lundi 31 octobre 2005

Emmanuel Kant - Qu'est-ce que les Lumières ?

Source : WikiSource

Traduction Piobetta

1. Qu’est-ce que les Lumières ? La sortie de l’homme de sa minorité dont il est lui-même responsable. Minorité, c’est-à-dire incapacité de se servir de son entendement (pouvoir de penser) sans la direction d’autrui, minorité dont il est lui-même responsable (faute) puisque la cause en réside non dans un défaut de l’entendement mais dans un manque de décision et de courage de s’en servir sans la direction d’autrui. Sapere aude ! (Ose penser) Aie le courage de te servir de ton propre entendement. Voilà la devise des Lumières.

2. La paresse et la lâcheté sont les causes qui expliquent qu’un si grand nombre d’hommes, après que la nature les a affranchi depuis longtemps d’une (de toute) direction étrangère, reste cependant volontiers, leur vie durant, mineurs, et qu’il soit facile à d’autres de se poser en tuteur des premiers. Il est si aisé d’être mineur ! Si j’ai un livre qui me tient lieu d’entendement, un directeur qui me tient lieu de conscience, un médecin qui décide pour moi de mon régime, etc., je n’ai vraiment pas besoin de me donner de peine moi-même. Je n’ai pas besoin de penser pourvu que je puisse payer ; d’autres se chargeront bien de ce travail ennuyeux. Que la grande majorité des hommes (y compris le sexe faible tout entier) tienne aussi pour très dangereux ce pas en avant vers leur majorité, outre que c’est une chose pénible, c’est ce à quoi s’emploient fort bien les tuteurs qui très aimablement (par bonté) ont pris sur eux d’exercer une haute direction sur l’humanité. Après avoir rendu bien sot leur bétail (domestique) et avoir soigneusement pris garde que ces paisibles créatures n’aient pas la permission d’oser faire le moindre pas, hors du parc ou ils les ont enfermé. Ils leur montrent les dangers qui les menace, si elles essayent de s’aventurer seules au dehors. Or, ce danger n’est vraiment pas si grand, car elles apprendraient bien enfin, après quelques chutes, à marcher ; mais un accident de cette sorte rend néanmoins timide, et la frayeur qui en résulte, détourne ordinairement d’en refaire l’essai.

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samedi 29 octobre 2005

Chirine Ebadi, Prix Nobel de la Paix en 2003

Chirine Ebadi

Chirine Ebadi (شیرین عبادی en persan ; née en 1947) est une avocate iranienne, défenseur active des droits de l'homme. Elle a reçu le Prix Nobel de la Paix en 2003 pour son action en faveur des droits de l'homme et la démocratie. C'est la première femme musulmane et la première iranienne à recevoir ce prix.

Elle fut aussi la première femme en 1974 à être juge en Iran. Elle a dû abandonner son poste en 1979 à cause de la révolution iranienne lorsque des religieux conservateurs ont pris en main le pays et fortement limité le rôle des femmes.

Elle enseigne actuellement le droit à l'Université de Téhéran et œuvre pour la défense des droits des enfants et des femmes.

Elle est la porte-parole officieuse des femmes iraniennes qui ont joué un rôle clé dans la campagne présidentielle de Mohammad Khatami et depuis elle se bat pour que les femmes aient un plus grand rôle dans la vie publique.

Elle est aussi connue pour prendre la défense des dissidents de premier plan comme celle de la famille de Dariush Farouhar et de son épouse qui ont été retrouvés battus à mort. Il s'agit d'intellectuels menacés par des extrémistes opposés à la politique de Khatami qui a libéré le droit d'expression.

En 2000, Ebadi a été accusée d'avoir distribué une cassette vidéo montrant un de ces extrémistes révélant que des dirigeants conservateurs sont à l'origine de ces violences. Elle a été condamnée pour cela à une peine d'emprisonnement et une interdiction d'exercer. Ceci a attiré l'attention du monde sur les violations des droits de l'homme en Iran.

Elle fait partie de la direction de l'Organisation iranienne de protection des droits de l'enfant et de l'Association des défenseurs des droits de l'Homme en Iran.

Source : Wikipedia

Citation sur la loi française sur l'interdiction des signes religieux à l'école

Je suis d'autant plus contre cette loi qu'elle concerne les écolières. Je considère que celles-ci subissent ainsi une double punition. La première est d'être nées, bien involontairement, dans une famille fondamentaliste qui les oblige à porter le voile. La deuxième est d'être interdites d'écoles, donc de ne pouvoir profiter de la culture qui est leur seule chance de pouvoir s'émanciper. En voulant lutter contre les fondamentalistes, cette loi ne fait que les aider. Parce que ces filles, qui n'auront accès ni à la culture ni à l'instruction, seront les meilleures proies des fondamentalistes : exclues, elles vont se marier, avoir des enfants qui seront les intégristes de demain. D'une manière triviale, je vous dirais que cette loi sert la soupe à tous les extrêmistes : les intégristes, mais aussi les radicaux du Front national !.

Paru dans Le Monde des religions (Juillet-Août 2004) - Article : Sur la loi française sur l'interdiction des signes religieux à l'école

Source : Wikiquote

Réflexions

Les mots "intégriste", "extrémiste" nous mettent dans une position de rejet par rapport à ces personnes, ce qui nourrit davantage cet "intégrisme". Nous-mêmes nous nous comportons alors comme ceux-là mêmes que nous condamnons.

Il est évident que l'intégrisme existe, et qu'il ne faut pas le nier. Mais, il est plus profitable d'offrir une ouverture vers les autres quelles que soient leurs idées et reconnaître leur statut humain ainsi que leurs droits sans pour autant adhérer à leurs idées.

En outre, l'intégrisme existe car des valeurs fondamentales sont bafouées. L'intégrisme est donc une réaction à une injustice qui existait déjà avant. Plutôt que combattre l'intégrisme, nous devrions y rechercher les causes profondes.

Les Nations Unies ont compris cela, c'est pourquoi il y a une telle insistance sur la dimension sociale du développement durable, sur les droits de l'Homme, sur le respect des cultures, religions, croyances de chacun.

Les droits de l’homme incarnent les valeurs fondamentales des civilisations humaines

Les individus sont différents, tout comme leurs cultures.
Les individus vivent de manières différentes, et leurs civilisations diffèrent également.
Les individus parlent une grande variété de langues.
Les individus sont guidés par différentes religions.
Les individus naissent avec une couleur de peau différente, et de nombreuses traditions influencent leur vie en différentes teintes et ombres.
Les individus s’habillent différemment et s’adaptent à leur environnement de manière différente.
Les individus s’expriment différemment. La musique, la littérature et l’art reflètent également différents styles.
Et, malgré ces différences, tous les individus ont un attribut commun unique: ce sont tous des êtres humains - ni plus, ni moins.

Et aussi différentes qu’elles soient, toutes les cultures adhèrent à certains principes communs :

  • Aucune culture ne tolère l’exploitation des êtres humains.
  • Aucune religion ne permet le massacre des innocents.
  • Aucune civilisation n’accepte la violence ou la terreur.
  • La torture est odieuse pour la conscience humaine.
  • La brutalité et la cruauté sont révoltantes dans toutes les traditions.

En somme, ces principes communs, qui sont partagés par toutes les civilisations, reflètent nos droits de la personne humaine.
Ces droits sont estimés et chéris par tous, partout.
Ainsi, la relativité culturelle ne doit jamais être utilisée comme un prétexte à la violation des droits de l’homme, puisque ces droits incarnent les valeurs les plus fondamentales des civilisations humaines. La Déclaration universelle des droits de l’homme doit être universelle, applicable à l’Orient et à l’Occident. Elle est compatible avec chaque confession et chaque religion. Manquer au respect de nos droits de l’homme ne fait qu’affaiblir notre humanité.
Ne détruisons pas cette vérité fondamentale, sinon, les faibles ne sauront vers quoi se tourner.

Shirin Ebadi
Prix Nobel de la Paix 2003

Source : Rapport Mondial sur le Développement Humain 2004 - La liberté culturelle dans un monde diversifié (Fin du chapitre 1)

lundi 24 octobre 2005

La Kényane Wangari Muta Maathai : aux arbres citoyens !

Wangari  Muta Maathai
Wangari Muta Maathai (née le 1er avril 1940 à Nyeri, au Kenya) est une militante écologiste et politique. En 2004, elle devient la première femme africaine à recevoir le prix Nobel de la paix pour « sa contribution en faveur du développement durable, de la démocratie et de la paix ».
Source : Wikipedia

Propos recueillis par Ethirajan Anbarasan, journaliste au Courrier de l’UNESCO.

Cette grande figure de la lutte pour la protection de l’environnement, pour la démocratie et pour les droits des femmes espère qu’une nouvelle génération de dirigeants africains donnera la priorité aux besoins du peuple.

Il est impossible, à vos yeux, d’améliorer la qualité de l’environnement tant que les conditions de vie de la population n’auront pas elles-mêmes été améliorées. Pourquoi ?

Si nous voulons sauvegarder la nature, commençons par protéger les êtres humains: ils font partie de la biodiversité. Si nous ne pouvons pas préserver notre propre espèce, à quoi rime de sauver les espèces d’arbres ? On a parfois l’impression que les pauvres détruisent la nature. Mais ils sont si préoccupés par leur survie qu’ils ne peuvent pas s’inquiéter des dégâts durables qu’ils infligent à l’environnement. Donc, paradoxalement, les pauvres, qui dépendent de la nature, sont aussi en partie responsables de sa destruction. Voilà pourquoi je répète que nous devons améliorer leurs conditions de vie si nous voulons réellement sauver notre environnement.

Ainsi, dans certaines régions du Kenya, les femmes font des kilomètres à pied pour aller chercher du bois de chauffe en forêt: près de chez elles, il n’y a plus d’arbres; elles doivent aller toujours plus loin pour en trouver. Comme le bois est rare, les repas cuits sont moins nombreux, l’alimentation en pâtit, la faim gagne du terrain. Si ces femmes étaient moins pauvres, elles n’iraient pas dégrader une précieuse forêt.

Quels sont les enjeux actuels pour les forêts du Kenya et d’Afrique orientale ?

Depuis le début du siècle, la tendance est claire: on abat des forêts primaires et on replante des espèces exotiques commercialisables. Nous en mesurons mieux les conséquences aujourd’hui. Nous avons compris qu’il ne fallait pas abattre les forêts locales, afin de préserver notre riche biodiversité. Mais déjà, les dégâts sont importants. En 1977, quand notre mouvement Ceinture verte (voir encadré) a commencé sa campagne de plantation d’arbres, le couvert forestier du Kenya était d’environ 2,9%. Aujourd’hui, il est de 2%. Nous perdons plus d’arbres que nous n’en plantons.

