destruction, bien que n'étant pas l'objectif des bombardements, était un inévitable résultat du choix de ces cibles. Notons qu'au cours de la Guerre Froide, les Etats-Unis ont annoncé avoir des dizaines de têtes nucléaires dirigées vers Moscou, parce qu'elle contenait beaucoup de cibles militaires et autant de <<~capacité industrielle.>>

Probablement, les Soviétiques menaçaient de même de nombreuses villes américaines. L'affirmation que nos armes nucléaires ne menaçaient pas les populations elle-mêmes était et reste totalement trompeuse dans le sens où les dommages collatéraux, comme on dit, d'une frappe atomique de grande envergure inclurait des dizaines de millions de civils innocents.

C'est en quelques mots ce que fait une bombe atomique : elle volatilise, brûle et irradie sans discrimination à une vitesse et une finalité quasiment incompréhensible. C'est exactement de cela que des pays comme les USA et la Russie qui possèdent des armes nucléaires en alerte permanente, nous menacent chaque minute de chaque jour en ce début de XXIe siècle.

Pas moyen de gagner

J'ai travaillé sur des problèmes relatifs à la stratégie nucléaire et aux plans de guerre des USA et de l'OTAN pendant plus de 40 ans. Pendant cette période, je n'ai jamais vu un document qui mettait en évidence un plan qui initierait l'usage de l'arme nucléaire avec le moindre bénéfice pour les USA ou l'OTAN. J'ai fait de nombreuses fois cette remarque devant des audiences de ministres de la défense de l'OTAN ou de chefs militaires confirmés. Personne ne l'a jamais réfutée. Lancer des armes contre un ennemi possédant l'arme nucléaire serait suicidaire. Le faire contre un ennemi sans l'arme nucléaire serait militairement inutile, moralement répugnant et politiquement indéfendable.

J'ai tiré ces conclusions très vite après avoir accédé au poste de secrétaire de la défense. Bien que je pense que les présidents John F. Kennedy et Lyndon Johnson partageaient mes vues, il était impossible pour nous de faire de telles déclarations en public car elles étaient totalement contraires à la politique de l'OTAN. Après avoir quitté le Département de la Défense, je suis devenu président de la Banque Mondiale. Pendant mes 13 ans à ce poste, de 1968 à 1981, j'avais interdiction, en tant qu'employé d'une institution internationale, de commenter publiquement les affaires de la sécurité nationale américaine. Après mon départ de la banque, j'ai commencé à réfléchir à comment, avec mes sept ans d'expérience en tant que secrétaire à la défense, je pouvais contribuer à faire comprendre les enjeux avec lesquels j'avais commencé ma carrière de fonctionnaire.

À cette époque, on avait beaucoup dit et écrit sur comment les Etats-Unis pouvaient, et pourquoi ils devaient, combattre et gagner une guerre nucléaire contre les Soviétiques. Ce point de vue impliquait bien sûr que les armes atomiques avaient une utilité militaire ; qu'elles pouvaient être utilisées dans une bataille et faire gagner celui qui aurait eu la plus grande force ou l'aurait utilisé avec la plus grande perspicacité. Ayant étudié ces points de vue, j'ai décidé d'amener au public des informations que je savais controversées, mais que je sentais nécessaires pour amener de la réalité dans ces discussions incroyablement irréelles concernant l'utilité militaire des armes nucléaires. Dans des articles et des conférences, j'ai critiqué l'hypothèse fondamentalement fallacieuse que l'arme nucléaire pouvait être utilisée de manière limitée. Il n'y a pas moyen de contenir une frappe nucléaire - de l'empêcher de provoquer d'énormes destructions sur les propriétés et les vies civiles, et il n'y a aucune garantie qui empêcherait une escalade après la première frappe. Nous ne pouvons pas éviter le grave et inacceptable risque de guerre nucléaire dès qu'on accepte les faits et que l'on fonde nos plans et politiques militaires sur cette acceptation. Je crois à ces idées encore plus fermement aujourd'hui que je ne le croyais quand j'ai parlé pour la première fois contre les dangers nucléaires que nos politiques créaient. Je sais de ma propre expérience que la politique nucléaire des USA crée aujourd'hui des risques inacceptables pour les autres nations et pour la notre.

Ce que Castro nous a appris

Parmi les coûts à prendre en compte avec les armes nucléaires, il y a le risque - pour moi un risque inacceptable - d'utilisation de ces armes soit par accident soit suite à une mauvaise décision ou un mauvais calcul en cas de crise. La crise des missiles de Cuba a démontré que les Etats-Unis et l'Union Soviétique - et en fait le reste du monde - est passé à un cheveu d'un désastre nucléaire en octobre 1962.

En fait, selon les précédents responsables militaires soviétiques, au plus haut de la crise, les forces soviétiques à Cuba étaient constituées de 162 têtes nucléaires, dont au moins 90 tactiques. Au même moment, le président cubain Fidel Castro demandait à l'ambassadeur soviétique à Cuba d'envoyer un message au premier secrétaire soviétique Nikita Krushchev signalant que Castro le pressait de contrer une attaque américaine avec une frappe nucléaire. Il y avait clairement un risque qu'en face d'une attaque américaine, ce que de nombreuses personnes du gouvernement américain étaient prêts à recommander au président Kennedy, les forces soviétiques à Cuba aient décidé d'utiliser leurs armes nucléaires plutôt que de les perdre. Nous n'avons appris que quelques années plus tard que quatre sous-marins soviétiques traquant des vaisseaux de la marine américaine près de Cuba transportaient des torpilles à tête nucléaire. Chacun des commandants des sous-marins avait l'autorité de lancer ces torpilles. La situation était même encore plus effrayante parce que, comme me l'a rapporté le commandant en chef, les sous-marins n'avaient plus de communication avec leurs bases, et ont continué leurs patrouilles quatre jours après que Krushchev eut annoncé le retrait des missiles de Cuba.

