lundi 30 janvier 2006

Le Prince Fatal et le Prince Fortuné de Jeanne Marie Leprince de Beaumont

Source : Wikisource

Il y avait une fois une reine, qui eut deux petits garçons, beaux comme le jour. Une fée, qui était bonne amie de la reine, avait été priée d'être la marraine de ces princes, et de leur faire quelque don :

« Je doue l'aîné, dit-elle, de toutes sortes de malheurs jusqu'à l'âge de vingt-cinq ans, et je le nomme Fatal. »

A ces paroles, la reine jeta de grands cris, et conjura la fée de changer ce don.

« Vous ne savez pas ce que vous demandez, dit-elle à la reine ; s'il n'est pas malheureux, il sera méchant. »

La reine n'osa plus rien dire ; mais elle pria la fée de lui laisser choisir un don pour son second fils.

« Peut-être choisirez-vous tout de travers, répondit la fée ; mais n'importe, je veux bien lui accorder ce que vous me demanderez pour lui.

- Je souhaite, dit la reine, qu'il réussisse toujours dans tout ce qu'il voudra faire ; c'est le moyen de le rendre parfait.

- Vous pourriez vous tromper, dit la fée ; ainsi, je ne lui accorde ce don, que jusqu'à vingt-cinq ans. »

On donna des nourrices aux deux petits princes, mais dès le troisième jour, la nourrice du prince aîné eut la fièvre; on lui en donna une autre qui se cassa la jambe en tombant, une troisième perdit son lait, aussitôt que le prince Fatal commença à la téter ; et le bruit s'étant répandu que le prince portait malheur à ses nourrices, personne ne voulut plus le nourrir, ni s'approcher de lui. Ce pauvre enfant, qui avait faim, criait, et ne faisait pourtant pitié à personne. Une grosse paysanne, qui avait un grand nombre d'enfants, qu'elle avait beaucoup de peine à nourrir, dit qu'elle aurait soin de lui, si on voulait lui donner une grosse somme d'argent ; et comme le roi et la reine n'aimaient pas le prince Fatal, ils donnèrent à la nourrice ce qu'elle demandait, et lui dirent de le porter à son village. Le second prince, qu'on avait nommé Fortuné, venait au contraire à merveille. Son papa et sa maman l'aimaient à la folie, et ne pensaient pas seulement à l'aîné. La méchante femme, à qui on l'avait donné, ne fut pas plutôt chez elle, qu'elle lui ôta les beaux langes dont il était enveloppé, pour les donner à un de ses fils, qui était de l'âge de Fatal ; et, ayant enveloppé le pauvre prince dans une mauvaise jupe, elle le porta dans un bois, où il y avait bien des bêtes sauvages, et le mit dans un trou, avec trois petits lions, pour qu'il fût mangé. Mais la mère de ces lions ne lui fit point de mal, et au contraire, elle lui donna à téter, ce qui le rendit si fort, qu'il courait tout seul au bout de six mois. Cependant le fils de la nourrice, qu'elle faisait passer pour le prince, mourut, et le roi et la reine furent charmés d'en être débarrassés. Fatal resta dans le bois jusqu'à deux ans, et un seigneur de la cour, qui allait à la chasse, fut tout étonné de le trouver au milieu des bêtes. Il en eut pitié, l'emporta dans sa maison, et ayant appris qu'on cherchait un enfant, pour tenir compagnie à Fortuné, il présenta Fatal à la reine. On donna un maître à Fortuné pour lui apprendre à lire ; mais on recommanda au maître de ne le point faire pleurer. Le jeune prince qui avait entendu cela, pleurait toutes les fois qu'il prenait son livre; en sorte qu'à cinq ans, il ne connaissait pas les lettres ; au lieu que Fatal lisait parfaitement et savait déjà écrire. Pour faire peur au prince, on commanda au maître de fouetter Fatal toutes les fois que Fortuné manquerait à son devoir ; ainsi, Fatal avait beau s'appliquer à être sage, cela ne l'empêchait pas d'être battu ; d'ailleurs, Fortuné était si volontaire et si méchant, qu'il maltraitait toujours son frère, qu'il ne connaissait pas. Si on lui donnait une pomme, un jouet, Fortuné le lui arrachait des mains ; il le faisait taire : en un mot, c'était un petit martyr, dont personne n'avait pitié. Ils vécurent ainsi jusqu'à dix ans, et la reine était fort surprise de l'ignorance de son fils.

« La fée m'a trompée, disait-elle ; je croyais que mon fils serait le plus savant de tous les princes, puisque j'ai souhaité qu'il réussît dans tout ce qu'il voudrait entreprendre. » Elle fut consulter la fée sur cela qui lui dit :

« Madame, il fallait souhaiter à votre fils de la bonne volonté, plutôt que des talents ; il ne veut qu'être bien méchant, et il y réussit comme vous le voyez. »

Après avoir dit ces paroles à la reine, elle lui tourna le dos : cette pauvre princesse, fort affligée, retourna à son palais. Elle voulut gronder Fortuné, pour l'obliger à mieux faire ; mais, au lieu de lui promettre de se corriger, il dit que si on le chagrinait, il se laisserait mourir de faim. Alors la reine, tout effrayée, le prit sur ses genoux, le baisa, lui donna des bonbons, et lui dit qu'il n'étudierait pas de huit jours, s'il voulait bien manger comme à son ordinaire. Cependant le prince Fatal était un prodige de science et de douceur ; il s'était tellement accoutumé à être contredit, qu'il n'avait point de volonté, et ne s'attachait qu'à prévenir les caprices de Fortuné. Mais ce méchant enfant, qui enrageait de le voir plus habile que lui, ne pouvait le souffrir, et les gouverneurs, pour plaire à leur jeune maître, battaient à tous les moments Fatal. Enfin, ce méchant enfant dit à la reine, qu'il ne voulait plus voir Fatal, et qu'il ne mangerait pas qu'on ne l'eût chassé du palais. Voilà donc Fatal dans la rue, et comme on avait peur de déplaire au prince, personne ne voulut le recevoir. Il passa la nuit sous un arbre, mourant de froid, car c'était en hiver, et n'ayant pour son souper qu'un morceau de pain, qu'on lui avait donné par charité. Le lendemain matin, il dit en lui-même, je ne veux pas rester à rien faire, je travaillerai pour gagner ma vie jusqu'à ce que je sois assez grand pour aller à la guerre. Je me souviens d'avoir lu dans les histoires, que de simples soldats sont devenus de grands capitaines ; peut-être aurai-je le même bonheur, si je suis honnête homme. Je n'ai ni père, ni mère ; mais Dieu est le père des orphelins ; il m'a donné une lionne pour nourrice, il ne m'abandonnera pas. Après avoir dit cela, Fatal se leva, fit sa prière, car il ne manquait jamais à prier Dieu soir et matin ; et quand il priait, il avait les yeux baissés, les mains jointes, et il ne tournait pas la tête de côté et d'autre. Un paysan, qui passa, et qui vit Fatal, qui priait Dieu de tout son coeur, dit en lui-même, je suis sûr que cet enfant sera un honnête garçon ; j'ai envie de le prendre pour garder mes moutons. Dieu me bénira à cause de lui. Le paysan attendit que Fatal eût fini sa prière, et lui dit :

« Mon petit ami, voulez-vous venir garder mes moutons ? Je vous nourrirai, et j'aurai soin de vous.

- Je le veux bien, répondit Fatal, et je ferai tout mon possible pour vous bien servir. »

Ce paysan était un gros fermier, qui avait beaucoup de valets, qui le volaient fort souvent ; sa femme et ses enfants le volaient aussi. Quand ils virent Fatal, ils furent bien contents :

" C'est un enfant, disaient-ils, il fera tout ce que nous voudrons. "

Un jour la femme lui dit :

« Mon ami, mon mari est un avare qui ne me donne jamais d'argent ; laisse-moi prendre un mouton, et tu diras que le loup l'a emporté.

- Madame, lui répondit Fatal, je voudrais de tout mon coeur vous rendre service, mais j'aimerais mieux mourir que de dire un mensonge et être un voleur.

- Tu n'es qu'un sot, lui dit cette femme ; personne ne saura que tu as fait cela.

- Dieu le saura, madame, répondit Fatal ; il voit tout ce que nous faisons, et punit les menteurs et ceux qui volent.»

Quand la fermière entendit ces paroles, elle se jeta sur lui, lui donna des soufflets, et lui arracha les cheveux. Fatal pleurait, et le fermier l'ayant entendu, demanda à sa femme pourquoi elle battait cet enfant.

« Vraiment, dit-elle, c'est un gourmand, je l'ai vu ce matin manger un pot de crème, que je voulais porter au marché.

- Fi, que cela est vilain, d'être gourmand », dit le paysan ; et tout de suite il appela un valet, et lui commanda de fouetter Fatal. Ce pauvre enfant avait beau dire qu'il n'avait pas mangé la crème, on croyait sa maîtresse plus que lui. Après cela, il sortit dans la campagne avec ses moutons, et la fermière lui dit :

« Hé bien, voulez-vous, à cette heure, me donner un mouton ?

- J'en serais bien fâché, dit Fatal, vous pouvez faire tout ce que vous voudrez contre moi, mais vous ne m'obligerez pas à mentir. »