Autre gros problème: l’environnement de l’Afrique orientale est très vulnérable. Nous sommes proches du Sahara et, selon les experts, le désert pourrait s’étendre vers le sud comme un fleuve en crue, si nous continuons à abattre des arbres sans discernement: ce sont eux qui empêchent l’érosion des sols par la pluie et le vent. En défrichant les bouts de forêt qui nous restent, nous créons en fait quantité de micro-Sahara. Nous en voyons déjà les isgnesen voir des preuves. Notre mouvement organise des séminaires d’éducation pour les ruraux, en particulier les cultivateurs, dans le cadre de campagnes de sensibilisation sur les questions d’environnement. Si l’on demande à 100 agriculteurs combien parmi eux se souviennent d’une source ou d’un cours d’eau qui s’est tari de leur vivant, près de 30 lèvent la main.

Quelles sont les réalisations du mouvement Ceinture verte? Dans quelle mesure a-t-il empêché la dégradation de l’environnement au Kenya ?

Son plus grand succès, à mes yeux, a été d’éveiller les citoyens ordinaires, en particulier les ruraux, aux problèmes écologiques. Les gens ont compris que l’environnement est l’affaire de tous et pas seulement du gouvernement. C’est en partie grâce à cette prise de conscience que nous avons désormais l’oreille des responsables politiques: les citoyens les mettent au défi de protéger la nature.

Ceinture verte a aussi promu l’idée de préserver l’environnement par les arbres, qui satisfont beaucoup de besoins essentiels dans les communautés rurales. A nos débuts, en 1977, nous avons planté sept arbres dans un petit parc de Nairobi. A cette époque, nous n’avions ni pépinières, ni équipes, ni argent mais une conviction: les gens ordinaires des campagnes ont leur rôle à jouer pour résoudre les problèmes écologiques. Aujourd’hui, nous avons planté plus de 20 millions d’arbres dans tout le Kenya. Cet acte est porteur d’un message simple: tout citoyen peut au moins planter un arbre pour améliorer son cadre de vie. Chacun réalise ainsi qu’il peut prendre en charge son environnement, premier pas vers une participation plus active au sein de la société. Comme les arbres que nous avons plantés sont bien visibles, ils sont les meilleurs ambassadeurs de notre mouvement.

Malgré le sommet de la Terre de Rio en 1992 et le protocole de Kyoto sur le climat signé en 1997, les programmes et les campagnes de protection de l’environnement au niveau mondial n’avancent pratiquement pas. Pourquoi ?

Pour beaucoup de dirigeants de la planète, le développement continue malheureusement de signifier culture extensive de denrées agricoles exportables, barrages hydroélectriques ruineux, hôtels, supermarchés et produits de luxe, qui contribuent au pillage des ressources naturelles. C’est une politique à courte vue qui ne répond pas aux besoins essentiels des gens: une alimentation suffisante, de l’eau potable, un toit, des hôpitaux de proximité, de l’information et la liberté. Cette frénésie de prétendu «développement» a relégué la protection de l’environnement à l’arrière-plan. Le problème, c’est que ceux qui portent une lourde responsabilité dans la destruction de l’environnement sont précisément ceux qui devraient soutenir des campagnes écologiques. Ils ne le font pas. Les détenteurs du pouvoir politique font des affaires et entretiennent des liens étroits avec les multinationales. Et celles-ci n’ont d’autre but que de gagner de l’argent aux dépens de l’environnement et de la population.

Nous savons que les multinationales persuadent de nombreux dirigeants politiques de ne pas prendre au sérieux les conférences internationales sur l’environnement. Je suis fermement convaincue que nous devons refuser, en tant que citoyens, d’être à la merci de ces sociétés. Elles peuvent être absolument impitoyables: elles sont sans visage humain.

Vous avez d’abord été universitaire, puis écologiste. Aujourd’hui, vous vous définissez comme une militante en faveur de la démocratie. Comment analysez-vous cette évolution ?

Rares sont aujourd’hui les écologistes qui se soucient exclusivement du bien-être des abeilles, des arbres et des papillons. Ils savent qu’il est impossible de préserver l’environnement si le gouvernement ne contrôle pas les industries polluantes et le déboisement. Au Kenya, des promoteurs immobiliers ont été autorisés à construire de coûteuses résidences au cœur des forêts primaires. Il est de notre devoir, en tant qu’individus responsables, de nous y opposer. Mais dès qu’on intervient dans ce type d’affaires, on se trouve en conflit direct avec des responsables politiques et on se fait traiter d’agitateur.

Dans les années 70, j’ai d’abord enseigné à l’Université de Nairobi. J’ai alors eu le sentiment que les droits des enseignantes au sein de l’université n’étaient pas respectés parce qu’elles étaient des femmes. J’ai donc milité pour revendiquer ces droits. Parallèlement, je me suis trouvée confrontée à d’autres problèmes comme les droits de l’homme, qui étaient étroitement liés à mon travail mais qui n’étaient pas clairs pour moi, au début. Cela m’a conduit à aborder les questions de gouvernance.

J’ai compris, au cours de ces années 70 que, dans une jeune démocratie comme la nôtre, il était très facile pour des gouvernants de devenir dictateurs, puis d’utiliser les ressources nationales comme leur propriété privée: la Constitution leur donnait le pouvoir de faire mauvais usage de l’appareil d’Etat. Je me suis donc engagée dans le mouvement pour la démocratie. J’ai réclamé des réformes constitutionnelles et un espace politique pour assurer les libertés de pensée et d’expression. Nous ne pouvons pas vivre sous un régime qui tue la créativité et encourage la lâcheté.

Avec vos diplômes, vous auriez pu vivre confortablement en Occident. Vous avez préféré regagner le Kenya. Or, pendant 25 ans, on vous a abreuvée d’injures, menacée, battue, jetée en prison et interdit à plusieurs reprises de quitter le territoire. Avez-vous jamais regretté d’être rentrée au pays et d’y militer ?

Devenir militante n’a pas été une décision délibérée. Mais je n’ai jamais regretté d’être restée ici, pour contribuer au développement de mon pays et de ma région. Je sais que j’ai fait un petit quelque chose. De nombreuses personnes viennent me voir et me disent que mon travail les a inspirées. Cela me réjouit parce qu’au début, en particulier pendant la dictature, il était difficile de parler. Il y a encore quelques années, des passants m’approchaient dans la rue et chuchotaient: «Je suis avec vous; je prie pour vous.» Ils ne voulaient pas qu’on les entende. Beaucoup avaient peur de me parler et d’être vus avec moi car ils risquaient d’être sanctionnés.

J’ai eu plus d’impact en subissant des procès et autres tribulations que si j’étais partie à l’étranger, si j’avais dit, en vivant en Occident: «Mon pays devrait faire ceci ou cela.» Sur place, j’encourage beaucoup plus de gens.

Avez-vous été en butte à tant d’attaques virulentes et d’exactions parce que vous contestiez des décisions prises par des hommes ?

Nos hommes pensent que les Africaines doivent être dépendantes et soumises — et surtout pas meilleures que leur mari. Au début, beaucoup de gens étaient effectivement contre moi parce que je suis une femme: ils ne supportaient pas que j’aie des opinions tranchées. Je sais qu’à certains moments, des hommes haut placés, dont le président Daniel Arap Moi, m’ont tournée en dérision. Un jour, des parlementaires railleurs m’ont reproché d’être divorcée. Au fond d’eux-mêmes, ils espéraient qu’en mettant en cause ma féminité, ils allaient me faire taire. Ils ont compris plus tard qu’ils s’étaient trompés.

En 1989 par exemple, nous avons eu un grave affrontement avec les autorités: nous nous sommes battus pour sauver le parc Uhuru de Nairobi. Je soutenais qu’il était absurde de supprimer ce parc magnifique, en plein centre-ville, pour construire des immeubles. C’était le seul endroit de Nairobi où les citadins pouvaient passer un moment en plein air avec leur famille, sans être importunés. Quand j’ai lancé la campagne contre la construction du «monstre du parc», surnom du projet immobilier, on m’a ridiculisée, on m’a accusée de ne rien comprendre au développement. Je n’ai pas étudié cette discipline mais je sais que, dans une ville, on a besoin d’espace. Heureusement, d’autres ONG et des milliers de citoyens se sont joints à nous et le parc a finalement été sauvé. Le gouvernement qui voulait le détruire l’a depuis déclaré patrimoine national. Merveilleux. Ils auraient pu le faire en évitant violences et moqueries à mon encontre.

Pourquoi vous êtes-vous présentée aux présidentielles de 1997 ? Et pourquoi, malgré votre popularité, n’avez-vous pas recueilli un nombre important de suffrages ?

En 1992, quand le multipartisme a été légalisé au Kenya, j’avais fait de gros efforts, avec d’autres groupes politiques, pour unir l’opposition. En vain. Je me suis alors retirée parce trop de candidats d’opposition étaient en lice pour la présidence. Comme il était prévisible, l’opposition a perdu, et tout le monde admet aujourd’hui dans ses rangs que la campagne que nous avions lancée pour l’union était une bonne idée. Nous voulions former une sorte d’unité nationale au sein de l’opposition dès 1992. Exactement ce qu’elle prône aujourd’hui.

Pour les élections de 1997, j’ai cherché à persuader l’opposition de s’unir afin de présenter contre la KANU1, parti dominant au Kenya, un candidat fort issu d’une des communautés ethniques. Mais certaines de ses composantes m’ont traitée de «tribaliste» pour avoir émis cette idée. Devant l’échec de tous mes efforts unitaires, j’ai décidé de me présenter seule. Pendant la campagne, je me suis aperçue que, dans ce pays, il est très difficile de se faire élire sans argent. Je n’avais pas d’argent. J’ai compris que la valeur, l’honnêteté, les sentiments démocratiques importaient peu, si l’on n’a pas d’argent à donner aux électeurs. Alors, j’ai perdu.

J’ai aussi constaté que la population n’est pas encore prête pour la démocratie, qu’il nous faudra beaucoup d’éducation civique et de prise de conscience politique. On reste dominé par l’ethnie, on vote en fonction de clivages ethniques. Cette question est d’ailleurs devenue un enjeu majeur lors des dernières élections.