La leçon, si elle n'était pas déjà évidente, fut tirée à une conférence sur la crise qui a eu lieu à la Havane en 1992 quand nous avons commencé à apprendre de la part des anciens officiels soviétiques les préparatifs d'une guerre nucléaire en cas d'invasion américaine. Vers la fin de cette rencontre, j'ai demandé à Castro s'il aurait recommandé à Krushchev d'utiliser ces armes face à une invasion américaine, et dans ce cas comment il avait imaginé que les Etats-Unis auraient répondu. << Nous partions de l'hypothèse que s'il y avait une invasion de Cuba, il y aurait une guerre nucléaire,>> a répondu Castro. << Nous en étions sûrs... Nous aurions été forcés à payer le prix de notre disparition.>> Il a continué : << Aurais-je été prêt à utiliser l'arme atomique ? Oui, J'aurais accepté d'utiliser des armes atomiques.>> Puis il ajouta, << Si M. McNamara ou M. Kennedy avait été à notre place, et avaient eu leur pays envahi, ou risqué d'être occupé... Je crois qu'ils auraient utilisé des armes nucléaires tactiques.>>

J'espère que le président Kennedy et moi n'aurions pas agi comme Castro l'a suggéré. Sa décision aurait détruit son pays. Aurions nous répondu de cette façon que les dommages sur les Etats-Unis auraient été inimaginables. Mais les humains sont faillibles. Dans une guerre conventionnelle, les erreurs coûtent des vies, parfois des milliers de vies. Mais, si des erreurs devaient affecter des décisions relatives à l'usage de la force nucléaire, il n'y aurait pas d'apprentissage. Elles résulteraient en la destruction des pays. La combinaison hasardeuse de la faillibilité humaine et des armes nucléaires amène à un très haut risque de catastrophe nucléaire. On ne peut pas réduire le risque à un niveau acceptable, autrement qu'en commençant par stopper les politiques d'alerte maximum et, plus tard, en éliminant toute, ou presque toute, les armes nucléaires. Les Etats-Unis devraient immédiatement entreprendre ces actions, en coopération avec les Russes. C'est la leçon de la crise des missiles de Cuba.

Une dangereuse obsession

Le 13 novembre 2001, le président George W. Bush a annoncé qu'il avait dit au président Valdimir Poutine que les Etats-Unis réduiraient << les têtes nucléaires déployées opérationnellement >> d'environ 5300 à un niveau compris entre 1700 et 2200 dans la décennie à venir. Cette réduction devrait s'approcher des 1500 à 2200 que Poutine a proposé pour la Russie. Cependant, le rapport sur la position nucléaire (Nuclear Posture Review) de l'administration Bush, mandaté par le congrès américain et publié en janvier 2002, présente une version très différente. Il affirme que les armes nucléaires offensives stratégiques en bien plus grand nombre que 1700 à 2200 feront partie des forces militaires U.S. dans les prochaines décennies. Bien que le nombre de têtes déployées passera à 3800 en 2007 et entre 1700 et 2200 d'ici 2012, les têtes nucléaires et nombreux des vecteurs de lancement enlevés seront maintenus en réserve proche d'où ils pourront être redéployés dans la force opérationnelle. Le rapport sur la position nucléaire (Nuclear Posture Review) a reçu peu d'attention des médias. Mais l'importance qu'il donne aux armes nucléaires offensives stratégiques mérite une attention minutieuse de la part du public. Bien que toute réduction soit la bienvenue, il est douteux que les survivants - s'il y en avait - d'un échange de 3200 têtes (les chiffres des USA et de la Russie prévus pour 2012), avec une puissance destructive d'environ 65000 fois celle de la bombe de Hiroshima, voient la différence avec les effets qu'auraient provoqué le lancement des forces actuelles des USA et de la Russie, soit environ 12000 têtes nucléaires.

En plus d'envisager le déploiement de nombreuses armes nucléaires stratégiques dans le futur, l'administration Bush prépare des séries de programmes complets et coûteux pour soutenir et moderniser la force nucléaire existante et pour commencer à étudier de nouveaux moyens de lancement, et de nouvelles têtes pour tous les types de plateforme de lancement. Quelques membres de l'administration ont réclamé de nouvelles armes nucléaires qui pourraient être utilisées contre des abris souterrains (comme celui qu'a utilisé Saddam Hussein à Bagdad.) Il faudra de nouvelles techniques de production de matières fissiles pour réaliser la nouvelle force. Les plans proposent d'intégrer un missile de défense balistique national dans la nouvelle triade d'armes offensives afin d'améliorer les capacités du pays à utiliser << ses forces de projection >> en augmentant notre capacité à contre-attaquer un ennemi. L'administration Bush a également annoncé qu'elle n'a pas l'intention de demander au congrès de ratifier le Traité d'interdiction complet d'essais nucléaire (Comprehensive Test Ban Treaty (CTBT)) et, bien qu'aucune décision de réaliser des tests n'ait été prise, l'administration a ordonné aux laboratoires nationaux de commencer des recherches sur la conception de nouvelles armes nucléaires et de préparer les sites des tests sous-terrains dans le Nevada pour, si nécessaire dans le futur, des tests nucléaires. L'administration Bush affirme clairement que les armes nucléaires feront partie intégrante du dispositif militaire américain pour au moins plusieurs dizaines d'années.