Cette méchante créature, pour se venger, engagea tous les autres domestiques pour faire du mal à Fatal. Il restait à la campagne le jour et la nuit, et au lieu de lui donner à manger, comme aux autres valets, elle ne lui envoyait que du pain et de l'eau ; et quand il revenait, elle l'accusait de tout le mal qui se faisait dans la maison. Il passa un an avec ce fermier ; et quoiqu'il couchât sur la terre, et qu'il fût si mal nourri, il devint si fort, qu'on croyait qu'il avait quinze ans, quoiqu'il n'en eût que treize : d'ailleurs, il était devenu si patient, qu'il ne se chagrinait plus, quand on le grondait mal à propos. Un jour qu'il était à la ferme, il entendit dire qu'un roi voisin avait une grande guerre. il demanda congé à son maître, et fut à pied dans le royaume de ce prince, pour être soldat. Il s'engagea à un capitaine, qui était un grand seigneur ; mais il ressemblait à un porteur de chaise, tant il était brutal ; il jurait, il battait ses soldats, il leur volait la moitié de l'argent que le roi donnait pour les nourrir et les habiller ; et sous ce méchant capitaine, Fatal fut encore plus malheureux que chez le fermier. Il s'était engagé pour dix ans, et quoiqu'il vît déserter le plus grand nombre de ses camarades, il ne voulut jamais suivre leur exemple ; car il disait, « j'ai reçu de l'argent pour servir dix ans, je volerais le roi, si je manquais à ma parole ». Quoique le capitaine fût un méchant homme, et qu'il maltraitât Fatal, tout comme les autres, il ne pouvait s'empêcher de l'estimer, parce qu'il voyait qu'il faisait toujours son devoir. Il lui donnait de l'argent pour faire ses commissions, et Fatal avait la clef de sa chambre, quand il allait à la campagne, ou qu'il dînait chez ses amis. Ce capitaine n'aimait pas la lecture, mais il avait une grande bibliothèque, pour faire croire à ceux qui venaient chez lui, qu'il était un homme d'esprit ; car dans ce pays-là, on pensait qu'un officier qui ne lisait pas l'histoire, ne serait jamais qu'un sot et qu'un ignorant. Quand Fatal avait fait son devoir de soldat, au lieu d'aller boire et jouer avec ses camarades, il s'enfermait dans la chambre du capitaine, et tâchait d'apprendre son métier, en lisant la vie des grands hommes, et il devint capable de commander une armée. Il y avait déjà sept ans qu'il était soldat, lorsqu'il fut à la guerre. Son capitaine prit six soldats avec lui, pour aller visiter un petit bois : et quand il fut dans ce petit bois, les soldats disaient tout bas, « il faut tuer ce méchant homme, qui nous donne des coups de canne, et qui nous vole notre pain ». Fatal leur dit qu'il ne fallait pas faire une si mauvaise action ; mais au lieu d'écouter, ils lui dirent qu'ils le tueraient avec le capitaine, et mirent tous les cinq l'épée à la main. Fatal se mit à côté de son capitaine, et se battit avec tant de valeur, qu'il tua lui seul quatre de ces soldats. Son capitaine, voyant qu'il lui devait la vie, lui demanda pardon de tout le mal qu'il lui avait fait ; et ayant conté au roi ce qui lui était arrivé, Fatal fut fait capitaine, et le roi lui fit une grosse pension. Oh, dame, les soldats n'auraient pas voulu tuer Fatal, car il les aimait comme ses enfants ; et, loin de leur voler ce qui leur appartenait, il leur donnait de son argent, quand ils faisaient leur devoir. Il avait soin d'eux, quand ils étaient blessés, et ne les reprenait jamais par mauvaise humeur. Cependant on donna une grande bataille, et celui qui commandait l'armée ayant été tué, tous les officiers et les soldats s'enfuirent ; mais Fatal cria tout haut, qu'il aimait mieux mourir les armes à la main, que de fuir comme un lâche. Ses soldats lui crièrent qu'ils ne voulaient point l'abandonner, et leur bon exemple ayant fait honte aux autres, ils se rangèrent autour de Fatal, et combattirent si bien, qu'ils firent le fils du roi ennemi prisonnier. Le roi fut bien content, quand il sut qu'il avait gagné la bataille, et dit à Fatal qu'il le faisait général de toutes les armées. Il le présenta ensuite à la reine et à la princesse sa fille, qui lui donnèrent leurs mains à baiser. Quand Fatal vit la princesse, il resta immobile. Elle était si belle, qu'il en devint amoureux comme un fou, et ce fut alors qu'il fut bien malheureux ; car il pensait qu'un homme comme lui, n'était pas fait pour épouser une grande princesse. Il résolut donc de cacher soigneusement son amour, et tous les jours il souffrait les plus grands tourments : mais ce fut bien pis, quand il apprit que Fortuné, ayant vu un portrait de la princesse, qui se nommait Gracieuse, en était devenu amoureux, et qu'il envoyait des ambassadeurs pour la demander en mariage. Fatal pensa mourir de chagrin : mais la princesse Gracieuse, qui savait que Fortuné était un prince lâche et méchant, pria si fort le roi son père, de ne la point forcer à l'épouser, qu'on répondit à l'ambassadeur, que la princesse ne voulait point encore se marier. Fortuné, qui n'avait jamais été contredit, entra en fureur, quand on lui eut rapporté la réponse de la princesse : et son père, qui ne pouvait lui rien refuser, déclara la guerre au père de Gracieuse, qui ne s'en embarrassa pas beaucoup ; car il disait, « tant que j'aurai Fatal à la tête de mon armée, je ne crains pas d'être battu ». Il envoya donc chercher son général, et lui dit de se préparer à faire la guerre : mais Fatal, se jetant à ses pieds, lui dit qu'il était né dans le royaume du père de Fortuné, et qu'il ne pouvait pas combattre contre son roi. Le père de Gracieuse se mit fort en colère, et dit à Fatal qu'il le ferait mourir, s'il refusait de lui obéir ; et qu'au contraire, il lui donnerait sa fille en mariage, s'il remportait la victoire sur Fortuné. Le pauvre Fatal, qui aimait Gracieuse à la folie, fut bien tenté ; mais à la fin, il se résolut à faire son devoir, sans rien dire au roi ; il quitta la cour et abandonna toutes ses richesses. Cependant Fortuné se mit à la tête de son armée, pour aller faire la guerre ; mais au bout de quatre jours, il tomba malade de fatigue ; car il était fort délicat, n'ayant jamais voulu faire aucun exercice. Le chaud, le froid, tout le rendait malade. Cependant, l'ambassadeur, qui voulait faire sa cour à Fortuné, lui dit qu'il avait vu à la cour du père de Gracieuse, ce petit garçon qu'il avait chassé de son palais ; et qu' on disait que le père de Gracieuse lui avait promis sa fille. Fortuné, à cette nouvelle, se mit dans une grande colère, et aussitôt qu'il fut guéri, il partit pour détrôner le père de Gracieuse, et promit une grosse somme d'argent à celui qui lui amènerait Fatal. Fortuné remporta de grandes victoires, quoiqu'il ne combattît pas lui-même ; car il avait peur d'être tué. Enfin, il assiégea la ville capitale de son ennemi, et résolut de faire donner l'assaut. La veille de ce jour, on lui amena Fatal, lié avec de grosses chaînes, car un grand nombre de personnes s'étaient mises en chemin pour le chercher. Fortuné, charmé de pouvoir se venger, résolut, avant de donner l'assaut, de faire couper la tête à Fatal, à la vue des ennemis. Ce jour-là même, il donna un grand festin à ses officiers, parce qu'il célébrait son jour de naissance, ayant justement vingt-cinq ans. Les soldats qui étaient dans la ville, ayant appris que Fatal était pris, et qu'on devait dans une heure lui couper la tête, résolurent de périr, ou de le sauver ; car ils se souvenaient du bien qu'il leur avait fait, pendant qu'il était leur général. Ils demandèrent donc permission au roi de sortir pour combattre, et cette fois, ils furent victorieux. Le don de Fortuné avait cessé ; et comme il voulait s'enfuir, il fut tué. Les soldats victorieux coururent ôter les chaînes à Fatal, et dans le même moment, on vit paraître en l'air deux chariots brillants de lumière. La fée était dans un de ces chariots, et le père et la mère de Fatal étaient dans l'autre, mais endormis. Ils ne s'éveillèrent qu'au moment où leurs chariots touchaient la terre, et furent bien étonnés de se voir au milieu d'une armée. La fée alors s'adressant à la reine, et lui présentant Fatal, lui dit :

« Madame, reconnaissez dans ce héros votre fils aîné ; les malheurs qu'il a éprouvés, ont corrigé les défauts de son caractère, qui était violent et emporté. Fortuné, au contraire, qui était né avec de bonnes inclinations, a été absolument gâté par la flatterie, et Dieu n'a pas permis qu'il vécût plus longtemps, parce qu'il serait devenu plus méchant chaque jour. Il vient d'être tué ; mais, pour vous consoler de sa mort, apprenez qu'il était sur le point de détrôner son père, parce qu'il s'ennuyait de n'être pas roi. »

Le roi et la reine furent bien étonnés, et ils embrassèrent de bon coeur Fatal, dont ils avaient entendu parler fort avantageusement. La princesse Gracieuse et son père apprirent avec joie l'aventure de Fatal, qui épousa Gracieuse, avec laquelle il vécut fort longtemps, parfaitement heureux et fort vertueux.

Vague de froid 2006 en Europe

La vague de froid de janvier 2006 a affecté toute l'Europe de l'Est et fait de nombreuses victimes, surtout parmi les sans-abris. Le phénomène a commencé le 20 janvier en Russie et s'est étendu à l'Europe centrale. Dans certaines régions de Pologne, de Roumanie et d'Ukraine, les températures sont tombées à -30°C. D'après Patrick Galois, météorologue de Météo-France, "il faut remonter au moins à 10 ans, et parfois à 20 ans en arrière, pour observer des froids aussi vifs"1. La neige est tombée en abondance en Turquie et en Grèce, provoquant la paralysie des transports.

Bilan

  • 80 morts, dont 37 rien qu'en Pologne, 4 en Allemagne (le 23 janvier)
  • 200 morts dans toute l'Europe annoncés par Le Figaro (23 janvier)

Quelques températures

Au lundi 23 janvier :

  • Varsovie : -26°C
  • Kiev : -24°C
  • Berlin : -20°C
  • Göteborg : -20°C
  • Bucarest : -16°C.

Références

Source : Wikipedia

Dr. Venkataswamy - Le Chirurgien Visionnaire

Dr. Venkataswamy

Source : le portrait Dr. Venkataswamy sur le site Tour du Monde en 80 Hommes où vous trouverez de nombreux autres portraits d'hommes ou de femmes qui ont marqué notre époque pour un développement durable. Une belle initiative qui redonne confiance et optimisme.

Dr. Venkataswamy - Madurai (Tamil Nadu/Inde) - 11 Octobre 2003

Govindappa Venkataswamy, surnommé Dr V., est un des chirurgiens indiens les plus reconnus, et on estime qu'entre 150 et 200 000 patients sont passés sous ses mains pour des opérations de la cataracte. Pourtant la première chose qui frappe en le rencontrant est la déformation de ses mains, une arthrose le ronge depuis plus de 50 ans… Son initiative, à l’image de sa vie, nous a laissés admiratifs.

On compte aujourd'hui dans le monde quelque 45 millions de non-voyants et 135 millions de malvoyants, et la cataracte, une maladie due au vieillissement et à des carences alimentaires, est à l'origine de 19 millions de cas de cécité, principalement en Asie et en Afrique. En général, en cas de cataracte liée au vieillissement, on peut procéder à une intervention relativement rapide qui consiste à remplacer le cristallin devenu opaque par une lentille intraoculaire. Cette chirurgie fait toutefois appel à des techniques perfectionnées et à un personnel qualifié et coûte cher. Cette opération, le Dr. V. a trouvé le moyen d’en faire profiter des centaines de milliers de patients gratuitement, à des coûts minimes et selon un modèle largement salué par l’Organisation Mondiale de la Santé.