Malgré ses immenses ressources naturelles, l’Afrique est le continent à la traîne du développement et de la croissance. Pourquoi ?

Parce qu’elle est mal gouvernée, c’est évident. Ses dirigeants passeront dans l’histoire comme une génération d’irresponsables, qui ont mis leur continent à genoux. Durant les 30 dernières années, l’Afrique a manqué de gouvernants altruistes et visionnaires, soucieux du bien-être du peuple.

Il y a des raisons historiques à cela. Juste avant d’octroyer l’indépendance à de nombreux pays africains, les colons ont promu de jeunes Africains à des postes jusque-là inaccessibles aux indigènes, ils les ont formés pour prendre le relais. Ces nouveaux administrateurs, ces élites noires naissantes, ont joui du même mode de vie, des mêmes privilèges économiques et sociaux que les hauts fonctionnaires des empires coloniaux. Et, sur le plan des objectifs pour le pays, rien ne distinguait les nouveaux dirigeants des anciens, sauf la couleur de la peau. C’est ainsi que les gouvernants africains ont abandonné leur peuple. Pour conserver le pouvoir, ils ont suivi exactement la recette du colonialisme: dresser une communauté contre une autre. Ces conflits ont duré des décennies dans quantité de pays, drainant leurs maigres ressources. Donc, nous devons améliorer notre gouvernance. Sinon, il n’y a pas d’espoir. Si notre peuple est incapable de se protéger lui-même, il continuera à être exploité, et ses ressources également. Par ailleurs, les puissances occidentales, notamment les anciens maîtres coloniaux, ont continué à exploiter l’Afrique et à coopérer très étroitement avec ces dictateurs et ces dirigeants irresponsables.

Voilà pourquoi nous sommes si accablés de dettes, impossibles à rembourser. L’Afrique a besoin d’une aide internationale pour améliorer sa position économique. Or, l’aide étrangère qu’elle reçoit relève surtout de l’assistance thérapeutique: secours d’urgence contre la famine, aide alimentaire, contrôle des naissances, camps de réfugiés, forces de maintien de la paix, missions humanitaires. Il n’y a pratiquement pas d’argent pour le développement humain durable: éducation et formation, développement des infrastructures, production alimentaire, aide à la création d’entreprises. Il n’y a pas un sou pour les initiatives culturelles et sociales qui donneraient aux individus une certaine prise sur leur vie et libéreraient leur énergie créatrice.

J’espère qu’au cours du prochain millénaire, de nouveaux dirigeants apparaîtront en Afrique, qu’ils penseront davantage à leur peuple et se serviront des ressources du continent pour aider les Africains à sortir de la pauvreté.

Source : UNESCO

Autre page intéressante sur le prix Nobel de la Paix 2004 : Afrik.com

Le véritable « axe du mal » : la pauvreté, la maladie, le déclin environnemental

L’état de la planète 2005 lance un appel pour une nouvelle approche de la sécurité mondiale

Genève – Selon l’Institut Worldwatch dans son dernier rapport L’état de la planète 2005 – Redéfinir la sécurité mondiale, la guerre planétaire contre la terreur détourne l’attention du monde des principales causes d’instabilité. Les actes de terreur et les dangereuses réactions qu’elles provoquent sont des symptômes de sources plus profondes de l’insécurité planétaire, dont une dangereuse interaction entre pauvreté, maladies infectieuses, dégradation environnementale, et une compétition croissante pour le pétrole et d’autres ressources.

Aggravés par la diffusion d’armements meurtriers, ces « problèmes sans passeports » créent les conditions dans lesquelles l’instabilité politique, la guerre et l’extrémisme prospèrent. Ils pourraient mener le monde vers une spirale de dégradations par laquelle le tissu des Nations est remis en question, les divergences politiques s’approfondissent et la radicalisation gagne du terrain. Le rapport arrive à la conclusion qu’affronter ces défis demande une stratégie qui mette l’accent sur des programmes centrés sur la prévention plutôt que sur des forces militaires.

Selon le Président de Worldwatch, « La pauvreté, la maladie et le déclin environnemental constituent le véritable axe du Mal. De la même manière que les attaques terroristes du 11 septembre ont pris les Etats-Unis par surprise, sans reconnaissance et sans réponses à ces menaces, les nouvelles forces d’instabilité pourraient se transformer en angle mort dissimulateur de la réalité dans son ensemble ».

Source : L’état de la planète 2005 (pdf de 11 pages) sur le site L'état de la Planète - Magazine

lundi 17 octobre 2005

Le Festival du vent - un festival pas comme les autres

Logo Festival du Vent
Festival du Vent
Utilisation de leur logo avec leur aimable autorisation

Les Amis du vent

L'association "Les Amis du Vent" a pour objet la création, la promotion, l'organisation et la mise en place de festivals liant l'art, la science, le sport, les droits humains et les technologies nouvelles dans un but ludique et éducatif.

Le concept

Le Festival du Vent est avant tout un caravansérail où l'échange est dynamisé. Au-delà de l'argent, ce sont la réflexion, l'intelligence et les projets communs qui sont partagés. Festiventu repose sur la pluridisciplinarité : alliant l'art, le sport, la science, le droit humain et le développement durable, il offre un espace de rencontres et d'échange entre toutes ces disciplines. Les traits unifiant ces sphères sont la liberté et la passion des 600 intervenants qui se reflètent dans la programmation ludique et éducative.

Le fonctionnement

Festiventu invite, durant 9 jours, 600 personnalités du monde de l'art, du sport, de la science, du droit humain et du développement durable qui offrent leur savoir-faire aux 30 000 visiteurs (dont 11 000 enfants) sur le principe du troc. Ce principe s'appliquant à tous, Festiventu est encadré par 150 bénévoles dont le travail constitue la force vive de la manifestation. Parce que la culture appartient à tous, le Festival du Vent souhaite que le plus grand nombre des activités proposées le soient gracieusement, mettant ainsi la connaissance à la disposition de chacun.

Source : Présentation

Le festival

Le festival aura lieu à Calvi en Haute Corse du 29 octobre au 2 novembre 2005.

Un espace de construction écologique

Cette année, un espace de construction écologique, la Maison ECOJOLIE vous accueille au sein du Festival du Vent pour vous faire découvrir les potentialités de l'éco-construction. Le secteur du bâtiment est le plus gros consommateur d'énergie et est responsable en France de 23% des émissions de CO2. La consommation énergétique dans les logements et les bureaux a augmenté de 30 % ces trente dernières années. Construire, isoler, ventiler, chauffer, éclairer sont autant d'actions quotidiennes dont les performances énergétiques peuvent et doivent être améliorées.

Parce que des solutions simples existent, il nous fallait vous les proposer.

Mieux construire pour mieux vivre.

La Maison ECOJOLIE regorge de gestes, d'idées, d'objets… d'alternatives !

Spécialistes, professionnels, amateurs et convaincus vous attendent pour échanger et vous proposer un Eco-logis. Plus qu'une initiative pour une meilleure qualité de vie et une meilleure santé, l'éco-construction est un acte de citoyenneté.

Ainsi, FESTIVENTU souffle aussi dans nos maisons le vent de la maîtrise de l'énergie.

Source : Le développement durable et viable - La Maison ECOJOLIE (gros document pdf)

Rappelons enfin que l'association Les Amis du Vent est à l'origine du référendum sur l'abolition des sacs plastiques jetables en Corse par la grande distribution et cette initiative a été suivie d'effet !

Site Officiel : Le Festival du Vent

vendredi 14 octobre 2005

Le barrage de Kariba

Lac Kariba
Le lac Kariba créé artificiellement par le barrage

Le barrage de Kariba est un barrage hydroélectrique dans la gorge de Kariba sur le fleuve Zambèze au sud de l'Afrique. Pendant la construction, 100 ouvriers sont morts. Il est l'un des plus grands barrages du monde avec une hauteur de 128 m et une longueur de 579 m. Le barrage de Kariba fournit 1320 Mégawatt d'électricité aux régions de la Zambie et du Zimbabwe. Le lac Kariba, réservoir créé par le barrage, s'étend sur 280 km, avec une capacité de stockage de 180 km3.

La création du réservoir a forcé le déplacement de 57 000 personnes habitant le long du fleuve Zambèze. De 1960 à 1961, l'opération Noé, captura et déplaça environ 6 000 grands animaux et de nombreux petits animaux menacés par la montée des eaux du lac.

Une sismicité induite par le réservoir

Depuis sa construction et son remplissage, au début des années 60, la région a subi de nombreux tremblements de terre, 20 d'entre eux dépassaient 5 sur l'échelle de Richter. On croit que ces tremblements de terre ont été induits par le remplissage du barrage. Les sismologues restent incertains sur la cause exacte de ces tremblements de terre : les tremblements de terre induits par les réservoirs ne sont pas encore bien compris.

Source : Kariba Dam

Pour plus d'information sur les effets sismiques provoqués par les barrages, consultez reservoir induced earthquakes and engineering policy en anglais ou bien Quand des barrages font trembler la terre.

Vous pouvez consulter aussi l'éprouvante construction du barrage de Kariba, qui a aussi souffert de nombreuses catastrophes climatiques dont une inondation comme en "survient une seule en un millénaire"

jeudi 13 octobre 2005

L'Ouragan Vince

L'ouragan Vince est le onzième cyclone tropical atlantique de la saison 2005. Il se forme le 9 octobre 2005 dans la partie est de l'océan Atlantique, au sud-sud-ouest des Açores, à partir de la 20ème tempête tropicale de l'océan atlantique de la saison 2005. Le 10 octobre, il est rétrogradé au rang de tempête tropicale. Le 11, il atterrit près de Huelva en Espagne et devient ainsi le premier cyclone tropical de l'histoire à toucher la péninsule Ibérique.

Source : Wikipedia

Des logiciels en ligne pour le développement durable

Patrice Rozet propose sur son site Logiciels Online et Sharewares - Artisanat, Bricolage, dans la rubrique Logiciels Online, des outils en ligne pour le développement durable, avec des explications :

  • Comparatif des coûts des différents modes de chauffage
  • Conversion Energie - Equivalence entre les différentes unités de mesure de l'énergie
  • Calcul et comparatif du coût des énergies
  • Calcul de l'avancée de toit d'un mur exposé au sud, avec des explications très intéressantes sur ce qu'est une maison "bioclimatique"

Ces outils permettent de faire des choix entre les différentes sources d'énergie disponible afin de réduire sa facture et souvent d'opter pour des énergies plus renouvelables..