La participation de bonne foi aux négociations internationales de désarmement - incluant la participation au CTBT - est une obligation politique et légale faite à toutes les parties signataires du Traité de Non-Prolifération qui est entré en application en 1970 et a été indéfiniment prolongé en 1995. Le programme nucléaire de l'administration Bush, en plus de son refus de ratifier le Traité d'interdiction complet d'essais nucléaire (CTBT) sera vue, avec raison, par de nombreuses nations comme une violation du traité par les Etats-Unis. Il signifie aux nations non-nucléaires, << Nous, qui disposons des plus importantes forces militaires conventionnelles du monde, avons besoin d'armes nucléaires pour toujours, mais vous, qui devez faire face à des ennemis potentiellement bien armés, ne serez jamais autorisés à posséder ne serait-ce qu'une arme nucléaire.>>

Si les Etats-Unis maintiennent leur position actuelle sur le nucléaire, une prolifération substantielle d'armes nucléaire s'en suivra quasi sûrement. Certains, ou toutes, les nations comme l'Egypte, le Japon, l'Arabie Saoudite, la Syrie, et Taiwan commenceront très certainement à développer un programme nucléaire, augmentant à la fois les risques d'utilisation de ces armes, mais aussi de diffusion d'armes et de matières fissiles dans les mains d'états voyous ou de terroristes. Les diplomates et services secrets pensent qu'Oussama Ben Laden a fait plusieurs tentatives pour acquérir des armes nucléaires et des matériaux fissiles. Il a été largement rapporté que Sultan Bashiruddin Mahmood, ex-directeur de projet au sein de la Commission pakistanaise de l'Energie atomique, a rencontré Ben Laden plusieurs fois. Qu'Al Quaïda acquière des matériaux fissiles, en particulier de l'uranium enrichi, et sa capacité à produire des armes nucléaires seraient grande. La connaissance pour construire un dispositif nucléaire simple, comme celui qui a été largué sur Hiroshima, est maintenant répandue. Les experts ont peu de doute sur la capacité des terroristes à construire un tel dispositif s'ils acquéraient l'uranium enrichi nécessaire. Enfin, l'année dernière, à une réunion de l'Académie des sciences (américaine), l'ex-secrétaire à la défense William J. Perry a dit, << Je n'ai jamais eu aussi peur d'une explosion nucléaire que maintenant. ... Il y a une probabilité de plus de 50% d'une frappe nucléaire sur des cibles américains dans cette décennie.>> Je partage ses craintes.

Le temps de la décision

Nous sommes à un moment crucial de l'histoire humaine - peut-être pas aussi dramatique que la crise des missiles de Cuba, mais un moment pas moins crucial. Ni l'administration Bush, ni le congrès, ni le peuple américain, ni les peuples des autres pays n'ont débatu les avantages d'alternatives aux politiques des armes nucléaires stratégiques pour leurs pays ou pour le monde. Ils n'ont pas étudié l'utilité militaire des armes ; le risque d'utilisation accidentelle ou involontaire ; les considérations morales ou légales liées à l'utilisation et à la menace de l'utilisation de ces armes ; ou de l'impact des politiques actuelles sur leur prolifération. Il y a longtemps que ces débats auraient dû avoir lieu. S'ils étaient menés, je crois qu'ils concluraient, comme moi et de plus en plus de chefs militaires confirmés, de politiques et d'experts de la sécurité civile : Nous devons rapidement éliminer - ou quasiment éliminer - toutes les armes nucléaires. Pour beaucoup, il est tentant de s'accrocher aux stratégies des 40 dernières années. Mais faire cela serait une grave erreur qui provoquerait d'inacceptables risques pour tous les pays.

Robert S. McNamara a été secrétaire de la défense Américain de 1961 à 1968 et président de la banque mondiale de 1968 à 1981

En savoir plus ?

Les références citées sont en anglais. Existe-t-il des versions française, ou des équivalents ?

Pour découvrir à quel point le monde a été proche d'une guerre nucléaire pendant la crise des missiles de Cuba, les lecteurs peuvent consulter des informations de première main. Particulièrement oppressants sont Robert F. Kennedy’s Thirteen Days: A Memoir of the Cuban Missile Crisis (New York: W.W. Norton, 1969) and Ernest R. May and Philip D. Zelikow’s (eds.) The Kennedy Tapes: Inside the White House During the Cuban Missile Crisis (Cambridge: Harvard University Press, 1997). Le livre de Scott D. Sagan, The Limits of Safety: Organizations, Accidents, and Nuclear Weapons (Princeton: Princeton University Press, 1993) (...)

Pour mieux comprendre pourquoi quelques pays adoptent le nucléaire, consultez The Nuclear Tipping Point: Why States Reconsider Their Nuclear Choices (Washington, D.C.: Brookings Institution Press, 2004), edited by Kurt M. Campbell, Robert J. Einhorn, and Mitchell B. Reiss. Pour une vue complète sur les options politiques liées aux armes atomiques, lisez Universal Compliance: A Strategy for Nuclear Security (Washington: Carnegie Endowment for International Peace, 2005), by George Perkovich, Jessica T. Mathews, Joseph Cirincione, Rose Gottemoeller, and Jon Wolfsthal.

Pour un traitement cinématographique des leçons tirées par le secrétaire à la défense Robert McNamara, regardez le film (récompensé par l'Academy) The Fog of War, mis en scène par Errol Morris (Sony Pictures, 2003).

Pour des sites Internet sur ce thème, accédez aux archives de FP [1] (en anglais) et un index complet d'articles de politique étrangère (des USA).

Source : Midoriwiki

Nous mangeons du pétrole

by Dale Allen Pfeiffer

texte original sur le site http://www.fromthewilderness.com/ (FTW)

(Sur le même thème voir aussi le texte en anglais Why Our Food is So Dependent on Oil de Norman Church)

© Copyright 2004, From The Wilderness Publications, www.copvcia.com. All Rights Reserved. May be reprinted, distributed or posted on an Internet web site for non-profit purposes only.

Note de l'éditeur (Michael C. Ruppert (http://www.fromthewilderness.com/about.html)) Il y a quelques mois, interpellé par un rapport réalisé par le Professeur Kenneth Deffeyes de Princeton concernant son travail sur l'impact du pic de pétrole (Peak Oil) sur la production d'engrais, j'ai demandé à l'éditeur responsable de la section énergie de FTW, Dale Allen Pfeiffer d'étudier ce que produira la diminution de gaz naturel sur les coûts de production des engrais. Ses recherches le menèrent à étudier la production globale de nourriture aux USA et, puisque les USA et le Canada nourissent une partie du monde, les réponses ont une porté globale.