Fils d’un fermier du sud de l’Inde, il a grandi dans un petit village du Tamil Nadu. À la suite d'études de médecine, il s’engage en 1944 dans l’Armée Britannique afin de participer à l’effort de guerre. De retour en 1947, il assiste à la mort tragique de 3 de ses cousines en couches et décide de faire de l’obstétrique sa spécialité. Une année plus tard, il est victime de très sévères crises d’arthrites déformantes, aussi brutales qu’inexpliquées. Ses membres le font atrocement souffrir et en quelques mois, il se retrouve cloué à un lit d’hôpital sans pouvoir bouger. Ce n’est qu’au bout d’une année qu’il arrive, suite à de fantastiques efforts de rééducation, à se lever seul. De terribles séquelles le poursuivent encore actuellement, ses mains sont difformes, sa démarche difficile et sa souffrance aussi intense que silencieuse.

Incapable alors de pratiquer l’obstétrique, il se forme à la médecine ophtalmique et très rapidement prend en charge la responsabilité du service de soins oculaires de l’hôpital public de Madurai. Malgré son handicap, il devient l’un des meilleurs chirurgiens d’Asie et opère quotidiennement des dizaines de patients. Pendant ces 2 décennies, il se bat pour obtenir des fonds du gouvernement central indien afin de monter des camps mobiles, unique moyen selon lui d’atteindre et de soigner les patients les plus pauvres dans les villages reculés. Cette initiative est une réussite mais ne satisfait pas son ambition grandissante.

Il doit attendre sa retraite forcée en 1976 pour monter une petite structure familiale de 11 lits, l’Aravind Eye Hospital, et appliquer un modèle inédit : ceux qui peuvent payer financent les soins gratuits des plus pauvres. L’hôpital, économiquement indépendant et très rentable, déménage rapidement dans des locaux beaucoup plus spacieux. Les patients affluent, de multiples camps mobiles sont mis en place, des chirurgiens et infirmières sont formés et 2 nouveaux hôpitaux sont inaugurés dans d’autres villes de l’Etat.

Cependant, un problème demeure. Pour réaliser l’opération de la cataracte, les chirurgiens doivent acheter à des prix prohibitifs (autour de 150$) des lentilles aux quelques multinationales américaines se partageant le marché. Il faut donc trouver un moyen de fabriquer ces lentilles en Inde à faible coût. En 1992, David Green, un californien partenaire de l’hôpital déniche et achète les méthodes de fabrication de ces précieuses lentilles. Aurolab, une entité indépendante de l’hôpital est alors créée afin de lancer l’expérience.

Ses résultats, aujourd’hui, sont surprenants. En 2002, 2 500 lentilles sortent chaque jour à des prix unitaires de 5 dollars et sont exportées dans le monde entier, 2 nouveaux hôpitaux ont été construits, un million quatre cent mille patients sont auscultés chaque année, 350 000 sont opérés (30% sont payants, 70% gratuits), un centre de recherche et développement a été créé et 20 à 25 camps sont organisés chaque semaine pour prévenir et soigner dans les zones rurales.

L’hôpital est considéré comme un des meilleurs centres mondiaux d’ophtalmologie devant de nombreux hôpitaux américains et l’OMS en a fait son centre modèle pour la lutte contre la cécité. 10% de tous les ophtalmologistes asiatiques sont venus y suivre des formations, il n’est pas rare d’y croiser des médecins européens, japonais ou américains et, depuis quelques années maintenant, des hôpitaux suivant le même modèle ont été montés au Cambodge, au Népal, en Egypte ou au Malawi.

Lorsque l’on aborde toutes ses réussites, le Dr. V, au crépuscule de sa vie, rappelle humblement tout le chemin qu’il reste à parcourir pour éradiquer la cécité à travers le monde. Il se souvient d’un de ces premiers voyages aux Etats-Unis et conclue avec malice : « J’ai été impressionné par les trésors d’intelligence et d’organisation de Mc Donald’s pour rendre disponibles des hamburgers à bas prix à tous les coins de rues. Pourquoi ne pas déployer les mêmes efforts pour une cause encore plus noble : rendre la vue ? ».

* Le Dr.V recherche activement des structures médicales, des agences de développement ou des ONG francophones spécialisées dans les soins ophtalmiques afin de dupliquer ce modèle en Afrique de l'Ouest. Il ne recherche pas de fonds mais uniquement des partenaires. Si vous disposez de contacts pouvant l'aider dans son admirable inititiative, merci de nous les transmettre en nous écrivant à sylvain@80hommes.com ou mathieu@80hommes.com.

samedi 28 janvier 2006

Dictionnaire de la non-violence

Dictionnaire de la non violence
Jean-Marie Muller, Ed. du Relié, coll. "Sagesses", 2005, 408 p.

Source : Dictionnaire de la non-violence où vous trouverez d'autres informations notamment la liste des 108 mots-clés du dictionnaire. Le site Centre de ressources sur la non-violence de Midi-Pyrénées contient de nombreuses autres informations sur la non-violence.

De la non-violence
par Jean-Marie Muller
Dictionnaire de la non-violence, Ed. du Relié, 2005

Lorsqu'on parle de "non-violence", il importe d'introduire et de maintenir une distinction dont l'oubli engendre bien des équivoques : celle entre l'exigence philosophique de non-violence et la stratégie de l'action non-violente. L'une et l'autre se situent sur des registres différents qu'il convient de distinguer, non pour les séparer, mais pour ne pas les confondre. En tant que principe philosophique, la non-violence est une requête de sens, en tant que méthode d'action, elle est une recherche d'efficacité.

C'est Gandhi qui a offert à l'Occident le mot "non-vio­lence" en traduisant en anglais le terme sanscrit ahimsa, qui est usuel dans les textes de la littérature hindouiste, jaïniste et bouddhiste. Il est formé du préfixe négatif a et du substantif himsa qui signifie le désir de nuire, de faire violence à un être vivant. L'ahimsa est la reconnaissance, l'apprivoisement, la maîtrise et la transmutation du désir de violence qui est en l'homme et qui le conduit à vouloir écarter, exclure, éliminer, meurtrir l'autre homme.

Si l'on s'en tenait à l'étymologie, une traduction possible de ahimsa serait in-nocence. Les étymologies de ces deux mots sont en effet analogues : in-nocent vient du latin in-nocens et le verbe nocere (faire du mal, nuire) provient lui-même de nex, necis qui signifie mort violente, meurtre. Ainsi l'innocence est, en rigueur de terme, la vertu de celui qui ne se rend coupable envers autrui d'aucune violence meurtrière. Cependant, de nos jours, le mot innocence évoque plutôt la pureté suspecte de celui qui ne commet pas le mal beaucoup plus par ignorance et par impuissance que par vertu. L'attitude non-violente ne saurait être confondue avec cette innocence-là. Cependant, cette distorsion du sens du mot est significative : comme si le fait de ne pas commettre le mal révélait une sorte d'impuissance... L'option pour la non-violence réhabilite l'innocence comme la vertu de l'homme fort et comme la sagesse de l'homme juste.

Lorsque l'homme fait l'expérience de la violence et qu'il met à distance ses affects pour réfléchir, il la reconnaît comme la violation de la dignité de l'humanité, en lui-même et en l'autre homme ; dans le même temps, il découvre la requête de non-violence qu'il porte en lui. Le moi empirique se découvre violent et se nomme tel parce qu'il se réfère à un moi intérieur qui exige la non-violence. Cette exigence de la conscience est en l'homme avant qu'il ne rencontre la violence : l'exigence de non-violence est antérieure et supérieure au désir de violence. Elle est originelle et principielle. Cependant, c'est seulement après l'avoir expérimentée que l'homme prend conscience de la déraison de la violence, de son inhumanité, de son non-sens. Il comprend alors qu'il ne peut construire son humanité qu'en opposant à la violence un non catégorique qui lui refuse toute légitimité. Dire non à la violence, en affirmant que l'exigence de non-violence fonde et structure l'humanité de l'homme, c'est refuser l'allégeance que la violence exige de chacun. Méconnaître cette exigence, c'est nier la possibilité humaine de briser la loi de la nécessité, c'est dénier à l'homme la liberté de s'affranchir de la fatalité pour devenir un être raisonnable. L'ambition de la non-violence est de civiliser la vie.

Celui qui opte pour la non-violence est un homme étonné, il est au sens propre de ce mot, stupéfait par la violence, la sienne propre ou celle d'autrui. Celui qui se décide à la non-violence est un homme blessé par la violence. La dé-figuration du visage par la violence lui apparaît comme le comble de l'ab-jection. Elle provoque en lui la révolte. Il s'insurge contre les routines de violence qui s'emparent du monde. Ce n'est pas la mort qui lui semble abjecte, mais le meurtre. Il voit dans le scandale de la violence l'évidence de la non-violence.

Il a souvent été dit que le mot "non-violence", parce qu'il est négatif, était mal choisi et entretenait par lui-même de nombreuses ambiguïtés. Tout d'abord, il convient de souligner qu'il ne s'agit pas d'une simple mais d'une double négativité, dès lors que l'on considère que la violence est le viol de la vie - et cela donne à ce mot un caractère affirmatif. Surtout, le mot non-violence est décisif par sa négativité même, car il permet, et lui seul, de délégitimer la violence. Il est le terme le plus juste pour exprimer ce qu'il veut signifier : le refus de tous les processus de légitimation et de justification qui font de la violence un droit de l'homme. Si le mot "non-violence" est formellement négatif, il ne signifie pas que la non-violence est la négation de la violence, mais qu'elle se trouve dans un rapport d'opposition réelle à la violence, c'est-à-dire que sa visée est d'en détruire les causes et les conséquences. Le non que la non-violence oppose à la violence est un non de résistance. En définitive, la non-violence n'est pas tant le refus de la violence que la lutte contre la violence. Elle est certes abstention, mais cette abstention exige elle-même l'action.

Si nous visualisons le rapprochement des deux mots : "violence / non-violence", nous voyons clairement que la structure même du mot "non-violence" brise, vis-à-vis de la violence, toute symétrie, toute réciprocité, toute imitation. La violence s'exerce toujours dans la réciprocité vis-à-vis de l'adversaire ; la non-violence toujours dans la non-réciprocité.

L'option pour la non-violence, c'est l'actualisation dans notre propre existence de l'exigence universelle de la conscience raisonnable qui s'est exprimée par l'impératif, lui aussi formellement négatif : "Tu ne tueras pas." Cette interdiction du meurtre est universelle. Elle est essentielle, parce que le désir du tuer se trouve en chacun de nous. Le meurtre est interdit parce qu'il demeure toujours possible, et parce que cette possibilité ouvre sur l'inhumanité. L'interdiction est impérative parce que la tentation est impérieuse ; et celle-là est d'autant plus impérative que celle-ci est plus impérieuse. La non-violence est donc d'abord une exigence négative. Elle demande à l'homme de dés-armer ses affects, ses désirs, ses sentiments, son intelligence et ses bras afin qu'il puisse se déprendre de toute mal-veillance à l'encontre de l'autre homme. Il sera alors libre de lui manifester sa bien-veillance, de lui exprimer sa béné-volence.