Note : le site présente des publicités.

mercredi 12 octobre 2005

Décennie des Nations Unies pour l'éducation en vue du développement durable (2005-2014)

Les Nations Unies ont désigné l'UNESCO pour promouvoir cette décennie pour l'éducation en vue du développement durable (2005-2014).

Décennie des Nations Unies pour l'éducation en vue du développement durable (2005-2014)

Il ne saurait y avoir d’objectifs plus urgents et plus vitaux pour l’avenir de l’humanité que de réussir à améliorer régulièrement la qualité de la vie pour la génération actuelle et celles qui suivront, d’une façon qui respecte notre patrimoine commun – la planète sur laquelle nous vivons. Nous cherchons ce qu’il y a de mieux pour nous, nos enfants et petits-enfants ; il nous faut le faire dans le respect du droit de tout un chacun d’en faire autant. Pour ce faire, il nous faut constamment développer nos connaissances sur nous-mêmes, notre potentiel, nos limites, nos relations, notre société, notre environnement, notre monde. L’éducation en vue du développement durable est une entreprise aussi vaste et aussi longue que la vie, (qui demande aux individus, aux institutions et aux sociétés d’envisager le lendemain comme une journée qui appartiendra à tout le monde ou qui n’appartiendra à personne.

Source : Contexte

Plan international de mise en oeuvre de la Décennie

L’EDD est essentiellement une question de valeurs ayant pour centre la notion de respect. Respect des autres, qu’ils appartiennent aux générations actuelles ou futures, respect de la différence et de la diversité, de l’environnement, des ressources de la planète que nous habitons.

Source : Plan de mise en oeuvre

Vision & définition de l' éducation pour le développement durable

L’éducation pour un développement durable, c’est à apprendre à :

  • respecter, reconnaître la valeur et les richesses provenant du passé, tout en les préservant ;
  • apprécier les merveilles de la Terre et de tous les peuples ;
  • vivre dans un monde où chacun ait de quoi se nourrir pour une vie saine et productive ;
  • évaluer, entretenir et améliorer l'état de notre planète ;
  • construire et apprécier un monde meilleur, plus sécurisant, plus équitable;
  • être des citoyens concernés et responsables, exerçant leurs droits et responsabilités à tous les niveaux : local, national et global.

Source : Vision & définition de l'EDD

L'UNESCO met aussi à disposition un diaporama en flash : beaucoup d'informations et très, très long..

Discours phare de Planet'ERE2 à l'UNESCO de Mr Boutros Boutros-Ghali

Discours du Secrétaire général de l’Organisation internationale de
la Francophonie,
Monsieur Boutros Boutros-Ghali,
À l’ouverture du Forum francophone de l'éducation
à l'environnement
« Planet'ere II »

Paris, le 21 novembre 2001

Excellences,
Mesdames et Messieurs,
Mes chers amis,

« Cette réunion prouve que nous avons compris à quel point notre Terre était fragile et, avec elle, la vie qui s’y abrite ».

Tels sont les mots qui pourraient symboliser notre rencontre d’aujourd’hui.

Tels étaient déjà les mots par lesquels j’avais ouvert, voilà bientôt dix ans, le « Sommet Planète Terre », à Rio.

Qu’est-il advenu, depuis, des déclarations, des intentions, des engagements d’alors?

Qu’est-il advenu, aussi, des dissensions qui ,ici où là, nous ont fait prendre conscience de la difficulté qu’ont parfois les Etats de ce monde à vivre ensemble, à gérer ensemble, à prévoir, ensemble, un destin pourtant commun.

Le Sommet de Johannesburg, dans quelques mois, sera l’occasion de répondre à toutes ces questions, de dresser un bilan, - et je l’espère – d’avancer concrètement et durablement.

Pour l’heure, je suis venu partager, avec vous, le message de responsabilité, de solidarité, et d’optimisme que vous nous délivrez, au nom de la société civile.

Je suis venu partager, avec vous, votre engagement, mais aussi votre volonté de mobilisation, de coopération, - j’allais dire - de « planétisation » des enjeux et des défis que nous posent, toujours et encore, l’environnement et le développement durable.

Je suis venu partager, avec vous, enfin, la Francophonie qui vous anime et qui vous unit.

De tout cela, je voulais vous remercier chaleureusement !

De tout cela je veux, aussi, vous féliciter!

C’est dans le domaine de l’environnement, plus que dans tout autre sûrement, que s’exprime le plus profondément notre communauté de destin. L’air que nous respirons, l’eau que nous consommons, les ressources naturelles que nous exploitons, sont à la fois notre bien commun, et notre responsabilité partagée.

Que certains le veuillent ou non, nous sommes toutes et tous les citoyens d'une même famille humaine, les citoyens solidaires d'une même terre !!

Je dis bien : solidaires, parce que la solidarité ne saurait se limiter à la compassion.

Elle est, aussi, et surtout, conscience !

Conscience, d’abord, de la globalité des destins, tant à l'intérieur des Etats, qu’entre les Etats. Parce que le geste protecteur à l’égard de l’environnement porté par une ville, par une région, par un pays, s’annulera lui-même, s’il n’est pas relayé par-delà les frontières et les océans.

Conscience, ensuite, de la nécessaire interdépendance entre les générations.

Car, que serait un monde où chaque génération s’appliquerait à satisfaire les besoins du présent, en compromettant la capacité des générations futures à couvrir leurs propres besoins ?

C’est de cette conscience que naît la responsabilité individuelle et collective. La responsabilité que nous avons de sauvegarder ce patrimoine commun qu'est la Terre et ses écosystèmes, mais aussi la diversité culturelle de toutes celles et de tous ceux qui la peuplent.

C’est dire que nous devons, plus que jamais, dans ce contexte de mondialisation et de globalisation, - moment de toutes les libertés, mais aussi de toutes les craintes, - favoriser le dialogue entre les cultures et les civilisations.

Parce qu’il est une condition préalable à l'émergence d'une conscience universelle et d’un engagement collectif en faveur de l’environnement et du développement durable.

Mais, avant cela, il y a l'éducation, et singulièrement l'éducation à l'environnement !

L’éducation à l’environnement, c’est le moyen privilégié, - le seul sans doute -, de susciter une prise de conscience, de faire naître le sens de la responsabilité et de favoriser l'engagement.

Je veux donc vous dire que j’attache la plus haute importance aux travaux que vous allez mener, ici.

Mais par-delà cet événement, je veux vous dire, aussi, combien l’Organisation internationale de la Francophonie se sent proche de votre démarche. De votre volonté de mobiliser les acteurs de l'éducation à l'environnement partout dans l'espace francophone, de votre désir de renforcer les dynamiques d'échanges et de solidarité internationale.

Bien plus, votre contribution nous sera très précieuse pour enrichir la participation de la Francophonie, tant au processus préparatoire de Johannesburg, qu'au Sommet lui-même.

En effet, la Francophonie, notamment à travers son Agence intergouvernementale et son Institut de l’énergie et de l’environnement, dressera, dans les mois qui viennent, le bilan des actions menées pour la mise en oeuvre de l'Agenda 21. Mais nous avons, aussi, l’intention de nous présenter, à Johannesburg, porteurs de propositions concertées et solidaires.

Nous tiendrons donc, à la veille du Sommet, une réunion de concertation pour élaborer un Plan d'action qui viendra actualiser celui adopté par les ministres francophones de l'environnement, à Tunis, en 1991.

Ce plan fera, bien sûr, une place de choix à l'éducation.

C’est pourquoi, je voudrais, dès aujourd’hui, vous lancer une invitation.

L’invitation à animer, en mars 2002, à Dakar, l'atelier consacré à l'éducation et à la formation pour l'environnement et le développement durable, lors du colloque scientifique international qu’organisera la Francophonie sur les principaux enjeux du Sommet de Johannesburg.

Une autre manière de vous dire que la Francophonie est à vos côtés! Que vous pouvez compter sur elle! Comme elle compte sur vous !

Je vous souhaite donc le plus grand des succès dans vos travaux.

Et d’avance, bravo !!!

Source : Discours de Mr Boutros Boutros-Ghali sur le site PLANET'ERE

mardi 11 octobre 2005

Table ronde le 6 novembre 2005 à Paris

Le DEVELOPPEMENT DURABLE : Un tabouret à trois pieds.

Si le développement durable se décline généralement selon la trilogie "Environnement, Economie, Social", il semblerait qu’il manque une quatrième dimension.

Bien avant les années 70, Gandhi, apôtre de la non-violence de la tolérance et du respect, nous rappela notre devoir de "citoyen du monde" par deux citations.

Dans la première, "La Terre a bien le potentiel pour répondre à nos besoins mais non à notre avidité", Gandhi nous montre que notre terre mère, terre nourricière, exige un équilibre dans l'échange. Elle vit, se régénère, se recycle d’une dynamique intelligente pareille à la relation qu’entretiendrait le jardinier avec son jardin.

Dans la seconde, plus philosophique, "Adoptons une vie simple avec des pensées élevées", Gandhi se tourne vers les besoins plus spirituels de l’homme. En d’autres termes : Cultivons nos richesses intérieures et épousons naturellement une vie plus simple et plus sobre. Ne sommes-nous pas inconsciemment poussés dans les allées du consommateur cherchant à combler nos lacunes et compenser nos vides spirituels et affectifs ?

Quelle est mon attitude, mon comportement en relation avec le monde ?

Peut-il y avoir un développement durable sans développement personnel ?

Dans les années 80, les Nations Unies nous avaient offert un thème de réflexion : "Pensez globalement et agissez localement". Cela semble élémentaire, qu’avant de penser au globe, il faut déjà faire le ménage dans sa propre sphère. Dans les milieux plus spirituels, on nous dirait que tout est vibratoire, que tout est interdépendant, où l’écho prévaut. L’ensemble devient le miroir à la singularité. L’image de l’ensemble se reflète dans chaque pièce du puzzle qui la constitue et vice et versa.

Dans cet hologramme parfait, cette phrase prend tout son sens : "Si tu changes, le monde change".

Le développement durable ne prend-il pas ses racines dans cette réalité qui renvoie chacun d'entre nous à son ultime responsabilité : "Gérons notre monde d'abord".

A l’heure où l’on parle de globalisation, de réseaux internet qui défient les fuseaux horaires, d’une Terre considérée comme un village, l’homme, bien souvent apprenti sorcier, se confronte à sa création.

L’époque que nous traversons est riche d’enseignements.