Ce qui suit est probablement l'article le plus effrayant que j'ai lu et la contribution la plus alarmante que FTW ait jamais publiée. Même si l'on a vu CNN, Britain's Independent ou Jane's Defence Weekly reconnaitre la réalité du pic de pétrole (Peak Oil and Gas) ces dernières semaines, admettant que les réserves mondiales de pétrole et de gaz sont inférieures de 80% à celles estimées, nous voyons le peu de réflexions consacrées à prévoir ces crises à venir ; au moins en terme de réflexions accessibles au public.

L'article qui suit est si sérieux dans ses implications que j'ai pris l'inhabituelle initiative de souligner certains points clés. J'ai fais cela avec l'intention que le lecteur considère chaque passage souligné comme un fait séparé incroyablement important. Chacun de ces faits doit être lu et digéré séparément pour assimiler son importance. Je me suis trouvé lisant un fait, me levant et marchant de long en large jusqu'à pouvoir revenir continuer (in)confortablement à lire la suite.

Tout ce que rapporte les recherches de Dale Allen Pfeiffer confirme les pires doutes de FTW à propos des conséquences du pic de pétrole, et pose de sérieuses questions sur ce qu'il faut faire après. La moindre n'est pas pourquoi, au cours d'une année d'élection présidentielle (aux USA) aucun des candidats n'a reconnu le problème. Aujourd'hui, il est clair que les réponses à ces questions, sans doute les plus importantes auxquelles l'humanité doit faire face, doivent nécessairement être trouvées par des individus et des collectivités privées, indépendamment d'aide gouvernementale. Savoir si la recherche de réponse débute maintenant, ou bien lorsque la crise deviendra inévitable, ne dépend que de nous. - MCR

3 octobre 2003, 1200 PDT, (FTW) -- Les humains (comme tous les autres animaux) tirent leur énergie de la nourriture qu'ils mangent. Jusqu'au siècle dernier, toute l'énergie de la nourriture disponible sur cette planète était dérivée de l'énergie solaire par photosynthèse. Soit vous mangiez des plantes soit vous mangiez des animaux qui se nourrissaient de plantes, mais l'énergie provenait finalement du soleil.

Il aurait été absurde de penser qu'un jour nous manquerions d'ensoleillement. Non, l'ensoleillement était une ressource abondante, renouvelable et le processus de photosynthèse nourrissait toute vie sur la planète. Il plaçait également une limite sur la quantité de nourriture qui pouvait être produite à chaque instant, et ainsi limiter la croissance de la population. L'énergie solaire a un flux limité sur la planète. Pour augmenter votre production de nourriture, il fallait augmenter la surface cultivable et déplacer vos concurrents. Il n'y avait pas d'autres moyens pour augmenter l'énergie disponible pour la production de nourriture. La population humaine crût en déplaçant tout et en s'appropriant de plus en plus de l'énergie solaire.

Le besoin d'augmenter la production agricole est l'une des causes qui motiva la plupart des guerres, associé à l'accroissement des besoins énergétiques (et la production agricole est vraiment une partie essentielle des besoins énergétiques.) Quand les Européens ne purent plus étendre leur surfaces agricoles, ils commencèrent à conquérir le monde. Les explorateurs furent suivis des conquérants, puis des commerçants et des colons. Les raisons annoncées de l'expansion pouvait être le commerce, l'avarice, l'empire ou simplement la curiosité, mais à l'origine, tout était question d'augmentation de la productivité agricole. Où que les explorateurs et conquérants voyagèrent, ils ont pu ramener des butins, mais ont laissé des plantations. Ensuite, les colons travaillent à rendre la terre cultivable pour y établir leur propre ferme. Ces conquêtes ont duré tant qu'il y avait des terres pour s'étendre. Jusqu'à aujourd'hui, les propriétaires terriens et les fermiers luttent et réclament plus de terres pour la production agricole, mais ils se battent pour des restes. Aujourd'hui, virtuellement toutes les terres productives de cette planète sont exploitées pour l'agriculture. Ce qui reste inutilisé est trop escarpé, trop humide, trop sec ou sur un sol trop pauvre en nutriment.

Au moment où la production agricole ne peut plus s'étendre par accroissement de la surface, de nouvelles innovations rendent possible une meilleure productivité des terres disponibles. Le processus de déplacement des "nuisibles" et d'appropriation pour l'agriculture, accéléré par la révolution industrielle et la mécanisation de l'agriculture, a accéléré le nettoyage et le labourage de la terre et augmenté la taille des exploitations qui pouvaient être tenues par une seule personne. A chaque accroissement de la production agricole, la population humaine augmentait aussi.

A présent, les humains se sont approprié environ 40% des capacités de photosynthèse de toutes les terres. Aux USA, c'est plus de la moitié de l'énergie capturée par photosynthèse.3 Nous nous sommes approprié la meilleure moitié de la planète. Le reste de la nature est forcé de faire avec ce qui reste. Ceci est le premier facteur d'extinction des espèces et du stress de l'écosystème.

La Révolution Verte

Dans les années 1950 et 1960, l'agriculture a subit une transformation radicale souvent appelée la Révolution Verte. La révolution verte est le résultat de l'industrialisation de l'agriculture. Une partie des avancées provint de nouvelles plantes hybrides, donnant des récoltes bien plus productives. Entre 1950 et 1984, alors que la révolution verte transformait l'agriculture dans le monde entier, la production de semence mondiale crût de 250%. C'est un accroissement considérable de la quantité de nourriture disponible pour la consommation humaine. Cet accroissement d'énergie ne provenait pas d'une augmentation de l'ensoleillement, ni de l'apparition de nouveaux horizons de terres agricoles. L'énergie de la révolution verte provenait des énergies fossiles sous la forme d'engrais (gaz naturel), de pesticides (pétrole) et d'irrigation motorisée.

La Révolution Verte a accru la quantité d'énergie consommé par l'agriculture de 50 fois en moyenne par rapport à l'agriculture traditionnelle. Dans les cas les plus extrêmes, la consommation d'énergie de l'agriculture a été multipliée par 100 ou plus.