Avant d'être une méthode d'action, la non-violence est donc, d'abord et essentiellement, une attitude. Elle est l'attitude éthique et spirituelle de l'homme debout qui reconnaît la violence comme la négation de l'humanité, à la fois de sa propre humanité et de l'humanité de l'autre, et qui décide de refuser de se soumettre à sa loi. La non-violence est le respect de la dignité de l'humanité de l'homme, en lui-même et en tout autre homme. Pareille attitude se fonde sur une conviction existentielle : la non-violence est une plus forte résistance à la violence que la contre-violence. Une caractéristique de la violence est de provoquer une autre violence. La violence est un enchaînement. La non-violence veut briser cet engrenage. La contre-violence, en définitive, ne permet pas de combattre le système de la violence parce qu'elle en fait elle-même partie et ne fait que l'entretenir. En toute rigueur, la contre-violence est une violence contraire, mais elle n'est pas le contraire de la violence. Elle n'est pas la même violence, mais elle est elle-même une violence. Elle est une violence autre, mais elle est une autre violence. Opter pour la non-violence, c'est, face à la violence subie, refuser de ré-agir en rendant la violence pour la violence, reproduisant ainsi le mal subi. C'est, tout au contraire, décider d'agir librement pour interrompre la chaîne des revanches et des vengeances.

Ici l'enjeu est la liberté, rien de moins, la liberté d'un sujet qui oppose la force et le courage à l'arbitraire des circonstances. Il s'agit de décider. Mais qu'est-ce qui nous empêche de choisir vraiment notre camp, de nous décider pour la non-violence ? Ne serait-ce pas parce que nous nous abandonnons facilement à la foi naïve dans la nécessité, parce que nous refusons finalement de croire en la liberté de l'homme ? Parce que nous jouons avec cette pensée que, la violence étant ancestrale, elle est honorable, respectable, inscrite en quelque sorte dans la destinée humaine. Un héritage, pour ainsi dire, une tradition. Ces arrières-pensées ne désarment-elles pas insidieusement notre capacité de vouloir ? Ces pensées de l'arrière ne minent-elles pas le sol de notre décision ? Avant même que nous choisissions, c'est déjà décidé, nous nous accommodons de la nécessité.

L'exigence de non-violence est une invitation à la conversion : conversion du cœur, du regard, de l'intelligence. Et toute conversion est rupture, dissidence, dépassement, déplacement, dérangement, retournement, basculement, déménagement. Toute conversion est une partance. Mais toute partance est une re-création. Pour que l'homme se décide à la non-violence, il faut qu'il se réveille du sommeil existentiel dans lequel son humanité se trouve endormie. Dans ce sommeil, l'individu se soumet passivement aux habitudes séculaires de la société qu'il n'a pas l'énergie de remettre en cause. Que doit-il décider en définitive ? Eh bien de faire reculer les limites de la nécessité en cultivant la non-violence.

Comme toute exigence éthique, la non-violence présente une double face : l'une invite à ne pas collaborer avec la violence, l'autre à œuvrer pour la justice. Une fois la violence récusée, l'homme peut accomplir l'œuvre positive de la non-violence et manifester de la bienveillance et de la bonté envers l'autre homme. La vertu de non-violence est l'exigence première de la philosophie : elle est le principe même du courage et de la sagesse. La non-violence est l'exigence qui s'impose d'emblée à l'homme dès qu'il se découvre incliné à être violent. Elle conditionne la possibilité d'être bon. C'est pourquoi la philosophie reconnaît l'exigence de non-violence comme la source la plus haute de l'humanité de l'homme. L'exigence de non-violence oblige essentiellement envers les ennemis, c'est-à-dire envers les violents. C'est alors seulement qu'elle prend son véritable sens. Quelle portée aurait-elle si elle n'obligeait qu'envers les amis ? La non-violence est le porche qui désigne à l'homme le chemin du respect, de la compassion, de la bonté, de l'amour. Au-delà encore, celui de la transcendance. Oui, la non-violence propose une transcendance, mais elle n'impose aucun absolu - et cela protège de tout virus idéologique.

Le respect, la compassion, la bonté et l'amour n'invitent pas l'homme à se cantonner à l'intérieur de sa maison, elles l'obligent à l'action vers l'extérieur. Et s'il convient d'affirmer le caractère universel de la non-vio­lence en tant qu'exigence spirituelle, il faut reconnaître le caractère relatif de la non-violence en tant qu'action politique. Par elle-même, l'exigence de non-violence ne donne pas de réponse directe et im­médiate à la question de savoir comment agir concrètement dans la situation historique du lieu et du moment. Lorsqu'il faut agir, la certitude fait place à l'incertitude : nous ne savons jamais quelle est l'action la mieux appropriée pour bien faire. Nous ne sommes jamais certains des conséquences de notre action. Jamais, une situation concrète n'impose avec évidence ce qu'il convient de faire pour bien faire. Il n'y a pas d'action qui ne soit sans ambiguïté. Toute action est une expérimentation dont les résultats sont contingents et aléatoires. L'action est toujours à inven­ter, sans que le plus souvent, nous soyons certains d'avoir trouvé la bonne méthode. L'action est une école d'humilité.

La non-violence se trouve souvent récusée comme une chimère sous prétexte que «la non-violence absolue» n'est pas possible. Mais il y a mal-entendu. La non-violence n'a jamais prétendu être absolue. Certes, l'état de non-violence est en soi une u-topie - c'est-à-dire qu'il n'existe nulle-part, qu'il n'est réalisé qu'il n'est réalisé en aucun-lieu. Et il y a certainement un bon usage de l'u-topie pour représenter un idéal qui éclaire l'à-venir. Mais le mouvement de réalisation de la non-violence dans la société et dans l'histoire ne part pas de l'u-topie pour s'inscrire dans le réel : il part du réel pour inventer le possible. L'option pour la non-violence ne s'enracine pas dans l'idéal d'une société parfaitement non-violente qu'il s'agirait de mettre en œuvre dans la réalité. La démarche est exactement inverse. La non-violence se fonde sur la prise de conscience de la réalité des multiples violences qui existent dans la société et sur la volonté de transformer cette réalité dans la mesure du possible. Non, la non-violence n'exige pas l'absolu. Simplement, elle demande le possible. Le langage du "tout ou rien" lui est étranger. Entre le tout et le rien, elle veut discerner ce qui est possible ici et maintenant, rien que le possible mais tout le possible. Ce possible qui est généralement délaissé quand il n'est pas dédaigné. Ainsi, non seulement, la non-violence n'est pas un idéalisme, mais, au sujet de la violence, elle invite à un plus grand réalisme.

En définitive, c'est la violence qui est une u-topie. Certes, la violence existe partout, mais jamais, en aucun-lieu, elle n'atteint la fin qui prétend la justifier. Jamais, nulle-part, elle ne réalise la justice entre les hommes. Jamais, en aucun lieu la violence n'apporte une solution humaine aux inévitables conflits humains qui constituent la trame de l'histoire.

Au-delà des chimères et des illusions de l'optimisme, des résignations et des démissions du pessimisme, la non-violence entretient l'espérance fragile que l'homme peut faire croître, en lui et chez les autres, la vertu d'humanité. Cela donne sens à son existence et à son histoire. A sa vie. A sa mort même.

Source : Définition de la non-violence

jeudi 26 janvier 2006

Dieu est amour, première encyclique de Benoît XVI

CITE DU VATICAN, 25 JAN 2006 (VIS). Voici une synthèse de la première encyclique de Benoît XVI, Deus Caritas Est (Dieu est amour), consacrée à l'amour chrétien. Elle est datée du 25 décembre, solennité de la Nativité.

L'encyclique est composée de deux grandes parties. La première, intitulée "L'unité de l'amour dans la création et dans l'histoire du salut", offre une réflexion philosophico-théologique sur les différentes dimensions de l'"amour" -Eros, Philia, Agapé- précisant certaines données essentielles de l'amour de Dieu pour l'homme et du lien intrinsèque que cet amour a avec celui de l'homme. La deuxième partie, intitulée "Caritas, l'exercice de l'amour de la part de l'Eglise en tant que communauté de l'amour", présente la mise en pratique du commandement de l'amour envers le prochain".

PREMIERE PARTIE

Le terme "amour", un des mots le plus utilisé et le plus souvent abusivement dans le monde d'aujourd'hui, possède un vaste champ sémantique. Cependant l'archétype de l'amour par excellence, celui entre l'homme et la femme, domine la multiplicité de ces sens, et il était appelé Eros dans la Grèce antique. Dans la Bible, et surtout dans le Nouveau Testament, le concept d'"amour" est approfondi, évolution qui s'exprime dans la messe par l'abandon du mot Eros en faveur du mot Agapé qui exprime un amour oblatif.

Cette nouvelle vision de l'amour, une nouveauté essentielle du christianisme, a trop souvent été évaluée très négativement comme refus de l'Eros et de la corporéité. Même s'il y a eu de telles tendances, le sens profond est tout autre. L'Eros, mis dans la nature même de l'homme par son Créateur, a besoin de discipline, de purification et de maturation pour ne pas perdre sa dignité originale et ne pas être dégradé au 'sexe' pur, devenant une marchandise.

La foi chrétienne a toujours considéré l'homme comme l'être dans lequel l'esprit et la matière s'interpénètrent, lui conférant une nouvelle noblesse. On peut considérer le défis de l'Eros vaincu quand le corps et l'âme de l'homme se retrouvent en parfaite harmonie. L'amour devient alors, 'extase', mais pas dans le sens d'un moment d'ébriété passagère mais comme exode permanent du moi fermé sur soi vers sa libération dans le don de soi, et donc vers la redécouverte de soi, ou plutôt vers la découverte de Dieu: de cette façon l'Eros peut conduire l'être humain 'en extase' vers le divin.

En fait, Eros et Agapé exigent de ne jamais être complètement séparés l'un de l'autre, au contraire plus ils trouvent tous les deux un juste équilibre, même si dans différentes dimensions, plus la vraie nature de l'amour se réalise. Même si l'Eros est initialement essentiellement désir, au fur et à mesure qu'il se rapproche de l'autre personne il se posera toujours moins de questions sur lui-même, il cherchera toujours plus le bonheur de l'autre, il se donnera et désirera 'être' pour l'autre: c'est ainsi qu'il pénètre en lui et qu'il s'affirme au moment de l'Agapé.