Oui, il faut panser la planète, mais surtout repenser nos comportements pour entrer en harmonie avec cet univers holistique. Si l’individualisme et le cartésianisme ont donné des résultats probants dans le monde occidental ; ne sont ils pas aussi la cause du dysfonctionnement inhumain sur les trois plans ; Environnement, Economie, Social ?

L’histoire se répète. Au 20ème siècle, les scientifiques se heurtèrent à la nouvelle logique de la mécanique quantique et Einstein redonna le ton en disant que l’on ne pourrait percer le mystère que si l’on changeait de mode de pensée.

Un siècle plus tard, ne sommes-nous pas devant une tâche qui nous demande d’effectuer ce même clivage dans notre vision de nous même et du monde en général ?

Si l’on veut ce changement stable et bien assis, le développement durable devrait se munir d’un quatrième pied.

Auteur : François

L'événement

Le Dimanche 6 novembre 2005 à 16H00, une table ronde aura lieu à la Maison de la Chimie à Paris sur le thème du développement durable. L'entrée est gratuite.

Si la problématique développement durable et spiritualité vous intéresse, vous pouvez consulter le site L'Attention à la Vie.

Note : Il est conseillé de réserver sa place sur le site.

lundi 10 octobre 2005

Le tremblement de terre au Cachemire le 8 octobre 2005

Tremblement de terre au Cachemire en 2005
Tremblement de terre au Cachemire le 8 octobre 2005

Caractéristiques

  • Magnitude : 7,6 sur l'échelle de Richter
  • Heure : 3h50:38 UTC soit 8:50:38 heure locale à l'épicentre au Pakistan
  • Position : 34.402° Nord, 73.560° Est, à 90 km au Nord-Nord-Est d'Islamabad (Pakistan), à 115 km à l'Est-Sud-Est de Mingaora (Pakistan), à 120 km à l'Ouest-Nord-Ouest de Srinagar (Cachemire) et 165 km au Nord de Jhelum (Pakistan)
  • Profondeur : 10 km

Causes physiques

Types de failles
En haut, faille normale, divergente, extensive.
Au milieu, faille inverse, convergente, compressive.
En bas, décrochement, transcurrent, échappement latéral sans extension et sans raccourcissement.

Carte des failles au Cachemire
Tracé des failles actives en rouge
Source : Wikipedia

Les tremblements de terre et les failles actives dans le nord du Pakistan et dans les régions adjacentes de l'Inde et de l'Afghanistan sont le résultat direct du déplacement du sous-continent indien vers le nord à une vitesse d'environ 40 millimètres par an, se heurtant au continent eurasien. Cette collision cause le soulèvement qui produit les crêtes de montagne les plus élevées du monde : l'Himalaya, le Karakoram, le Pamir et les chaînes de l'Hindu-Kuch. Pendant que la plaque indienne se déplace au nord, elle est poussée sous la plaque eurasienne. Une grande partie du mouvement de compression entre ces deux plaques se heurtant, s'est traduit et se traduit encore par un glissement le long d'une suite de failles principales de compression qui sont sur la surface de la Terre dans les collines des montagnes et plongent au nord sous les chaînes. Ces failles de compression ont une trace sinueuse à travers les collines du nord de l'Inde et du nord du Pakistan. Dans le terrain montagneux rude, il est difficile d'identifier et de représenter toutes les différentes failles de compression, mais le modèle tectonique global de la déformation moderne est clair dans le secteur du tremblement de terre ; la compression dirigée vers le nord-nord-est produit des failles de compression. Près de la ville de Muzaffarabad, à environ 10 kilomètres au sud-ouest de l'épicentre du tremblement de terre, les failles de compression actives qui heurtent la ligne nord-ouest - sud-est ont déformé et courbé les surfaces d'éventails alluvials du pléistocène en arêtes anticlinales. Cette plongée de ces failles de compression est compatible avec le style de failles modélisé par le mécanisme focal du récent tremblement de terre de magnitude 7,6.

Source : US Geological Survey (en anglais)

Pays touchés

Afghanistan

La secousse a semé la panique dans la capitale Kaboul et dans plusieurs villes de l'est et du nord-est. Le ministère de l'Intérieur estimait toutefois en mileu de journée que les dégâts n'étaient pas étendus dans le pays.

Peu d'informations parviennent d'Afghanistan. Un fonctionnaire de Jalalabad, dans l'est du pays, a indiqué qu'au moins deux enfants ont été tués et plusieurs maisons détruites.

Inde

Des milliers d'habitants apeurés ont fui leurs domiciles. Des habitants de New Delhi ont été pris de panique lors de la secousse et sont sortis dans les rues.

Le séisme a fait 583 morts dans le seul Cachemire indien, a indiqué dimanche un haut fonctionnaire indien.

La majorité des victimes ont péri dans les districts de Baramulla et de Kupwara, le long de la Ligne de Contrôle (LoC)", frontière de fait qui sépare le Cachemire indien du Cachemire sous contrôle pakistanais, et source de tensions depuis des décennies entre les deux pays.

Pakistan

Les lignes téléphoniques sont coupées ou surchargées, ce qui isole certaines régions. Les nouvelles les plus graves parviennent des zones montagneuses du nord du pays, difficiles d'accès, villages détruits, maisons rasées et des dizaines de victimes sont rapportées par les rares officiers de police locaux qui ont pu être contactés.

Les secours tentent toujours de venir en aide aux résidents coincés sous les décombres d'un immeuble écroulé dans la capitale Islamabad.

Au Cachemire sous administration pakistanaise, 17 388 morts et 40 421 blessés ont été enregistrés. Parmi ceux-ci, quelque 11 000 personnes ont trouvé la mort dans la capitale du Cachemire pakistanais, Muzaffarabad, et ses environs. Plus à l'ouest, dans les montagnes de l'Hindu Kuch dépendant de la Province-Frontière du Nord-Ouest (NWFP), un total de 1 760 personnes ont été tuées et 1 797 blessées.

Bilan provisoire

Pays Morts Disparus Blessés
Afghanistan 2 - -
Inde 1 005 - 2 430
Pakistan 37 500 - 42 397
Total 38 507 - 44 827

Source : Wikipedia

Réflexions

L'Homme s'est souvent comporté en maître de la nature, et ne l'a pas toujours respectée. De telles forces de la nature qui se déchainent invitent à une grande humilité..

Note : Le mot faille en anglais est "fault" qui signifie aussi faiblesse de caractère, défaut, erreur, faute, vice..
Certains pourraient même penser que l'Homme a un peu aidé la nature mais nous ne disposons pas à ma connaissance, d'éléments scientifiques appuyant cette thèse..

dimanche 9 octobre 2005

Le gekko gecko

Le gekko gekho
Le gekko gecko peut adhérer à des parois mille fois plus lisses que le verre !

Le genre Gekko comprend des reptiles faisant partie de la famille des Gekkonidae. À l'âge adulte, les geckos mesurent une vingtaine de centimètres. Cet animal a la particularité d'avoir des poils microscopiques sous les pattes appelés setæ. Il en possède 500 000 sous chaque patte à l'aide desquels il adhère à des parois verticales mille fois plus lisses que le verre.

Les setae sont des poils microscopiques qui se trouvent sur les pattes de certains animaux comme le gecko. Les animaux qui possèdent ces setae peuvent ainsi se mouvoir sur des surfaces très lisses.

Une centaine de franges à l'extrémité des setæ engendre des interactions avec le support à l'échelle moléculaire. Le total de ces micro-forces offre une adhérence suffisante pour supporter le poids de l'animal. Pour bouger, il modifie l'orientation de ses setæ qui se décollent du support.

Actuellement, les scientifiques civils et militaires essaient de reproduire ce dispositif.

Source Wikipedia : Gekko et Setae

De belles photos

Le minaret de la grande mosquée de Mardin

Le minaret de la grande mosquée de Mardin
Le minaret de la grande mosquée de Mardin s'élève devant les plaines de Mésopotamie (Turquie)

Source : Wikimedia Commons

Le pavillon chinois du parc de Sanssouci en Allemagne

Le pavillon chinois du parc de Sanssouci à Potsdam en Allemagne

Source : Wikimedia Commons

Un petit pavé d'aérogel supportant plus de 1000 fois son poids !

Un petit pavé d'aérogel
Un petit pavé d'aérogel pesant seulement 2 g supporte un bloc de 2,5 kg

Source : Wikimedia Commons

samedi 8 octobre 2005

Charte du Manden

La Charte du Manden (ou Mandé, Manden est la transcription officielle du pays mandingue) a été conçue par la confrérie des chasseurs du Mandé (au sud de Bamako). Cette déclaration, solennellement proclamée le jour de l'intronisation de Sundjata Keïta comme empereur du Mali, à la fin de l'année 1222. Elle affirme l'opposition totale de la confrérie des chasseurs à l'esclavage qui était devenu courant en Afrique de l'ouest. L'abolition de l'esclavage fût une œuvre maîtresse de Soudjata Keïta et de l'Empire du Mali.

Cette charte peut être considérée comme la première déclaration des Droits de l'Homme.

Voici le texte de cette charte :

Le mandé fut fondé sur l'entente et la concorde, l'amour, la liberté et la fraternité. Cela signifie qu'il ne saurait y avoir de discrimination ethnique ni raciale au mandé. Tel fut le but de notre combat. Par conséquent, les enfants de Sanène et Kontron font, à l'adresse des douze parties du monde et au nom du Mandé tout entier, la proclamation suivante :

Toute vie humaine est une vie. Il est vrai qu'une vie apparaît à l'existence avant une autre mais une vie n'est pas plus ancienne, plus respectable qu'une autre vie, de même qu'une vie ne vaut pas mieux qu'une autre vie.

Toute vie étant est une vie, tout tort causé à une autre vie exige réparation. Par conséquent, que nul ne s'en prenne gratuitement à son voisin, que nul ne cause de tort à son prochain, que nul ne martyrise son semblable.

Que chacun veille sur son prochain, que chacun vénère ses géniteurs, que chacun éduque ses enfants, que chacun pourvoie aux besoins des membres de sa famille.

Que chacun veille sur la terre de ses pères par patrie, pays, ou terre des pères, il faut entendre aussi et surtout les hommes : car tout pays, toute terre qui verrait les hommes disparaître de sa surface connaîtrait le déclin et la désolation.