Aux USA, 730 kg d'équivalent pétrole (400 gallons) sont dépensés par an pour nourrir chaque Américain (données de 1994). La consommation d'énergie pour l'agriculture se répartie comme suit :

  • 31% pour la fabrication d'engrais non organique
  • 19% pour les engins agricoles
  • 16% pour le transport
  • 13% pour l'irrigation
  • 08% pour élever le bétail (sans sa nourriture)
  • 05% pour l'assèchement des récoltes
  • 05% pour la production de pesticide
  • 08% divers

Les coûts énergétiques pour emballer, refroidir, transporter vers les revendeurs finals et cuisiner ne sont pas pris en compte dans ces chiffres.

Pour donner une idée au lecteur du besoin en énergie de l'agriculture moderne, la production d'un kg d'azote pour les engrais requiert l'énergie équivalente de 1,4 à 1,8 litres de diesel. Sans considérer le gaz naturel de base. Selon le Fertilizer Institute (http://www.tfi.org), du 30 juin 2001 au 30 juin 2002 les USA ont utilisés 12 009 300 tonnes d'engrais azoté. En utilisant le chiffre bas de 1,4 litres de diesel équivalent par kilogramme d'azote, ceci correspond à l'énergie contenue dans 15,3 milliards de litres de diesel, soit 96,2 millions de barils.

Bien sûr, ceci n'est qu'une comparaison grossière pour aider à comprendre les besoins d'énergie de l'agriculture moderne.

Dans un sens littéral, nous pouvons dire que nous mangeons du pétrole. Cependant, à cause des lois de la thermodynamique, il n'y a pas de correspondance directe entre l'énergie consommée et l'énergie produire par l'agriculture. Tout au long du processus, il y a une perte d'énergie. Entre 1945 et 1994, l'énergie utilisée par l'agriculture a été multipliée par 4 tandis que les récoltes ont multipliées par 3. Depuis lors, l'énergie consommée n'a cessée d'augmenter sans d'augmentation correspondante des récoltes. Nous avons atteint le point des retours marginaux (?). A cause de la dégradation des sols, de la demande croissante de gestion des nuisibles et des coûts pour l'irrigation (qui sont détaillés ci-dessous), l'agriculture moderne doit continuer d'augmenter ses dépenses énergétiques simplement pour maintenir sa production actuelle. La révolution verte va à la faillite.

Les coûts du pétrole fossile

L'énergie solaire est une ressource renouvelable limitée seulement par le flux de lumière du soleil vers la terre. Le pétrole fossile, au contraire, est une ressource stockée qui peut être utilisée à un taux presque sans limite. Cependant, à échelle de temps humaine, le pétrole fossile est non renouvelable. Il représente un stock d'énergie planétaire dans lequel nous pouvons piocher au rythme que nous voulons, mais qu'on finira par épuiser sans renouvellement. La Révolution Verte exploite ce dépôt d'énergie pour améliorer la production agricole.

Le total de pétrole fossile utilisé par les USA a été multiplié par 20 dans les 40 dernières années. Aux USA, nous consommons 20 à 30 fois plus d'énergie issue de pétrole fossile par personne que dans les nations en développement. L'agriculture compte directement pour 17% de toute l'énergie utilisée dans ce pays. En 1990, nous utilisions approximativement 1000 litres (6,41 barils) de pétrole pour produire de la nourriture avec un hectare de terre.

En 1994, David Pimentel et Mario Giampietro estimaient que le rapport produits/intrants de l'agriculture était environ 1,4. Pour 0,7 kcal d'énergie fossile consommée, l'agriculture des USA produisait 1 kcal de nourriture. Le chiffre d'entrée de ce ratio était basé sur des statistiques de la FAO (Food and Agriculture Organization des Nations Unies) qui ne considère que les engrais (sans inclure la matière de base des engrais), l'irrigation, les pesticides (sans inclure la matière de base des pesticides), et les engins agricoles et leur carburant. Les autres énergies en entrée de l'agriculture qui ne sont pas considérées étaient l'énergie et les machines pour assécher les récoltes, le transport des intrants et des produits de et vers la ferme, l'électricité, et la construction et l'entretien des bâtiments et infrastructures. Ajouter dans les estimations ces coûts énergétiques conduisent le ration produits/intrants vers une valeur proche de 1. Ceci n'inclut pas non plus les dépenses d'énergie de l'emballage, du transport vers les détaillants, le refroidissement ou la cuisson finale.

Dans un rapport ultérieur de la même année (1994), Giampietro et Pimentel réussirent à construire un ratio plus précis de l'utilisation de l'énergie fossile dans l'agriculture. Dans cette étude, les auteurs définirent deux types d'énergie en entrée : l'énergie endosomatique et l'énergie exosomatique. L'énergie endosomatique est générée par la transformation métabolique de l'énergie de la nourriture en énergie musculaire dans le corps humain. L'énergie exosomatique est générée par la transformation de l'énergie en dehors du corps humain, comme brûler du pétrole dans un tracteur. Cette donnée permet aux auteurs de se concentrer sur les entrées de fuel fossile uniquement et de son ratio par rapport aux autres entrées.

Avant la révolution industrielle, virtuellement 100% des énergies endomatiques et exosomatiques étaient d'origine solaire. Le pétrole fossile représente maintenant 90% de l'énergie exosomatique utilisée aux USA et dans les autres pays développés.17 La ratio typique exo/endo des sociétés pré-industrielles, basées sur le soleil, est environ de 4 pour 1. Le ratio a décuplé dans les pays développés, passant à 40 pour 1. Aux USA, il est supérieur à 90 pour 1.18 La nature de la manière dont on utilise l'énergie endosomatique a évolué de la même manière.

La grande majorité de l'énergie endosomatique n'est plus dépensée pour produire de la puissance dans les processus économiques. La majorité de l'énergie endosomatique est maintenant utilisée pour générer le flux d'information dirigeant le flux d'énergie exosomatique pour conduire les machines. En considérant le ration de 90/1 aux USA, chaque kcal d'énergie endosomatique dépensée aux USA induit la circulation de 90 kcal d'énergie exosomatique. Par exemple, un petit moteur à essence peut convertir les 38000 kcal d'un gallon (3,785 litres) d'essence en 8,8 kWh (kilowatt heure), ce qui équivaut à environ 3 semaines de travail pour un humain.