L'Eros-Agapé atteint sa forme la plus radicale dans Jésus-Christ, amour incarné de Dieu. La mort en croix de Jésus, qui se donne pour relever et sauver l'homme, exprime l'amour dans sa forme la plus sublime. Jésus a conféré à ce geste d'offrande une présence durable par l'institution de l'Eucharistie; sous la forme du pain et du vin il se donne comme une nouvelle manne qui nous unit à Lui. En participant à l'Eucharistie nous sommes également impliqués dans la dynamique de son don. Nous nous unissons à Lui et en même temps nous nous unissons à tous ceux à qui Il se donne et nous devenons ainsi "un seul corps". De cette façon l'amour pour Dieu et l'amour pour le prochain fusionnent réellement. Le double commandement, grâce à cette rencontre avec l'Agapé de Dieu, n'est plus seulement exigence: l'amour peut être 'commandé' car il est avant tout donné.

DEUXIEME PARTIE

L'amour pour le prochain, enraciné dans l'amour de Dieu, en plus d'être un devoir pour chaque fidèle, l'est aussi pour toute la communauté ecclésiale, qui dans son activité caritative doit refléter l'amour trinitaire. La conscience d'un tel devoir a eu une importance constitutive pour l'Eglise depuis ses débuts et très vite s'est imposée la nécessité d'une certaine organisation comme fondement pour son meilleur accomplissement.

C'est ainsi que la diaconie est apparue au sein de la structure fondamentale de l'Eglise en tant que service de l'amour vers le prochain exercé en communauté et de manière ordonnée -un service concret, mais également spirituel. Avec la diffusion progressive de l'Eglise, cet exercice de la charité s'est confirmé comme un de ses aspects essentiels. La nature intime de l'Eglise s'exprime dans un triple devoir: l'annonce de la parole de Dieu (kerygma-martyria), la célébration des sacrements (leiturgia) et le service de la charité (diakonia). Ces devoirs s'imposent les uns aux autres et ne peuvent pas être dissociés. A partir du XIX siècle, une objection fondamentale s'est levée contre l'activité caritative de l'Eglise car elle serait en opposition, disait-on, avec la justice et qu'elle finirait par agir comme système de maintient du statu quo. L'Eglise favoriserait le maintien du système injuste en vigueur par l'accomplissement d'ouvre caritative individuelle, le rendant supportable et freinant ainsi la rébellion et le potentiel changement vers un monde meilleur. C'est dans ce sens que le marxisme a indiqué dans la révolution mondiale et dans sa préparation la panacée pour le problème social -un rêve qui s'est évanouit avec le temps. Le magistère pontifical, en commençant par l'encyclique de Léon XIII: Rerum Novarum (1891), jusqu'à la trilogie d'encycliques sociales de Jean-Paul II: Laborem, Exercens (1981), Sollicitudo Rei Socialis (1987) Centesimus Annus (1991), a affronté avec toujours plus d'insistance le problème social, et s'est confronté avec les situations problématiques toujours nouvelles, et il a développé une doctrine sociale très articulée qui propose des orientations valables bien au-delà des frontières de l'Eglise.

Toutefois, la création d'un ordre juste de la société et de l'Etat est le principal devoir de la politique, et ne peut donc être une responsabilité immédiate de l'Eglise. La doctrine sociale catholique ne veut pas conférer à l'Eglise un pouvoir sur l'Etat, mais souhaite seulement purifier et illuminer la raison, en offrant la propre contribution à la formation des consciences, afin que les authentiques exigences de justice soient perçues, reconnues et réalisées. Cependant il n'y a aucune institution d'état, aussi juste soit- elle, qui puisse rendre superflu le service de l'amour. L'Etat qui veut tout diriger devient en définitive une instance bureaucratique qui ne peut pas assurer la contribution essentielle dont l'homme qui souffre -tout homme- a besoin: le tendre dévouement personnel. Qui veut se débarrasser de l'amour se prédispose à se débarrasser de l'homme en tant qu'homme.

Un effet positif collatéral de la globalisation se manifeste de nos temps dans la sollicitude envers le prochain, dépassant les frontières des communautés nationales et qui tend à élargir son horizon au monde entier. Les structures de l'Etat et des associations humanitaires développent de différentes façons la solidarité exprimée pour la société civile: ainsi de très nombreuses organisations à but caritatif et philanthropique sont nées. De plus, au sein de l'Eglise catholique et dans d'autres communautés ecclésiales de nouvelles activités caritatives ont pris forme. Il est fort souhaitable qu'une collaboration fructueuse s'instaure entre toutes ces instances. Naturellement il est important que l'activité caritative de l'Eglise ne perde pas sa propre identité en se dissolvant dans l'organisation commune d'assistance, en devenant une simple variante, mais qu'elle conserve toute la splendeur de l'essence de la charité chrétienne et ecclésiale. Par conséquent:

L'activité caritative chrétienne, en plus de la compétence professionnelle, doit se fonder sur l'expérience d'une rencontre personnelle avec le Christ, dont son amour a touché le cour du croyant, suscitant en lui l'amour pour le prochain.

L'activité caritative chrétienne doit être indépendante de partis et d'idéologies. Le programme du chrétien -le programme du bon samaritain, le programme de Jésus- est 'un cour qui voit'. Ce cour voit là où il y a besoin d'amour et agit en conséquence.

L'activité caritative chrétienne, en outre, ne doit pas être un moyen en fonction de ce qui est appelé aujourd'hui le prosélytisme. L'amour est gratuit; il n'est pas exercé pour atteindre d'autres objectifs. Mais cela ne signifie pas que l'action caritative doive, pour ainsi dire, laisser de côté Dieu et le Christ. Le chrétien connaît le moment opportun pour parler de Dieu et quand il ne faut pas en parler, mais seulement laisser parler l'amour. L'hymne de la charité de Saint Paul doit être la Magna Carta de tout le service ecclésial pour le protéger du risque de se dégrader en activisme pur.

Dans ce contexte, et face aux dangers du sécularisme qui peut conditionner également de nombreux chrétiens engagés dans le travail caritatif, il faut réaffirmer l'importance de la prière. Le contact vivant avec le Christ évite que l'expérience des considérables nécessités et des propres limites peuvent d'un côté pousser l'opérateur dans l'idéologie qui prétend de faire maintenant ce que Dieu, semble t'il, ne réussi pas à faire et de l'autre côté, peuvent avoir la tentation de céder à l'inertie et à la résignation. Qui prie ne perd pas son temps, même si la situation semble ne pousser qu'à l'action, et sans prétendre de changer ou de corriger les plans de Dieu, mais il cherche -sur l'exemple de Marie et des saints- à puiser en Dieu la lumière et la force de l'amour qui vainc chaque obscurité et égoïsme présents dans le monde.

Source : DEUS CARITAS EST, PREMIERE ENCYCLIQUE DE BENOIT XVI du service de presse du Vatican Vatican Information Service initialement trouvé sur le site de l'Opus Dei.

Vous trouverez le texte complet de l'encyclique sur le site du Vatican que je vous recommande, car il est bien écrit.

lundi 23 janvier 2006

Un nouveau procédé pour convertir les émissions des centrales électriques en pétrole a été développé

19 septembre 2005. – La société GreenFuel Technologies Corporation, basée à Cambridge a annoncé la première livraison de son système brevetté Advandce Module à un « grand producteur d'énergie ». Le procédé utilise des algues non-toxiques pour convertir les gaz d'échappement de ces centrales en biocarburant propre.

L'entreprise veut démontrer par cette commande l'interopérabilité entre les différents produits qu'elle propose, (emmissions-to-biofuels TM), le module n'étant qu'une partie de la chaîne. Un test de ces nouvelles méthodes industrielles au préstigieux MIT avait montré qu'on pouvait espérer réduire les émissions de CO2 de 40%, et celles des NOx, agents irritants formant des pluies acides de 86%.

Le fondateur et PDG de GreenFuel s'est dit « fier du bénéfice qu'apportera son parteneriat à l'industrie de l'énergie, dès le premier client » (proud of the mutually beneficial business relationships we are building within the energy sector, starting with this first customer).

Les médias s'étaient déjà interessés à ce projet en 2004, année durant laquelle le Museum of Science de Boston y avait consacré une exposition importante.

Source : Wikinews

Pour en savoir plus, vous pouvez consulter le site GreenFuel Technologies Corporation en anglais.

Réflexions

L'idée est intéressante dans la mesure où elle réduit le gaz carbonique, gaz à effet de serre et les oxydes nitreux toxiques pour nous, tout en produisant un carburant plus "propre" que le pétrole.

Bien sûr, ce sont des micro-algues qui font le travail avec le soleil par la photosynthèse !

Sri Sri Ravi Shankar

Sri Sri Ravi Shankar est né en 1956 en Inde du Sud au sein d'une famille réputée pour sa grande piété. Ses grands-parents, de riches brahmanes, avaient cédé toute leur fortune aux pauvres. Les enfants vivaient donc avec le juste nécessaire dans un climat familial tourné vers l'élévation spirituelle. Les dispositions naturelles du jeune Ravi n'en étaient pas moins étonnantes. Dès l'âge de quatre ans, il pouvait réciter par cœur des pages de la Bhagavad Gita, et trouvait déjà plus d'attrait à la méditation qu'aux jeux de ses camarades. L'inquiétude de ses parents pour son avenir fut de courte durée : les Sages consultés virent dans le petit prodige le très grand Maître qu'il allait devenir. Ils annoncèrent son destin hors du commun, joignant les mains devant l'enfant en signe de respect.

Ses études supérieures en littérature védique furent assurées par le professeur de sanskrit de Gandhi. À la suite de l'assassinat du Mahatma, celui-ci refusait d'enseigner à quiconque jusqu'à ce qu'on lui eût présenté Ravi, âgé alors de neuf ans seulement.

Quand Sri Sri Ravi Shankar entreprit de parcourir le monde pour raviver les valeurs humaines, il était un jeune érudit qui avait clos son cycle d'études à dix-sept ans après avoir atteint le niveau le plus élevé dans toutes les disciplines, y compris les mathématiques, les sciences modernes et les beaux-arts qui regroupent en Inde l'ensemble des sciences humaines.

Ainsi, plutôt que de vivre à l'abri des tumultes du monde, le Maître choisit de se mettre, en prise directe, au service de l’humanité. Cette humanité démunie face à la souffrance, au stress et à la violence, entraves à l'instauration d'une paix individuelle et collective dont lui-même, par la sagesse millénaire qu'il avait reçue, par une connaissance approfondie des mécanismes de l'esprit et par un don de pédagogue manifeste, possédait les clés.