La faim n'est pas une bonne chose, l'esclavage non plus n'est pas bonne chose. Il n'y a pire calamité que ces choses-là, dans ce bas monde. Tant que nous disposerons du carquois et de l'arc la famine ne tuera personne dans le Manden, si d'aventure la famine survient ; la guerre ne détruira plus jamais les villages pour y prélever des esclaves ; c'est dire que nul ne placera désormais le mors dans la bouche de son semblable, pour aller le vendre ; personne ne sera non plus battu au Mandé à fortiori mis à mort, parce qu'il est fils d'esclave.

L'essence de l'esclavage est éteinte ce jour d'un mur à l'autre du Mandé. Les razzias sont bannies à compter de ce jour au Mandé, les tourments nés de ces horreurs disparaîtront à partir de ce jour au Mandé. Quelle horreur que la famine ! Un affamé ignore toute pudeur, toute retenue. Quelle souffrance épouvantable pour l'esclave et l'affamé, surtout lorsqu'ils ne disposent d'aucun recours. L'esclave est dépouillé de sa dignité partout dans le monde.

Les gens d'autrefois nous disent : « L'homme en tant qu'individu fait d'os et de chair, de moelle et de nerfs, de peau recouverte de poils et de cheveux se nourrit d'aliment et de boisson. Mais son âme, son esprit vit de trois choses : voir celui qu'il a envie de voir, dire ce qu'il a envie de dire et faire ce qu'il a envie de faire. Si une seule de ces choses venait à manquer à l'âme, elle en souffrirait, et s'étiolerait sûrement. »

Chacun dispose désormais de sa personne, chacun est libre de ses actes, dans le respect des interdits des lois de sa patrie.

Tel est le serment du mandé à l'adresse des oreilles du monde tout entier.

(Source : Aboubacar Fofana ; La Charte du Mandé et autres traditions du Mali, calligraphies de, Les Carnets du calligraphe, éditions Albin Michel.)

Source : Wikipedia

vendredi 7 octobre 2005

Et si les chimistes arrêtaient tout ?

Source : Et si les chimistes arrêtaient tout dans les dossiers de la Société Française de la Chimie.

Et si les chimistes arrêtaient tout ?
Une page de science-fiction

Armand Lattes
Professeur à l'Université Paul Sabatier (Toulouse III)
Directeur du GDR Décontamination Chimique et Environnement (CNRS)

C'est maintenant décidé ! Réunis en assemblée internationale lors de leur congrès annuel, les chimistes de toute origine ont pris la résolution d'arrêter leurs travaux, leurs analyses, leurs activités. Cette décision est la conséquence des critiques incessantes que les consommateurs, les pouvoirs publics, les associations, déversaient dans les médias et cela depuis bientôt un siècle. Attachés au bien public, soucieux de la protection des individus, attentifs à l'impact de tous les phénomènes, naturels ou non, sur la planète, ils ne supportaient plus d'être mis au ban d'une société qui les accusaient d'être responsables de tous les maux qu'ils s'efforçaient, au contraire, de détecter et de corriger.

C'est avec mélancolie, mais détermination, qu'ils se sont séparés, rejoignant leur destination d'origine pour se consacrer à d'autres activités que leur formation très large et leurs goûts propres leur permettaient d'aborder.

Au début, cette décision a été accueillie avec des sentiments unanimes de soulagement : les associations écologistes se félicitèrent de la disparition de leur cible privilégiée, les consommateurs applaudirent au retour d'une nature qu'ils estimaient dégradée par les activités chimiques et les esprits forts, de droite comme de gauche, ne manquèrent pas de s'attribuer les bénéfices de cette situation, en prétendant bien haut qu'elle était le résultat de leur action.

Pendant quelque temps, le public n'observa que peu de différence dans les actes habituels de la vie de tous les jours. Curieusement l'effet sur la pollution atmosphérique fut pratiquement nul : les raffineries disposant de réserves suffisantes en carburant, les véhicules continuaient de rouler, provoquant toujours les mêmes nuisances. Nombreux sont ceux qui purent constater, ce que les chimistes savaient, que les principaux responsables de la dégradation de l'air étaient les transports, l'industrie chimique n'intervenant que pour une fraction minime de la pollution globale.

Les premiers signes de changement apparurent lorsque les stocks de carburant commencèrent à s'épuiser. Faute de chimistes pour diriger les opérations de raffinage, d'analystes pour suivre la qualité des produits finis, le pétrole brut s'accumulait dans les cuves; bientôt il fallut arrêter le flux d'or noir de provenances diverses faute de moyens techniques pour le transformer. Le gouvernement prit alors quelques mesures impopulaires : dans un premier temps le rationnement, puis la saisie des stocks en faveur des secteurs prioritaires santé, ambulances, armée, etc.

Le premier hiver ne posa pas trop de problème, compte tenu des précautions individuelles des citoyens qui avaient rempli leurs cuves de fuel, mais ceux-ci constatèrent très vite qu'ils ne pouvaient plus renouveler leur approvisionnement dès lors que les raffineries ne fonctionnaient plus. Heureusement le tout électrique avait été choisi par beaucoup d'entre eux et les conséquences semblaient limitées : les centrales nucléaires continuant, mais sans contrôle chimique, à débiter l'énergie que nécessitait la vie moderne.

Il n'en reste pas moins que le mécontentement était perceptible, sauf..., sauf au niveau des associations de protection de l'environnement, qui enregistrèrent une diminution sensible des pollutions de l'air, grâce aux appareils automatiques de détection qui fonctionnaient encore.

Rapidement cependant, les réactifs nécessaires au suivi de la présence de polluants dans l'air, vinrent à manquer et toute forme de détection fut désormais impossible à mettre en oeuvre.

A l'issue de cette période, on assista partout à l'utilisation de moyens alternatifs. Au niveau des transports, la bicyclette revint à l'honneur, et les voitures abandonnées un peu partout, au gré de l'épuisement du carburant, furent remplacées par des vélos que l'on retrouva avec d'autant de plaisir que l'absence de véhicules à moteur permettait enfin de disposer d'espaces cyclables sans crainte d'être renversé ou même écrasé. mais ... mais, l'utilisation intensive de ce mode de transport eut une conséquence inattendue sur les pneumatiques : le mauvais état des rues et des routes, dont le bitume commençait à s'arracher par plaques, provoqua une usure rapide des pneus.

Faute d'être remplacés, les vélos furent à leur tour abandonnés malgré les efforts de ceux qui, se souvenant de la 2ème guerre mondiale, se livrèrent à des opérations hasardeuses pour les maintenir en ordre de marche. Les individus apprirent ainsi que le bitume résultait d'une formulation chimique complexe qui nécessitait la synthèse de substances permettant l'adhésion au gravier et aux pierres, alors que les pneus étaient aussi une formulation subtile, essentiellement, pour ne pas dire totalement chimique.

Au niveau du chauffage, la situation devint dramatique dès le début du 2e hiver. La deuxième irruption du volcan PINATUBO aux Philippines, avait créé une situation difficile car, en polluant l'atmosphère jusqu'à 24 km d'altitude, détruisant 20 % de la couche d'ozone, il avait provoqué une modification climatique telle que la température chuta brutalement. Les hommes et les femmes, manquant de la plupart des énergies auxquelles ils étaient habitués, transformèrent leurs installations pour les adapter aux énergies anciennes qu'ils purent redécouvrir :

  • le charbon d'abord, mais aucun contrôle n'étant effectué et les cokeries ayant fermé, la production de gaz soufrés, et par la même d'acides, fut énorme ! ... et non contrôlée. Il en résulta des dégradations sur les immeubles, une augmentation du nombre d'asthmatiques et la destruction des forêts en raison des pluies acides. De plus, de nombreux cas d'intoxication à l'oxyde de carbone furent enregistrés car le bricolage des chaudières ne permettait pas toujours une combustion complète ;
  • le bois fut aussi une valeur exploitable, et cela d'autant plus que la fermeture des usines de pâte à papier permettait d'en disposer en grande quantité. La France qui possédait un patrimoine forestier important, puisa dans ses réserves, mais celles-ci ne tardèrent pas à montrer leurs limites d'autant plus que la destruction de nombreux hectares par les pluies acides et l'attaque du bois par des parasites rendus virulents en l'absence de moyens chimiques pour les combattre, accentuèrent ce processus.

Un malheur n'arrivant jamais seul, un incident dans une centrale nucléaire lié à l'absence de contrôle chimique de l'évolution du combustible ou de son environnement, obligea les autorités à prendre des mesures immédiates qui devaient aboutir, très vite, à l'arrêt de l'ensemble des centrales.

Disposant d'électricité de façon limitée et par rotation, ne se déplaçant qu'à pied et donc sur de courtes distances, les êtres humains retrouvèrent des instincts de tribus, jalouses de ce qu'elles possédaient et peu disposées à le partager. Cela conduisit à des conflits entre "tribus" et l'instauration d'un régime local belliqueux où la moindre étincelle pouvait conduire à l'affrontement.

Un autre effet de la décision des chimistes atteignit les consommateurs dans un des éléments nécessaires à leur vie : la nourriture. Ce fut d'abord la dégradation des mets ou ingrédients les plus courants, par exemple le sucre, qui de plus était le produit chimique de base le meilleur marché, commença à manquer faute de pouvoir l'extraire de la betterave et de le purifier. D'ailleurs l'absence d'engrais avait provoqué une chute énorme non seulement de la production de la betterave, mais aussi de toute la production végétale. Le rendement à l'hectare du blé était de l'ordre de grandeur de celui du début du siècle dernier tandis que les légumes attaqués par les doryphores, chenilles et autres insectes, devenaient de plus en plus rares. Corrélativement, le nombre de têtes de bétail et d'animaux de basse-cour fut réduit faute de nourriture et en raison des maladies que le vétérinaires ne pouvaient traiter en l'absence de médicaments.

Le lait fut rationné d'autant que l'on ne disposait plus de moyen pour le stabiliser, tandis que les consommateurs retrouvèrent le goût du beurre rance que les antioxydants avaient contribué à faire disparaître. La viande devait être consommée très vite car on ne disposait plus de conservateurs et que les emballages, en carton ou en plastique, ne se fabriquaient plus.

Eclairés à la bougie stéarique (une invention de chimiste) limités dans leurs déplacements, saisis par le froid (puis par la chaleur) nos concitoyens furent l'objet d'une diminution rapide de leur durée de vie.