Dans leur étude plus précise, Giampietro et Pimentel trouvèrent que 10 kcal d'énergie exosomatique étaient requises pour produire et fournir 1 kcal de nourriture au consommateur Américain. Ceci inclut l'emballage et toutes les dépenses de livraison, mais exclut la cuisson. Le système d'alimentation Américain consomme 10 fois plus d'énergie qu'il produit en nourriture. Cette asymétrie repose sur les stocks de pétrole fossile non renouvelable.

Avec une hypothèse de 2500 kcal par personne pour une ration quotidienne aux USA, le ratio de 10/1 se traduit en un coût de 35000 kcal d'énergie exosomatique par personne et par jour. Cependant, considérant que le retour moyen d'une heure de travail endosomatique aux USA est d'environ 100000 kcal d'énergie exosomatique, le flux d'énergie exosomatique réquis pour fournir la ration quotidienne est atteint en seulement 20 minutes de travail dans notre système actuel. Malheureusement, si l'on supprime l'énergie fossile de l'équation, la ration quotidienne requiert 111 h de travail endosomatique par personne ; c'est-à-dire, qu'il faudrait près de 3 semaines de travail par personne pour produire la ration quotidienne américaine.

Assez simplement, quand la production de pétrole commencera à diminuer dans les années à venir, il y aura moins d'énergie disponible pour produire de la nourriture.

Sol, terre arable et eau

L'agriculture intensive moderne n'est pas durable. L'agriculture améliorée technologiquement augmente l'érosion du sol, pollue et surconsomme les eaux souterraines et de surface, et même (essentiellement à cause de l'usage des pesticides) provoque de sérieux problèmes d'environnement et de santé publique. L'érosion du sol, les terres surexploitées et les ressources en eau surutilisées conduisent à leur tour à une encore plus grande utilisation des hydrocarbures. On utilise plus d'engrais à base d'hydrocarbure, ainsi que plus de pesticide ; l'irrigation par pompage consomme aussi plus d'énergie ; et les pétroles fossiles sont utilisés pour traiter l'eau polluée.

Il faut 500 ans pour remplacer 2,56 cm de terre arable. En environnement naturel, la reconstitution de la terre se fait par décomposition des matières végétales, protégée de l'érosion par les plantes qui apparaissent. Dans les sols fragilisés par l'agriculture l'érosion réduit la productivité de 65% tous les ans. Les prairies, qui constitue l'essentiel des terres aux USA, ont perdu la moitié de la couche arable après environ 100 ans d'exploitation fermière. Ce sol s'érode 30 fois plus vite qu'il ne se forme. Les récoltes sont bien plus gourmandes que l'herbe qui couvrait les Grandes Plaines. En conséquence, la terre arable restante est de plus en plus pauvre en nutriments. L'érosion du sol et l'appauvrissement en minéraux coute environ 20 milliards de dollars en nutriments à l'agriculture américaine chaque année. Le sol de la Grande Plaine est maintenant en grande partie comme une éponge qu'il faut alimenter en engrais carbonés pour pouvoir produire les récoltes.

Chaque année aux USA, plus de 800 000 ha de terre agricole sont perdues à cause de l'érosion, du sel ou du (water logging ?). De plus, l'urbanisation, la construction de route et les besoins industriels requièrent annuellement 400 000 ha de terre.24 Approximativement 3/4 des terres aux USA sont dédiées à l'agriculture et à l'exploitation forestière.25 L'expansion de la population humaine ajoute une pression croissante sur les disponibilité de terre. En conséquence, seulement une petite partie de la surface des USA reste disponible pour les technologies d'énergies solaires nécessaires à une économie basée sur l'énergie solaire. La surface pour exploiter la biomasse est également limitée. Pour cette raison, le développement du solaire et de la biomasse doit se faire au détriment de l'agriculture.

L'agriculture moderne contraint également nos ressources en eau. L'agriculture consomme 85% de toutes les ressources américaines en eau douce. De nombreuses ressources d'eau de surface sont surexploitées, particulièrement à l'ouest et au sud. L'exemple typique est la rivière Colorado, qui est détourné goutte après goutte avant qu'il n'atteigne le Pacifique. L'eau de surface ne représente que 60% de l'eau utilisée pour l'irrigation. Le reste, et par endroit la majorité de l'irrigation, vient de nappes phréatiques. Les nappes phréatiques se remplissent doucement par percolation de l'eau de pluie au travers de la croûte terrestre. Moins de 0,1% de l'eau souterraine stockée et puisée par an est remplacé par la pluie. La grande nappe Ogallala qui fournit l'eau pour l'agriculture, l'industrie et les foyers des états du sud et du centre des USA est exploité à 160% de son taux de rechargement. La nappe d'Ogallala deviendra improductive d'ici quelques dizaines d'années.

Nous pouvons illustrer la demande que place l'agriculture moderne sur les ressources en eau en regardant un champs de maïs. Une récolte de maïs qui produit 118 bushels/acre/an (?) requiert plus de 500 000 gallons/acre d'eau pendant la croissance. La production d'un kilo de maïs requiert 1400 litres d'eau. A moins de faire quelque chose pour réduire cette consommation, l'agriculture moderne va propulser les USA dans une crise de l'eau.

Ces vingt dernières années, l'utilisation de pesticide aux USA a été multiplié par 33, et chaque année, il y a plus de pertes dues aux parasites. C'est le résultat de l'abandon de la pratique traditionnelle de rotation des cultures. Près de 50% des surfaces de maïs américain est dédiée uniquement à la monoculture du maïs. Cela provoque une augmentation des parasites du maïs, qui à son tour déclenche l'utilisation de plus de pesticides. L'utilisation des pesticides sur les récoltes de maïs a été multipliée par 1000 même avant l'introduction de maïs résistant aux pesticides par génie génétique. Et cependant, les pertes de maïs ont tout de même été multipliée par 4.