"Il est rafraîchissant de rencontrer quelqu'un comme Sri Sri Ravi Shankar", témoigne son ami le Dalaï Lama, "car il a réussi à réconcilier son éducation scientifique avec sa formation védique pour trouver un chemin qui réponde aux besoins contemporains."

Depuis le début des années 80, Sri Sri Ravi Shankar voyage inlassablement pour apporter des outils concrets adaptés à la prévention et à la résolution des conflits dans le monde. "Exister est un fait, vivre est un art" dit-il. Et cet art, quelles que soient les dispositions naturelles, s'apprend.

En 1982, il crée "l'International Art of Living Foundation", une organisation à but non lucratif, accréditée en tant qu'ONG à statut consultatif spécial auprès des Nations Unies, dont les programmes éducatifs, largement développés dans ses ashrams mais aussi dans les écoles, dans les prisons, sur les terrains de la guerre, sont aujourd'hui proposés dans plus de 140 pays. L'essentiel du soulagement apporté aux diverses populations tient à une profonde réparation du système nerveux par le « souffle » grâce, en particulier, aux effets d'une technique inédite mise au point par Sri Sri Ravi Shankar ("Yoga Shiromani" c'est-à-dire "Instructeur suprême dans la voie du Yoga") : le Sudarshan Kriya. En 1998 et 1999, le processus bénéficie d'une reconnaissance scientifique officielle avec la publication des études médicales confirmant ses bienfaits.

En 1998, Sri Sri Ravi Shankar crée l'Association Internationale pour les Valeurs Humaines. Une autre façon de travailler à la paix et à l'harmonie des sociétés dans le respect des différences. Dans certaines parties du monde les gens vivent dans des conditions de pauvreté sordide. Le manque d'hygiène et l'absence d'éducation engendrent problèmes de santé et maladies diverses. Dans d'autres parties du monde plus favorisées, on rencontre insatisfaction, manque d'harmonie, stress, violence, crime et toutes sortes de maladies sociales. Ailleurs, la guerre a fracturé le tissu social et engendré de grandes souffrances. Dans chacune de ces situations, l'Association Internationale pour les Valeurs Humaines apporte soins et attention à travers son programme des 5H qui comprend plusieurs volets :

- Le programme 5H proprement dit (5H comme health, hygiene, home, human values, harmony in diversity) répond aux besoins des populations démunies en matière de santé, d'hygiène, d'habitat, sans oublier l'indispensable complément des valeurs humaines et de l'harmonie dans la diversité. Le programme propose une approche holistique du développement social. C'est un programme simple qui répond aux besoins variés de différentes populations, cultures et secteurs de société. Sa priorité actuelle est le développement social et communautaire dans les zones rurales des pays en voie de développement.

- PrisonSmart : spécifiquement conçu pour les détenus, les délinquants ou la jeunesse "à risque" comme celle des banlieues. En leur apprenant à gérer leur stress et leurs pulsions, ce programme prévient le crime, évite la récidive et favorise la réhabilitation sociale. Une variante de ce programme s'adresse aussi bien au personnel de la justice pénale qu'aux victimes d'agressions. La réussite incontestable des objectifs poursuivis à travers cet atelier a conduit différents gouvernements -États-Unis en tête- à le subventionner.

- ART Excel : destiné aux jeunes de 7 à 17 ans sur lesquels pèsent aussi les méfaits de la violence. Ce programme interactif et ludique les aide à tirer le meilleur parti de leurs émotions et à développer toutes leurs capacités. Ils en deviennent, de fait, plus efficaces à l'école.

Et Sri Sri Ravi Shankar crée sans cesse d'autres projets satellites afin de venir en aide de façon plus spécifique à telle ou telle catégorie sociale, tels que :

  • le Projet Pieds Nus - une œuvre de formation professionnelle pour l'avancement économique des femmes des pays en voie de développement.
  • Un Euro pour un Heureux - une œuvre charitable qui apporte à des enfants des villages nourriture, services médicaux, eau saine, vêtements et éducation.

En hommage aux services rendus par l'action humanitaire du Maître, la ville de Washington a inscrit à son calendrier une journée dédiée aux valeurs humaines : le "Sri Sri Ravi Shankar Day". Citations aussi des villes de New York et de San Francisco, des États du New-Jersey et de Floride pour le "rôle actif pris dans l'amélioration des vies de nos enfants". Et autres proclamations en Amérique Latine -en Colombie, au Costa Rica, à Hawaï, au Panama.- en remerciement du mieux-vivre acquis. Ce Sage de l’Inde est par ailleurs le seul membre non-occidental admis au Conseil de la Divinity School de l'Université de Yale aux États-Unis.

Sri Sri Ravi Shankar, éminent conférencier et humaniste, est invité chaque année dans près de 50 pays, par des chefs d’états, des dirigeants d’entreprises et des organisations telles que les Nations Unies et le parlement européen. Il fait plusieurs fois le tour de la planète chaque année pour faire savoir partout que les solutions à la violence existent et qu'elles sont à la portée de chacun. Mais aussi pour inciter les partisans de la paix à passer davantage à l'action. Il décourage cependant la fièvre de vouloir tout révolutionner pour la bonne cause, sans même être en état de le faire : "Tous les problèmes dans le monde sont créés par ceux qui veulent la perfection, dit-il (...) Vous voulez tout changer sauf vous-mêmes, sauf votre mental, sauf votre vision. Ce désir est une illusion."

"Ce dont nous avons le plus besoin, c'est d'être nous-mêmes, " dit-il encore, "car le bonheur ne dépend de rien qui nous soit extérieur. (...) La seule vraie sécurité qu'on puisse trouver en ce monde réside dans le fait même de donner de l'amour."

Liens externes

Source : Wikipedia

L'UE veut homologuer 8 pesticides dangereux

23 janvier 2006. – Selon l'Acap (Action citoyenne pour une Alternative aux Pesticides) et le MDRGF (Mouvement pour le Droit et le Respect des Générations Futures), la Commission européenne par le biais de son comité SCFCAH devrait homologuer 8 pesticides jugés dangereux par l'INRA et le CEMAGREF.

La décision devrait être prise les 26 et 27 janvier prochain.

L'ajout de ces produits (Azinphos-methyl, Carbendazim, Dinocap, Fenarimol, Flusilazole, Methamidophos, Procymidone, Vinclozolin) à l'Annexe I de la directive 91/414/CEE avait reçu un avis négatif en août 2005.

Sources

Source : Wikinews

vendredi 20 janvier 2006

Singes de la sagesse

Les singes de la sagesse
Sculpture de Hidari Jingoro au sanctuaire Tōshōgū à Nikkō (Japon)

Les singes de la sagesse sont au nombre de trois. Tels qu'ils sont représentés en Chine et au Japon, le premier se couvrant les yeux, le deuxième les oreilles et le troisième la bouche, ils forment une sorte de maxime picturale : Ne rien voir de mal, ne rien entendre de mal, ne rien dire de mal. À celui qui suit cette maxime, il n'arrivera que du bien.

Une des plus anciennes représentations connues de ces trois singes se trouve à Nikkō au Japon. Elle est attribuée au sculpteur Hidari Jingoro (1594-1634).

En japonais, les trois singes sont appelés Mizaru (見猿), Kikazaru (聞か猿) et Iwazaru (言わ猿). Ces trois noms signifient littéralement : Ne vois pas, n'entends pas, ne parle pas. Ils constituent aussi un jeu de mots sur zaru (forme verbale négative) et saru (singe). Il est probable toutefois que l'histoire des trois singes soit d'origine indienne et qu'elle ait été introduite au Japon par l'intermédiaire de pélerins bouddhistes venus de Chine pendant la période Yamato (VIIIe siècle).

Cette maxime fut notamment prise pour devise par Gandhi, qui gardait toujours avec lui une petite sculpture de ces trois singes.

Liens externes

Source : Wikipedia

Esséniens

Les esséniens étaient les membres d'une communauté juive fondée vers le IIe siècle av. J.-C.. Les principales communautés s'établirent sur les rives de la mer Morte. Les esséniens sont décrits par Flavius Josèphe, Philon d'Alexandrie et Pline l'Ancien. Les archéologues pensent que le site de Qumrân était un établissement essénien et que ceux-ci seraient les auteurs des manuscrits de la mer Morte. Le mouvement semble disparaître vers 70 après J.-C.

On raconte que leur alimentation était particulière en ce qu'elle ne devait pas subir de transformation, par la cuisson par exemple. Leur nourriture se composait essentiellement de pain, de racines sauvages, et de fruits. La consommation de viande était interdite.

Ils vivaient selon des règles très strictes :

  • fausse déclaration de biens : un an d'exclusion ;
  • mensonge ou mise en colère contre un autre membre de la communauté : 6 mois ;
  • crachat ou rire pendant une réunion ou séance de prière : 1 mois ;
  • si on gesticule pendant une réunion : 10 jours.
  • Le port de lainages était prohibé.

Le plus marquant dans cette communauté est la mise en commun et la répartition des biens de la collectivité selon les besoins de chaque membre. Le shabbat était observé strictement, comme la pureté rituelle (bains à l'eau froide et port de vêtements blancs). Il était interdit de jurer, de prêter serment, de procéder à des sacrifices d’animaux, de fabriquer des armes, de faire des affaires ou de tenir un commerce. Les membres, après un noviciat de trois ans, renonçaient aux plaisirs terrestres pour entrer dans une vie monacale.

Lors de la destruction du Temple et le chaos qui embrasa la Judée à la fin du premier siècle, les esséniens ne réussirent plus à garder leur identité, et furent englobés dans la communauté pharisienne, ce qui donna naissance à la tradition du judaïsme rabbinique. Certains éléments laissent penser que les esséniens ont également inspiré les premiers chrétiens. D'une certaine façon, ils furent les premiers à professer que le sacré pouvait exister en dehors des sacrifices du Temple.

On sait d'après les textes trouvés à Qoumrân que les esséniens vénéraient un Maître de Justice, probablement leur fondateur, qui aurait été la victime d'un prêtre impie.

Il paraît fort probable que ce Maître de Justice ne fut autre que le grand prêtre Onias III, déposé en 175 avant l'ère chrétienne par Antiochus IV Epiphane, puis assassiné en 170 dans son exil de Syrie à l'instigation de son successeur Ménélas, auquel il ne ménageait pas ses reproches. Onias III serait donc le Maître de Justice et Ménélas le prêtre impie. On sait qu'Onias III fut le dernier grand prêtre légitime de la descendance de Sadoq (grand prêtre de Salomon le fondateur du Temple de Jérusalem).