Certaines maladies reprirent le dessus d'autant plus que le manque de médicaments, dont la plupart était le résultat de la synthèse chimique- se fit sentir dès le début de la grève. C'est ainsi que les humains apprirent :

  • les seuls médicaments contre le SIDA - la tri thérapie - étaient tous issus de préparations chimiques ;
  • certaines hormones n'étaient pas d'origine naturelle mais fabriquées de toute pièce par les chimistes. La pilule anticonceptionnelle venant à manquer, de nombreuses grossesses non désirées furent enregistrées (la disparition de la télévision dont les composants étaient le fruit de la synthèse contribua à l'importance du phénomène !) ;
  • même issus de substances naturelles, des molécules anticancéreuses, comme le taxotère étaient optimisées par modulation chimique ;
  • et surtout... découverte inattendue pour beaucoup, que l'aspirine était un produit chimique ! Sa disparition fut cruelle et évidemment pas compensée par le décoction de feuilles de saule, dont on sait, depuis l'ancien régime, que l'effet est limité.

D'autres conséquences, plus ou moins graves, furent enregistrées : dans le domaine de l'habillement tout d'abord. Les fibres artificielles ayant disparu, la variété de structures qu'elles permettaient de réaliser (protection du froid, de la chaleur, résistance aux intempéries, tissus intelligents ... etc) disparut. Les fibres naturelles reprirent de l'importance : la laine d'abord (mais les moutons diminuant en nombre la disponibilité de cette matière fut réduite), le coton ensuite, mais les pesticides n'étant plus disponibles des champs entiers furent détruits.

Les humains se retrouvant dans des conditions voisines de celles que leurs parents et grands-parents avaient connues pendant la deuxième guerre mondiale, réapprirent à utiliser tous les déchets et à récupérer le moindre tissu, par exemple les garnitures des voitures abandonnées furent ainsi utilisées et les pantalons s'ornèrent de fonds de culotte peu adaptés aux couleurs originelles. D'ailleurs les colorants aussi vinrent à manquer et, faute de diversité, la tristesse s'abattit sur les vêtements aux teintes grise, marron, ou blanche délavée que la disparition des détergents empêchaient de rendre vraiment blanches sinon plus blanches que le blanc. Plus question de porter des jeans : le colorant bleu artificiel ne pouvant être remplacé par les faibles quantités de produits issus du pastel dont la région toulousaine avait repris la culture. La situation devenait intolérable ! La population ne disposait plus de moyens d'expressions :

  • plus de papier ni d'encre d'imprimerie
  • radio et TV arrêtées : fils conducteurs et antennes non remplacées, écrans détruits, électronique sans composants.

Des forums servirent alors de lieu de ralliement où chacun pouvait s'exprimer unanimement un accord fut conclu : une délégation devait intervenir auprès des politiques pour que cette situation cesse et que les chimistes reprennent leurs activités. Venu de la France profonde, par étapes, à cheval, en charrette, à pied, une délégation fut reçue à l'Élysée où le président retranché dans ses appartements de fonction ne communiquait plus avec l'extérieur que par estafette pédestre.

Un comité, dirigé par le vice président du Sénat et le conseiller scientifique du Président de la République (tous deux anciens chimistes), fut chargé de rencontrer les chimistes pour les convaincre de revenir sur leur décision. Ce ne fut pas chose facile car il fallait d'abord les retrouver. Comme ils l'avaient dit au début des hostilités, tous s'étaient reconvertis, par exemple :

  • Pierre Potier, découvreur de 2 médicaments anticancéreux, avait ouvert une herboristerie ;
  • Jean-Marie Lehn, Prix Nobel, de chimie 1987, tenait les orgues à la cathédrale de Strasbourg ;
  • Robert Carrie, était entraîneur de l'équipe de football de Rennes ;
  • Armand Lattes, ancien petit chanteur à la croix de bois, était choriste au capitole de Toulouse ;
  • Andrée Marquet, ancienne stagiaire d'un restaurant breton fameux, avait ouvert un restaurant ;
  • François Mathey, polytechnicien, était rentré dans l'année ;
  • Hervé This, opérait comme professeur de cuisine dans une école hôtelière ;
  • Robert Corrieu travaillait comme oenologue dans une exploitation vinicole ;
  • Pham Tan Luu et Emile Vincent étaient entrés dans les ordres ;
  • etc, etc.

Et les français stupéfaits découvrirent ainsi que derrière la chimie, il y avait les chimistes et que ceux-ci étaient des hommes et des femmes comme eux partageant les mêmes joies et les mêmes soucis, respectueux de la nature et de l'environnement.

Le début des négociations fut marqué par les hésitations des chimistes qui gardaient le souvenir des reproches passés. Après réflexions, ils acceptèrent de signer un accord sous réserve de l'acceptation par la communauté d'un certain nombre de règles rassemblées dans une charte. Voici les principaux articles de cette charte :

  1. Les signataires ayant reconnu le bilan positif de l'action des chimistes s'engagent à ne plus rendre les chimistes ni leur spécialité, responsables de tous les maux ;
  2. Chaque fois que nécessaire, ils attribueront aux chimistes les actions positives dont ils sont à l'origine et qu'ils avaient tendance à porter au bénéfice d'autres disciplines.
  3. Par exemple un médicament synthétisé par un chimiste ne sera plus obligatoirement le résultat unique d'une victoire de la médecine.
  4. Au lieu d'insister seulement sur les côtés négatifs d'une découverte chimique, une analyse objective de son apport à la société sera pratiquée avant toute diffusion ou prise de position.
  5. En contre partie, les chimistes s'engagent à reprendre leurs activités et à poursuivre leurs efforts pour mettre en place une politique de civilisation durable, respectant l'homme et son environnement et garantissant les effets positifs du progrès aux générations futures.

jeudi 6 octobre 2005

Yves Chauvin, Prix Nobel de chimie en 2005

Yves Chauvin, Prix Nobel
Yves Chauvin, Prix Nobel"

5 octobre 2005. – Le prix Nobel de chimie 2005 a été décerné au Français Yves Chauvin (74 ans) et aux Américains Robert H. Grubbs (63 ans) et Richard R. Schrock (60 ans) qui ont travaillé sur la métathèse en synthèse organique. Ils vont se partager la prime de 1,3 millions de dollars américains.

La métathèse est un processus chimique qui permet d'augmenter la vitesse de synthèse de certains composants organiques comme le plastique ou les médicaments, tout en étant moins polluant que les anciens procédés.

L'Académie Royale des Sciences de Suède a souligné que "Leurs travaux ont ouvert des possibilités fantastiques pour, entre autres, la fabrication de médicaments. La création de nouvelles molécules n'est bientôt plus limitée que par notre imagination !".

« Cela représente un grand pas en avant vers la "chimie verte" en réduisant les déchets potentiellement dangereux grâce à une production plus intelligente. La métathèse est un exemple de comment on a appliqué la science fondamentale pour le bénéfice de l'humanité, de la société et de l'environnement » a dit le comité de remise des récompenses.

Chauvin est directeur de recherche honoraire à l'Institut Français du Pétrole (IFP) à Rueil-Malmaison en France. Il a expliqué en 1971 les principes de la métathèse. Schrock est un professeur de chimie au Massachusetts Institute of Technology (MIT). Il a été le premier à réaliser une catalyse efficace en 1990. Robert H. Grubbs est un chercheur au California Institute of Technology (Caltech) à Pasadena. Il a beaucoup amélioré à partir de 1992 la technique élaborée par son compatriote.

Les réactions de métathèse (littéralement "changement de place") impliquent la cassure et le réarrangement de liens carbone en présence de catalyseurs spécifiques. "Ainsi, la métathèse est un peu comme une danse au cours de laquelle on changerait de partenaire", explique l'académie.

La métathèse est significative pour la chimie verte car :

  • les réactions sont plus afficientes (moins d'étapes, moins de ressources et moins de déchets)
  • les réactions sont plus faciles à produire (stable sous des conditions de température et de pression ambiante)
  • bénéfiques pour l'environnement (pas de solvant potentiellement dangereux, moins de déchets potentiellement dangereux)

Sources : Wikinews, AFP, GreenChemistry (en anglais)

La chimie verte, une chimie plus respectueuse de l'environnement

Définition

La chimie verte a pour but de concevoir des produits et des procédés chimiques permettant de réduire ou d'éliminer l'utilisation et la synthèse de substances dangereuses.

Dans cette définition, le terme « dangereuses » est pris au sens le plus large : le danger peut être physique (substance inflammable, explosive...), toxicologique (cancérigène, mutagène...) ou global (destruction de la couche d'ozone, changement climatique...)

Les 12 principes

  1. Prévention : il vaut mieux produire moins de déchets qu'investir dans l'assainissement ou l'élimination des déchets.
  2. Économie d'atomes : les synthèses doivent être conçues dans le but de maximiser l'incorporation des matériaux utilisés au cours du procédé dans le produit final.
  3. Synthèses chimiques moins nocives : lorsque c'est possible, les méthodes de synthèse doivent être conçues pour utiliser et créer des substances faiblement ou non toxiques pour les humains et sans conséquences sur l'environnement.
  4. Conception de produits chimiques plus sécuritaires : les produits chimiques doivent être conçus de manière à remplir leur fonction primaire tout en minimisant leur toxicité.
  5. Solvants et auxiliaires plus sécuritaires : lorsque c'est possible, il faut supprimer l'utilisation de substances auxiliaires (solvants, agents de séparation...) ou utiliser des substances inoffensives.
  6. Amélioration du rendement énergétique : les besoins énergétiques des procédés chimiques ont des répercussions sur l'économie et l'environnement dont il faut tenir compte et qu'il faut minimiser. Il faut mettre au point des méthodes de synthèse dans les conditions de température et de pression ambiantes.
  7. Utilisation de matières premières renouvelables : lorsque la technologie et les moyens financiers le permettent, les matières premières utilisées doivent être renouvelables plutôt que non-renouvelables.
  8. Réduction de la quantité de produits dérivés : lorsque c'est possible, toute déviation inutile du schéma de synthèse (utilisation d'agents bloquants, protection/déprotection, modification temporaire du procédé physique/chimique) doit être réduite ou éliminée.
  9. Catalyse : les réactifs catalytiques sont plus efficaces que les réactifs stœchiométriques. Il faut favoriser l'utilisation de réactifs catalytiques les plus sélectifs possibles.
  10. Conception de substances non-persistantes : les produits chimiques doivent être conçus de façon à pouvoir se dissocier en produits de dégradation non nocifs à la fin de leur durée d'utilisation, cela dans le but d'éviter leur persistance dans l'environnement.
  11. Analyse en temps réel de la lutte contre la pollution : des méthodologies analytiques doivent être élaborées afin de permettre une surveillance et un contrôle en temps réel et en cours de production avant qu'il y ait apparition de substances dangereuses.
  12. Chimie essentiellement sécuritaire afin de prévenir les accidents : les substances et la forme des substances utilisées dans un procédé chimique devraient être choisies de façon à minimiser les risques d'accidents chimiques, incluant les rejets, les explosions et les incendies.