L'agriculture moderne n'est pas durable. Elle abîme la terre, en drainant les ressources en eau et polluant l'environnement. Et ceci requiert de plus en plus de pétrole fossile pour pomper l'eau pour irriguer, pour remplacer les nutriments, pour protéger des parasites, pour compenser l'environnement et simplement maintenir le niveau de production constant. Pourtant cette entrée nécessaire de combustible fossile va devoir affronter la diminution de la production de combustible fossile.

La consommation des USA

Aux USA, chaque personne consomme une moyenne de 987 kg de nourriture par an. Cela fournit au consommateur américain une moyenne d'apport quotidien d'énergie de 3600 kcal. La moyenne mondiale est de 2700 kcal par jour. Aux USA, 19% des apports en calorie proviennent directement des fast food. Les fast food participent pour 34% à la consommation totale de nourriture des citoyens américains. Le citoyen moyen mange en dehors de chez lui une fois sur quatre.

Un tiers des apports caloriques des américains moyens provient de sources animales (y compris les produits laitiers), pour un total de 363 kg par personne et par an. Ce régime signifie que les citoyens américains dérivent 40% de leurs calories de graisse - près de la moitié de leur régime.

Les Américains sont également de gros consommateurs d'eau. Il y a 10 ans, les Américains consommaient 4589 litres/jour/personne (l/j/p), la plus grande part utilisée pour l'agriculture. En tenant compte de l'augmentation de population prévue, la consommation d'ici 2050 est estimée à 2650 l/j/p, que les hydrologistes considèrent comme minimaux pour les besoins humains. C'est sans compter sur le déclin de la production de carburant fossile.

Pour fournir toute cette nourriture, il faut 600 000 tonnes de pesticide par an en Amérique du Nord. C'est plus d'un cinquième du total mondial des pesticides utilisés, estimé à 2,5 millions de tonnes. Au niveau mondial, on utilise plus d'engrais azoté par an que la nature ne peut en produire. De même, l'eau est pompée des nappes phréatiques à rythme supérieur à celui qu'elles ne se remplissent. Les stocks de minerais importants comme le phosphore ou le potassium s'approchent rapidement de l'épuisement.

Le total d'énergie consommée par les USA est trois fois le montant de l'énergie solaire collectée sous forme de produits forestiers ou de récoltes. Les USA consomment annuellement 40% plus d'énergie que le montant total d'énergie solaire capturée en un an par toute la biomasse des USA. L'Amérique du Nord utilise par habitant cinq fois plus de carburant fossile que la moyenne mondiale.

Notre prospérité est construite sur le principe d'épuisement le plus rapide possible des ressources mondiales, sans considération pour nos voisins, les autres formes de vie de la planète, ou nos enfants.

Population et développement durable

En considérant un taux d'accroissement de 1,1% par an, la population des USA devrait doubler d'ici 2050. Comme la population croît, environ 0,4 ha de terre sera perdu pour chaque nouvelle personne ajoutée à la population des USA. A ce jour, il y a 0,73 ha de terre cultivable pour chaque citoyen américain. D'ici 2050, ceci devrait passer à 0,24 ha. Pour maintenir les rations standards il faut 0,48 ha par personne.

Aujourd'hui, seules deux nations dans le monde sont des exportateurs majeurs de grain : les USA et le Canada.41 D'ici 2025, il est prévu que les USA cessent d'être un exportateur de nourriture à cause de la demande intérieure. L'impact sur l'économie américaine pourrait être désastreuse, puisque les exportations de nourriture rapportent 40 milliards de dollars annuellement aux USA. Plus important, des millions de gens pourraient mourir de faim dans le monde sans les exportations de nourriture américaines.

Aux USA, 34,6 millions de gens vivent dans la pauvreté selon des données du recensement 2002. Ce nombre continue d'augmenter à un rythme alarmant. Trop de ces gens n'ont pas de ration quotidienne suffisante. Comme la situation s'aggrave, ce nombre augmentera et les USA seront témoin d'un nombre de plus en plus important de morts de famine.

Il y a plusieurs choses que nous pouvons faire pour alléger cette tragédie. On pourrait améliorer l'agriculture pour qu'elle se débarrasse des pertes, gaspillages et mauvaise gestion pour réduire la consommation d'énergie dédiée à la production de nourriture de moitié. On pourrait utiliser les engrais issus du bétail qui sont gaspillés pour remplacer les engrais basés sur le pétrole. On estime que les engrais issus du bétail contiennent 5 fois la quantité d'engrais utilisé chaque année. Le plus efficace serait peut-être de supprimer la viande de nos repas.

Mario Giampietro et David Pimentel estiment qu'il serait possible d'avoir un système d'alimentation durable si quatre conditions étaient réalisées :

  1. Des technologies agricoles environnementalement saines doivent être mises en place.
  2. Des énergies renouvelables doivent être utilisées.
  3. Des augmentations majeures de l'efficacité énergétique doivent réduire la consommation d'énergie exosomatique par personne.
  4. La taille et la consommation de la population doivent être compatibles avec le maintient de la stabilité des processus environnementaux.

Si les trois premières conditions sont réalisées, avec une réduction de moins de la moitié de consommation d'énergie exosomatique par personne, les auteurs estiment à 200 millions la population maximale dans une économie durable. Plusieurs autres études ont produit des chiffres de cet ordre(Energy and Population, Werbos, Paul J. http://www.dieoff.com/page63.htm; Impact of Population Growth on Food Supplies and Environment, Pimentel, David, et al. http://www.dieoff.com/page57.htm).

Sachant que la population des USA actuelle est de 292 millions, cela signifie une diminution de 92 millions. Pour réaliser une économie durable et éviter un désastre, les USA doivent réduire leur population d'au moins un tiers. La peste noire du XIVe siècle tua environ un tiers de la population européenne (et plus de la moitié de la population Asiatique et Indienne), plongeant le continent dans une période difficile dont il fallut près de deux siècles pour sortir.