Les esséniens, qui se déclaraient "fils de Sadoq", seraient donc les partisans légitimistes d'Onias III, avant tout des gens de race sacerdotale, ou les alliés de ces derniers. Cela expliquerait leur fidélité fondamentale à la religion de leurs ancêtres juifs, et leur vénération extrême à l'égard du Temple de Jérusalem, dans lequel pourtant ils ne célébraient pas, parce qu'ils l'estimaient occupé par des usurpateurs.

On ne doit en aucun cas parler de secte à propos des esséniens, qui étaient, ou se voulaient, les plus fidèles des Israélites. Leurs moeurs, qui ont été décrites ci-dessus, étaient avant tout celles de prêtres, inspirées par les prescriptions du Lévitique. Les ablutions rituelles y tenaient une grande place. Même leur tunique, blanche, était un vêtement sacerdotal.

L'hypothèse que nous émettons rendrait fort bien compte de leur attachement à un ancien calendrier liturgique, dont on trouve la description dans nombre d'écrits pseudépigraphiques: par exemple le Livre d'Hénoch ou le Livre des Jubilés. Ce calendrier était solaire (avec une année de 364 jours) par opposition au calendrier juif officiel, celui du Temple, fondé sur les cycles de la lune.

Dans les récits de la passion du Christ eux-mêmes, tels que rapportés par les évangiles canoniques, on trouve la trace d'un double calendrier.

Les relations des esséniens avec la monarchie hasmonéenne furent ambiguës: à la fois ils rejetaient ces monarques comme grands prêtres illégitimes, mais ils appuyaient hautement leur résistance à l'influence grecque, et païenne, représentée par les séleucides. C'est la raison pour laquelle les esséniens furent probablement tolérés, et non pas persécutés, par les Hasmonéens, puis ensuite par les Hérodiens, leurs héritiers.

Il y eut très peu de rapports entre les esséniens et les débuts du christianisme, car les origines de la mouvance essénienne furent bien antérieures à l'ère chrétienne. Dans les écrits de Qoumrân on ne trouve aucune allusion, et pour cause, au christianisme. On doit remarquer cependant que les esséniens espéraient très fortement la venue d'un Messie "fils de David". Il y a là une affinité certaine avec le christianisme.

Il est probable que l'établissement de Qoumrân représentait une survivance précaire du mouvement essénien dont il n'est pas question, par ailleurs, dans le Nouveau Testament.

En 70, après la destruction de leur établissement par les légions romaines puis la ruine de Jérusalem, les esséniens disparurent complètement. Il demeure fort peu vraisemblable qu'ils se soient mêlés ou fondus dans la secte des pharisiens, fidèles du Temple, qui représentaient plutôt pour eux leurs ennemis. Quand on lit dans les Actes des Apôtres qu' "une multitude de prêtres obéissaient à la foi" (Ac 6,7), on peut imaginer que parmi ces prêtres il y avait des "sadocites", ou partisans de Sadoq, autrement dit des esséniens.

Jean-Baptiste, fils d'un prêtre exerçant dans le Temple de Jérusalem, n'était pas, par conséquent, essénien. Mais il avait sûrement de nombreux parents parmi ces prêtres dissidents. Puisqu'on nous dit qu' "il demeurait dans les déserts jusqu'au jour de sa manifestation à Israël" (Lc 1,80), peut-être fut-il élevé dans l'un de leurs établissements. Mais ce n'est là qu'une hypothèse.

Bibliographie

Le mythe des esséniens H.E. Del Medico Plon 1958

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Source : Wikipedia

Eau virtuelle

Le concept d’eau virtuelle associe à quelques biens de consommation ou intermédiaires la quantité d’eau nécessaire à leur fabrication.

Elle donne également quand il s’agit de besoins d’eau pure, qui ne sera pas réutilisable ensuite sans traitement, un minorant de la quantité d’énergie nécessaire pour les produire, puisqu’en régime permanent cette eau pure ne peut provenir que d’un processus d’évaporation dont on connait la consommation en énergie.

Usage du concept

Daniel Zimmer, directeur du Conseil mondial de l’eau et intervenant à la session du forum intitulée « Échanges et géopolitique de l’eau virtuelle », au Forum mondial de l’eau de 2003 à Kyoto indique ceci :

  • « Consommer un kilogramme de blé, c’est aussi, dans les faits, consommer le millier de litres d’eau qu’il a fallu pour faire pousser cette céréale. Manger un kilogramme de bœuf, c’est aussi consommer les 13 000 litres d’eau qui ont été nécessaires pour produire cette quantité de viande. Ce volume correspond à ce nous appelons l’eau cachée, ou virtuelle. C’est parce qu’ils ne sont pas conscients de ce phénomène que tant d’êtres humains emploient cette ressource en aussi grande quantité. (...)
  • « Les différences dans l’utilisation de cette eau virtuelle sont frappantes d’un continent à l’autre. Si, en Asie, on en consomme en moyenne 1 400 litres par jour et par habitant, ce chiffre avoisine les 4 000 litres en Europe et en Amérique du Nord. Environ 70 % de l’eau utilisée par les activités humaines sont consacrés à sa production alimentaire. (...)
  • « Parmi les principaux importateurs nets d’eau virtuelle, on peut citer le Sri Lanka, le Japon, les Pays-Bas, la Corée du Sud, la Chine, l’Espagne, l’Égypte, l’Allemagne et l’Italie. »

Quelques ordres de grandeur

D’après la FAO, il faut :

  • 1 000 litres d’eau (1 m³) pour produire un kilogramme de blé
  • 2 500 litres d’eau pour produire un kilogramme de riz
  • 20 000 litres (20 tonnes) pour produire un kilogramme de viande de bœuf.

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Source : Wikipedia

jeudi 19 janvier 2006

Grippe de 1918

La grippe de 1918, aussi nommée à tort "grippe espagnole", est une souche (H1N1) particulièrement virulente et contagieuse de grippe qui s'est répandue en pandémie ayant fait entre 20 et 40 millions de morts, 30 millions selon l'Institut Pasteur. Elle sévit de 1918 à 1920 sur l'ensemble du monde et est posée par certains comme la pandémie la plus mortelle de l'histoire, devant les 34 millions de morts de la Peste noire.

Son surnom "grippe espagnole" semble venir du fait que seule l'Espagne - non impliquée dans la Première Guerre mondiale- publia librement les informations relatives à cette épidémie. Les journaux français parlaient donc de la grippe espagnole qui faisait des ravages en Espagne sans mentionner les cas français.

Historique

Article détaillé : Pandémie de la grippe espagnole.

Apparemment originaire de Chine (1918), où elle serait passée du canard au porc puis à l'homme, elle gagne rapidement les États-Unis, muta et devint létale (pour ~3% des malades, contre moins de 1/1000 pour les autres épidémies de grippe), et se répandit en pandémie mondiale, par l'Europe, puis dans le monde entier par ses colonies.

Elle fait environ 408 000 morts en France, mais la censure de guerre en limita l'écho, les journaux annonçant une nouvelle épidémie en Espagne, pays neutre et donc moins censuré, alors que l'épidémie faisait déjà ses ravages en France. Elle mérite donc le nom de « pandémie ». L'essentiel de son action se fit durant l'hiver 1918-1919, avec 1 milliard de malades, et 20 à 40 millions de morts.

En quelques mois seulement, elle fit plus de victimes que la Première Guerre mondiale qui se terminait à peine.

Sa progression fut foudroyante : des foyers d'infection furent localisés de part et d'autre des USA en sept jours à peine, le reste du monde en trois mois.

Par cette pandémie, il y a une prise de conscience de la nature internationale de la menace épidémies et maladies, de l'importance de l'hygiène, d'un réseau de surveillance afin d'être prêt. Il y a ainsi dans l'une des clauses de la création de la SDN un accord posant la volonté de créer un Comité d'Hygiène international, qui deviendra finalement l'OMS.

Effet médical

Propriétés médicales, voir : Grippe

Les décès furent essentiellement de jeunes adultes, ce qui surprend : les jeunes adultes sont habituellement la génération la plus résistante aux grippes.Ceci s'explique par le fait que cette tranche d'âge ( notamment pour des raisons professionnelles) se déplacent le plus ou vivent dans des endroits où ils cotoyent de nombreuses personnes (ateliers,...). La multiplicité des contacts accroit le risque d'être contamminés. Cette constatation a été faite par les historiens (notamment lors de l'épidémie de choléra à Liège en 1866)

On estime que 50 % de la population mondiale fut contaminée (soit à l'époque 1 milliard d'habitants), 25 à 50 millions de personnes en périrent, avec un consensus autour de 30 millions de morts.

Cette grippe se caractérise d'abord par une très forte contagiosité : une personne sur deux contaminée. Elle se caractérise ensuite par une incubation de 2 à 3 jours, suivie de 3 à 5 jours de symptômes : fièvres, affaiblissement des défenses immunitaires, qui finalement permettent l'apparition de complications normalement bénignes, mais ici mortelles dans 3% des cas, soit 20 fois plus que les grippes « normales ». Elle ne fait cependant qu'affaiblir les malades, qui meurent des complications qui en découlent. Sans antibiotiques (découverts 10 ans plus tard), ces complications ne purent pas être freinées.

La mortalité importante était due à une surinfection bronchique bactérienne, mais aussi à une pneumonie due au virus. L'atteinte préférentielle d'adultes jeunes pourrait peut-être s'expliquer par une relative immunisation des personnes plus âgées ayant été contaminées auparavant par un virus proche.

Le virus de 1918

Les caractéristiques génétiques du virus ont pu être établies grâce à la conservation de tissus prélevés au cours d'autopsies récentes sur des cadavres inuits et norvégiens conservés dans le pergélisol (sol gelé des pays nordiques). Ce virus est une grippe H1N1.

  • Virus père, souche inconnue : virus de grippe source, à forte contagiosité mais à virulence normale qui, par mutation, donna le virus de la grippe espagnole. Le virus père ne fut identifié et suivi rigoureusement qu'à partir d'avril, et jusqu'à juin 1918, alors qu'il sévit probablement dès l'hiver 1917-1918 en Chine.
  • Virus de la grippe espagnole, souche H1N1 : virus à forte virulence apparemment apparu aux États-Unis et ayant finalement tué plus de 21 millions de personnes à travers le monde ; cette appellation inclut généralement aussi son « virus père ». Cette version plus létale sévit en 2 vagues meurtrières, l'une de mi-septembre à décembre 1918, l'autre de février à mai 1919. Tous les continents et toutes les populations sont gravement touchés.

Personnes célèbres décédées de la grippe espagnole

  • Guillaume Apollinaire, poète français
  • Joe Hall, joueur de hockey sur glace anglais
  • Egon Schiele, peintre autrichien
  • Edmond Rostand, dramaturge français

Conclusion

Sur le plan technique, ses caractéristiques pathogènes propres ne sont pas étudiables du fait de l’absence de souche virale, aucun prélèvement n’ayant pu être conservé dans un état suffisamment bon.