Source : CultureSciences-Chimie

mercredi 5 octobre 2005

Signification du mot "Réfléchir"

Ethymologie

Provenç. et espagn. reflectir ; ital. riflettere ; du lat. reflectere, de re, et flectere, fléchir.

Le sens de penser, méditer, se rattache à l'expression latine reflectere animum, reporter son esprit sur quelque chose.

Source : Littré

reflecto, are : recourber, retourner, détourner.

reflectere animum : réprimer les élans du coeur ou = songer

Source : Lutece

Significations

Par exemple, la lumière est réfléchie par un miroir dont on sait que ses propriétés sont de dévier les rayons lumineux permettant ainsi de renvoyer la lumière provenant d'objets situés derrière nous vers nos yeux.

De même l'expression "reflectere animum" est intéressante. Animum peut désigner le coeur, l'esprit ou l'âme.

On peut donc détourner les élans de son coeur en détournant l'attention de l'esprit sur autre chose. Ce qui aide effectivement à ne pas s'emporter dans certaines situations.

Mieux encore, l'esprit a la possibilité de réfléchir ses pensées, ou sentiments vers lui-même afin de prendre conscience de celles-ci et ainsi d'y voir clair, de prendre les décisions qui s'imposent.

mardi 4 octobre 2005

Le cauchemar de Darwin : Un film de Hubert Sauper

Le cauchemar de Darwin

Synopsis

Les rives du plus grand lac tropical du monde, considéré comme le berceau de l’humanité, sont aujourd’hui le théâtre du pire cauchemar de la mondialisation.

En Tanzanie, dans les années 60, la Perche du Nil, un prédateur vorace, fût introduite dans le lac Victoria à titre d’expérience scientifique. Depuis, pratiquement toutes les populations de poissons indigènes ont été décimées. De cette catastrophe écologique est née une industrie fructueuse, puisque la chair blanche de l’énorme poisson est exportée avec succès dans tout l’hémisphère nord.

Pêcheurs, politiciens, pilotes russes, prostituées, industriels et commissaires européens y sont les acteurs d’un drame qui dépasse les frontières du pays africain.

Dans le ciel, en effet, d’immenses avions-cargos de l’ex union soviétique forment un ballet incessant au dessus du lac, ouvrant ainsi la porte à un tout autre commerce vers le sud: celui des armes.

Propos du réalisateur

Origines du cauchemar

L’idée de ce film est née lors de mes recherches sur un autre documentaire, Kisangani Diary – Loin du Rwanda, dont le sujet était de suivre les réfugiés fuyant la rébellion Congolaise. C’est en 1997 que j’ai été témoin pour la première fois du traffic improbable de ces énormes avions cargos pleins de nourriture. Tandis qu’un premier avion-cargo atterrissait avec 45 tonnes de poids chiches d’Amérique pour alimenter les réfugiés dans les camps voisins de l’ONU, un second décollait pour l’Union Européenne avec 50 tonnes de poissons frais à son bord.
Ma rencontre et les liens d’amitié que j’ai pu tisser avec l’équipage de l’un des avions-cargos russes m’ont permis de découvrir l’impensable. Les avions de ravitaillement n’amenaient pas que de l’aide humanitaire des pays développés mais également des armes. Ainsi, ces avions amenaient aux réfugiés les pois chiches qui les nourrissaient la journée et les armes qui les tuaient la nuit. Au matin, ce que ma caméra tremblante filmait dans cette jungle puante était les cadavres et les camps détruits.

Connaître la chronologie et les visages d’une réalité si cynique est alors devenu l’objectif du Cauchemar de Darwin, mon plus long engagement cinématographique.

Le centre du monde

« La région des Grands lacs» est le centre vert, fertile et minéral de l’Afrique, et est considéré comme le berceau de l’humanité. Cette région est réputée pour sa vie sauvage unique, ses volcans neigeux et ses parcs nationaux. Parallèlement c’est aussi le « Cœur des ténèbres ». Les guerres civiles qui font rage dans ce secteur ont lieu dans une sorte d’oubli moral. Elles sont, de loin, les conflits les plus mortels depuis la deuxième guerre mondiale. Au Congo, chaque jour de l’année, le nombre de morts liés à la guerre équivaut au nombre de victimes du 11 septembre à NY. Sans être totalement ignorées, les innombrables guerres sont souvent qualifiées de « conflits tribaux », comme ceux du Rwanda et du Burundi. Les causes cachées de tels troubles sont, dans la plupart des cas, des intérêts impérialistes pour les ressources naturelles.

Au Coeur des ténèbres

Pour filmer le Cauchemar de Darwin nous étions en équipe réduite : Sandor, mon habituel compagnon de voyage, ma petite caméra et moi. Je devais approcher les « personnages » et suivre leurs vies durant de longues périodes. Il était alors facile de trouver des images saisissantes parce que la réalité que je filmais était saisissante. Mais il est également facile d’avoir des ennuis. En Tanzanie nous devions cacher notre activité devant les autorités. Afin de monter dans des avions de cargaison nous avons dû nous faire passer pour des pilotes et des dockers et avoir de fausses pièces d’identité. Dans les villages, on nous a pris pour des missionnaires humanitaires. Les directeurs des usines ont craint que l’on soit des inspecteurs de l’hygiène de l’UE. Nous avons dû nous faire passer pour des hommes d’affaires australiens dans les bars d’hôtel branchés ou pour des randonneurs inoffensifs dans la savane africaine, « prenant juste des photos. » Nous avons perdu un nombre incalculable de jours à faire face à des policiers corrompus, confus et interrogateurs, dans des postes de contrôle et dans les prisons locales. Une bonne partie du budget du film a été gaspillée en dessous de table et amendes pour payer notre liberté. Pour nous c’était devenu une sorte de routine morose : ne pas travailler, et s’asseoir sous l’impitoyable soleil équatorial entouré par des millions de squelettes de perches du Nil, essayant de ne pas devenir fous.

La loi du plus fort?

L’éternelle question qui consiste à se demander quelle structure sociale et politique est la meilleure pour le monde semble avoir trouvé une réponse. Le capitalisme a gagné. Les sociétés futures seront régies par un « système consumériste » perçu comme « civilisé » et « bon ». Dans le sens Darwinien le « bon système » a gagné. Il a gagné en convainquant ses ennemis ou en les éliminant.
Dans le Cauchemar de Darwin j’ai essayé de transformer l’histoire du succès d’un poisson et le boom éphémère autour de ce « parfait » animal en une allégorie ironique et effrayante du nouvel ordre mondial. Mais la démonstration serait la même en Sierra Leone et les poissons seraient des diamants, au Honduras, ils seraient des bananes, et en Irak, au Nigeria ou en Angola… ils seraient du pétrole brut.

Le cinéma est pour moi le seul média capable de faire partager, avec un vrai impact, certaines réalités. La plupart d’entre nous connaissent les mécanismes destructeurs de notre temps sans en prendre vraiment conscience. Par exemple, partout où une importante ressource naturelle est découverte, les habitants meurent dans la misère, leurs fils devenant des soldats et leurs filles des servantes ou des prostituées.

Après des centaines d’années d’esclavage et de colonisation européenne de l’Afrique, les effets de la globalisation des marchés infligent des mortelles humiliations aux habitants de ce continent. L’attitude arrogante des pays riches envers le Tiers Monde crée de futurs dangers pour tous les peuples.

“On ne trouverait pas de perche du Nil dans nos supermarchés si il n’y avait pas de guerre en Afrique.”

Dans ce documentaire, j’ai essayé de filmer aussi intimement que possible. Sergey, Dimond, Raphael, Eliza… sont des vraies personnes qui représentent merveilleusement la complexité de ce système, et pour moi elles représentent la véritable énigme.

« Je pourrais faire la même démonstration en Sierra Leone, les poissons seraient des diamants, au Honduras ils seraient des bananes, et en Irak, au Nigeria ou en Angola… ils seraient du pétrole brut. »

Source : Le cauchemar de Darwin

Site officiel : Darwin's nighmare

Convention de Stockholm sur les polluants organiques persistants

Cette convention reconnait :
  • les polluants organiques persistants possèdent des propriétés toxiques, résistent à la dégradation, s’accumulent dans les organismes vivants et sont propagés par l’air, l’eau et les espèces migratrices par delà les frontières internationales et déposés loin de leur site d’origine, où ils s’accumulent dans les écosystèmes terrestres et aquatiques,
  • les préoccupations sanitaires, notamment dans les pays en développement, suscitées par l’exposition au niveau local à des polluants organiques persistants, en particulier l’exposition des femmes et, à travers elles, celle des générations futures,
  • l’écosystème arctique et les populations autochtones qui y vivent sont particulièrement menacés en raison de la bio-amplification des polluants organiques persistants, et que la contamination des aliments traditionnels de ces populations constitue une question de santé publique,
  • la nécessité de prendre des mesures au niveau mondial concernant les polluants organiques persistants,

Source : Texte de la convention

La convention de Stockholm sur les polluants organiques persistants est un accord international visant à interdire certains produits polluants. Elle a été signée le 22 mai 2001.

Les substances chimiques très polluantes interdites :

  • l'aldrine,
  • le chlordane,
  • la dieldrine,
  • l'endrine,
  • l'heptachlore,
  • l'hexachlorobenzène,
  • le mirex
  • le toxaphlène,
  • les polychlorophéniles.
Elle restreint très fortement l'utilisation du DDT.

Source : Wikipedia

dimanche 2 octobre 2005

Feu de forêt en été 2003 dans le Brandebourg

Feu de forêt en été 2003 dans le Brandebourg (Allemagne)
Feu de forêt en été 2003 dans le Brandebourg (Allemagne)

Source : Wikimedia Commons

Menhir du site de Stonehenge au lever du soleil

Le soleil du solstice d'été se lève derrière un menhir du site de Stonehenge
Le soleil du solstice d'été se lève derrière un menhir du site de Stonehenge (Royaume-Uni)

Source : Wikimedia Commons

Pèlerinage à La Mecque

Pèlerinage à La Mecque
Pèlerinage en la mosquée al-Masjid al-Haraam à la Mecque (Arabie Saoudite)

Source : Wikimedia Commons