Aucune de ces études ne considère l'impact de la baisse de la production de pétrole. Les auteurs de toutes ces études croient que la crise de l'agriculture ne commencera à avoir un impact qu'après 2020, et ne deviendra pas critique avant 2050. Le pic actuel de production de pétrole (et le déclin qui va suivre), associé au pic de production du gaz naturel d'Amérique du Nord va très vraissemblablement provoquer cette crise de l'agriculture plus tôt que prévu. Il est fort probable qu'une réduction d'un tiers de la population des USA ne sera pas très efficace pour la durabilité ; la réduction nécessaire pourrait dépasser la moitié. Au niveau mondial, la durabilité ne pourrait être atteinte qu'après une réduction de la population de 6,32 milliards d'habitants à 2 milliards - une réduction de 68% ou plus des deux-tiers. La fin de cette décennie pourrait voir des prix de la nourriture se développer sans contrôle. La décennie suivante pourrait voir apparaître des famines à niveau jamais subit par la race humaine.

Trois choix

Considérant l'absolue nécessité de la réduction de population, il y a trois choix évidents devant nous.

Nous pouvons, comme une société devenue consciente de ses options faire lucidement le choix de ne plus augmenter notre population. C'est la solution la plus raisonnable des trois options : choir volontairement et librement de réduire de manière responsable la population. Cependant, cela heurte notre impératif biologique de procréation. C'est aussi compliqué par la capacité de la médecine moderne d'étendre notre longévité, et par le refus des Religions d'accepter des règles de gestion de la population. Et puis, il y a aussi un fort lobby pour maintenir un niveau élevé d'immigration pour maintenir bas le coût du travail. Bien que ce soit probablement notre meilleur choix, il y a peu de chance qu'il soit retenu.

Si l'on n'arrive pas à diminuer volontairement notre population, on peut forcer des réductions dans la population à travers des règlements gouvernementaux. Est-il nécessaire de préciser à quel point cette option peut être désastreuse ? Combien d'entre nous choisiraient de vivre dans un monde de stérilisation forcée et de quotas de population maintenus par des lois ? Avec quelle facilité ceci pourrait mener à un sélection de la population utilisant des principes d'eugénisme ?

Reste le troisième choix, qui, à lui seul, présente une indicible image de souffrance et de mort. Si nous devions échouer à reconnaître cette crise à venir et décider de la gérer, nous ferions face à une décroissance dont la civilisation ne se remettra peut-être jamais. Nous perdrions probablement plus que le nécessaire pour assurer la durabilité. Avec ce scénario de décroissance, les conditions se détérioreraient tellement que les survivants seraient une fraction négligeable de la population actuelle. Ces survivants vivraient dans le souvenir de la mort de leur civilisation, leurs voisins, leurs amis et leurs familles. Ces survivants auront vu leur monde s'effrondrer.

Les questions que nous devons nous poser maintenant sont, comment peut-on laisser cela se produire, et que peut-on faire pour l'empêcher ? Notre façon de vivre actuelle signifie-t-elle tant que nous nous placions nous même et nos enfants devant cette tragédie approchant rapidement pour quelques années de consommation de plus ?

Note de l'auteur

C'est probablement l'article le plus important que j'ai écris à ce jour. C'est certainement le plus effrayant, et la conclusion est la plus triste que j'ai jamais écrite. Cette article va probablement déranger le lecteur ; il m'a sans aucun doute perturbé. Pourtant, il est important pour notre futur que cet article soit lu, compris et discuté.

Je suis par nature positif et optimiste. En dépit de cet article, je continue à croire que nous trouverons une solution positive aux multiples crises qui nous font face. Bien que cet article puisse provoquer de nombreux courriels haineux, c'est un simple rapport factuel de données et de la conclusion évidente qui en découle.

Source : Midoriwiki.

jeudi 1 décembre 2005

Mer d'Aral

La mer d'Aral est le nom d'une ancienne mer intérieure de Sibérie, située entre 53° et 56° de latitude nord et entre 58° et 62° de longitude ouest. Elle est partagée entre le Kazakhstan au nord et l'Ouzbékistan au sud.

En 1960, elle couvrait 68 000 km². En 2000, cette superficie était déjà divisée par deux. La séparation entre Petite mer au nord et Grande mer au sud date de 1989. L'évolution actuelle laisse présager la disparition totale de la seconde à l'horizon 2025.

Assèchement

Recevant les eaux de deux fleuves, l'Amou-Daria et le Syr-Daria, elle s'est progressivement asséchée depuis une trentaine d'années. Le débit de ces deux fleuves a considérablement diminué (90 % pour le Syr-Daria), à cause des prélèvements excessifs faits par les républiques d'Asie Centrale, commencés dès 1920 et intensifiés par la suite. L'Ouzbékistan irrigue le coton, le Kazakhstan entretient des rizières en plein désert.

Les débits cumulés en année normale des deux fleuves sont passés, de 60 km³ dans les années 1950, à 38,5 kilomètres cubes en 1970, 10 km³ en 1975 et 1,3 km³ en 1986.

Actuellement, la niveau de la mer d'Aral a baissé de 22 m depuis 1960, elle a perdu 60 % de sa surface. Son volume est passé de 1 100 km³ à 650 km³ de 1960 à 1990. Les côtes ont reculé de plus de 80 km.

Cet assèchement a de multiples conséquences néfastes :

  • la diminution de l'évaporation rend le climat de la région plus sec, en diminuant la quantité de précipitations ;
  • les vastes fonds marins laissés à nu sont balayés par les vents qui emportent le sel au loin et stérilisent de vastes étendues de terres cultivables ; ces tempêtes de sable, qui vont jusqu'au Pamir, provoquent des anémies (80 % des femmes enceintes), des cancers de l'estomac et des tuberculoses (20 fois les taux de l'ex-URSS) ;
  • l'augmentation de la salinité (passée de 9 à 49 g par litre en moyenne, avec des pointes à 85 g, contre 30 à 35 pour les autres mers) de l'eau tue les poissons, ce qui a supprimé toute pêche ; seule une sole mutante a survécu ;
  • le recul de la mer combiné à la baisse des précipitations provoque une régression des nappes phréatiques, dont certaines sont devenues saumâtres.

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