C’est donc seulement en étudiant la famille des grippes, dans leur ensemble, que l’on peut en comprendre ses mécanismes qui se résument à ceci :

  • une contagiosité très forte, induisant un comportement épidémique ou pandémique,
  • une variabilité forte, entraînant une virulence variable ainsi que l'inefficacité de l'immunisation d'une année sur l'autre,
  • la virulence de cette souche particulièrement grande (grave affaiblissement), ainsi que
  • le fait que, finalement, ce virus ne fait qu’affaiblir les défenses immunitaires, et n’est pas en lui-même source de décès (Ce sont les complications qui accompagnent la grippe qui sont mortelles en fonction du degré d’affaiblissement de l’organisme).

L'absence d'antibiotique (qui n'aurait pas stoppé la maladie virale mais seulement les complications bactériologiques) fut également déterminante.

Enfin, en ce qui concerne les conséquences, l’élément essentiel est la prise de conscience de la menace biologique à l'échelle mondiale, qu’une épidémie débutant en Chine pouvait finalement menacer la population des USA, de l'Europe, et de l’ensemble des états du monde. Il s’en suivit la création -par la SDN- d’un organisme de Santé et de surveillance médicale mondiale, qui devint plus tard l’OMS.

Il est aussi à noter, vu le cycle de réapparition des épidémies de grippe mortelle s’espaçant, au maximum constaté, de 39 ans, la dernière datant de 1968, l’OMS prévoit « statistiquement » l’apparition d’une pandémie de grippe mortelle d’ici 2010 à 2015. Voilà pourquoi, depuis quelques années, un certain nombre d’études sont soudainement consacrées au virus de la grippe espagnole, certaines visant à en récupérer des souches intactes, tangiblement étudiables, pour permettre l'édification de défenses adéquates.

La pandémie de 1918-1919 a été, avec 20 millions de morts minimum, la première grande pandémie de l’ère moderne. Elle reste ainsi la plus grande pandémie humaine, devançant celles de la peste et du Sida. Ce dernier continue cependant à tuer au delà des 24 millions de victimes déjà comptabilisées.

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Source : Wikipedia

lundi 16 janvier 2006

Immortel taoïste

Les huit immortels
Les huit immortels traversant la mer

Mentionné dans le Lao Zi, le Zhuang Zi et de nombreux textes à partir des Royaumes combattants, le terme immortel (仙人) xianren ou xian, sinogramme composé des éléments personne (人) et montagne (山), désigne un être fantastique aux pouvoirs surnaturels et aux dimensions cosmologiques dont la résidence principale se trouve dans des lieux magiques appelés grottes célestes et terres de bonheur (洞天福地) où l'on peut trouver des herbes ou elixirs de longue vie. L'état d’immortel est celui auquel aspirent les taoïstes, accessible grâce à différentes pratiques ascétiques et spirituelles. La notion d'immortel a quelque peu évolué et s'est progressivement fondue avec celle de divinité en général ; dans le taoïsme chinois moderne, on parle souvent de shenxian (神仙), dieu-immortel.

Représentation

Généralement invisibles sous leur forme réelle aux humains ordinaires, ils dont décrits par Ge Hong (葛洪) dans son traité, le Baopu Zi (抱樸子), avec des pupilles carrées, des lobes immenses, parfois une tête de serpent, un habit de plumes, montés sur des grues ou des dragons. Ils possèdent les dons de métamorphose et d’ubiquité, apparaisssent ou disparaissent à volonté dans un éclat de lumière. Ils peuvent éclairer une pièce obscure. Ils sont maitres des éléments.

Éléments chamanistes

Ils peuvent, comme les huit immortels du prince de Huainan, faire venir le vent et la pluie en s’asseyant et s'élever les nuages et les brumes en se mettant debout. Ils ont des pouvoirs similaires à ceux des oiseaux et des créatures aquatiques auxquels ils sont souvent comparés et associés. Dans le premier chapitre du Zhuang Zi, le saint taoïste est un oiseau immense qui atteint le bout du monde d’un coup d’aile, mais aussi un poisson caché au fond de l'eau. Ils ont les os légers, un habit de plumes, se dissimulent souvent dans le ciel ou s’élèvent sur les hauteurs des montagnes. Quand l’humain devenu immortel a disparu, il arrive que ses sandales et son épée ou bâton se transforment en oiseaux. Le Baopu Zi compare pour sa part l'immortel à une tortue tapie au fond de l'eau, ou à une carpe lumineuse qui nage dans la rivière de cinabre.

Concepts taoïstes

Ils incarnent également des notions taoïstes d’indifférenciation, de non-agir (wuwei 無為) et, lorsqu’ils ne sont pas en mouvement, se tiennent à la place où les dualités se fondent, comme un gnomon au centre du monde. Lorsqu’ils apparaissent sous forme humaine, leur identité est variable, leur origine inconnue. Sans individualité, ils peuvent pénétrer dans la forêt sans éveiller l’attention des animaux. Tantôt visibles et invisibles, ils apparaissent ici et là à la fois, mobiles mais sans forme ni corps. Ils résident dans les hauteurs et les étoiles, mais aussi dans les grottes des entrailles de la terre, qui d’ailleurs communiquent avec le ciel. Leurs constants mouvements de montée et de descente représentent ceux du souffle qi qui s'élève et du Tao qui descend sous la forme des textes sacrés.

Terres d’immortalité

A travers le caractère qui les désigne et leur description dans les textes, bien qu’ils puissent apparaitre où bon leur semble, les immortels sont plus particulièrement associés à des lieux spécifiques : les montagnes, en particulier le mythique mont Kunlun, mais aussi dans les étoiles, le fond des eaux, les grottes qui communiquent avec le ciel, et les îles des mers orientales, ces dernières particulièrement populaires à l’époque des Royaumes combattants et au début de l’empire. Qin Shi Huang y envoya des expéditions à la recherche d'herbes d'immortalité.

L’école de nos jours la plus importante, la branche Longmen de Quanzen, désigne dix continents et trois iles (十洲三島), ainsi que dix grottes célestes. Parmi les trois iles, Penglai (蓬萊) et Fangzhang (方丈) sont mentionnées depuis les origines. La troisième a échangé son nom premier de Yingzhou (瀛洲), attribué à l’un des dix continents, contre Kunlun (昆侖), qui désigna à l’origine un ensemble montagneux situé vers l’Ouest. Elle abriterait une source de vin qui prolonge la vie. Sur Fangzhang réside la divinité qui régit les dieux des eaux et les animaux aquatiques ainsi que les dragons et les serpents. Penglai, la plus importante, communique avec les neuf cieux supérieurs et le gouverneur du ciel y réside. Yu le Grand s’y serait rendu après ses exploits pour monter au ciel.

Devenir immortel

A l’origine, la poursuite de l’immortalité implique essentiellement un travail sur le corps comprenant un régime diététique particulier, une gymnastique et la consommation d’herbes ou d’élixirs, assorti à des exercices spirituels. Avec le développement du taoïsme institutionnel, l’importance d’ une conduite morale et des bonnes actions n’est pas négligée. Les techniques, très variées dans les détails et souvent spécifiques à une école ou à un maitre, peuvent se regrouper en quelques grandes catégories : diététique, alchimie externe par absorption d’élixirs ou pilules, alchimie interne par visualisation et gymnastique. Plusieurs techniques sont combinées. On considère qu’on peut accéder à l’état d’immortel en se débarassant au moment de la mort de son corps comme un serpent de sa dépouille, mais les plus doués se métamorphosent et s’envolent au ciel de leur vivant, parfois accompagnés de leur famille et de leurs animaux. Cette croyance est à l’origine du dicton : « Quand une personne obtient le Dao, [même] ses poules et ses chiens montent au ciel » (l'ensemble du groupe bénéficie de la promotion d’un de ses membres 一人得道雞犬上天).

Alimentation et alchimie externe

Selon un passage du Zhuang Zi, les immortels s’abstiennent des cinq graines (五穀) (riz, millet, blé, avoine et haricots), se nourrissant de vent et de rosée. Les graines dont se nourrissent les gens ordinaires sont censées contenir des vers qui pourrissent le corps de l’intérieur et, de surcroit, espionnent et dénoncent les péchés de l’individu qui les abrite aux divinités, diminuant encore ses chances de vivre longtemps.

La croyance à l’existence d’herbes de longue vie dans les terres d’immortalité est attestée dès les Royaumes combattants. Les fabrications alchimiques appelées (jindan 金丹) ou (jinyi 金液) cinabre d’or ou élixir d’or devinrent de plus en plus populaires à partir des Han orientaux et connurent leur apogée sous les Tang. A partir des Song, l’alchimie externe, probablement plus dangereuse que bénéfique, fut progressivement abandonnée au profit de l’alchimie interne.

Alchimie interne

Le travail du souffle (lianqi 煉氣) est apparu aussi tôt que l’alchimie. On en trouve des traces dans l’oeuvre de Qu Yuan, ou chez Zhuang Zi pour le daoyin (導引), sorte de gymnastique. Il comprend des exercices de respiration pour « rejeter le vieux et introduire le neuf », des visualisations, ainsi que des gymnastiques douces ou des arts martiaux qui ont répandu la pratique du qigong au-delà de la communauté taoïste. Un exemple de visualisation est celle où le pratiquant capture les essences du soleil et de la lune et voit ses yeux et son souffle devenir miroir, les noeuds des méridiens du souffle s’illuminer et éclairer ses organes.

Autres

Certains rites effectués par un maitre taoïste peuvent aider à avancer sur le chemin de l'immortalité. Les écoles qui ont pignon sur rue ne manquent pas de rappeler à leurs disciples que les techniques sont inefficaces sans une bonne conduite, particulièrement en Chine où les dieux sont en général des mortels divinisés pour leur vertu.

Hiérarchie des immortels

Anciens humains ordinaires ou formés par concrétion du qi, les immortels et dieux taoïstes ne constituent pas un panthéon fermé, mais un ensemble en constante expansion. Chaque école peut avoir une liste et une classification différente. Celle de l’école Shangqing (上清) composée par Tao Hongjing (陶弘景) Hiérarchie des esprits (真靈位業圖) est assez complète et bien connue.

Pour l’école Quanzhen moderne, le grade le plus élevé est celui d’immortel d’or (金仙) qui réside dans le ciel supérieur de Daluo (大羅) avec le Pur des origines, premier des Trois Purs, déités suprêmes.

Source : Wikipedia

Sur l'éducation des enfants de Plutarque

Source : Wikisource

Victor BÉTOLAUD, Oeuvres complètes de Plutarque - Oeuvres morales, t. I , Paris, Hachette, 1870

DE L'ÉDUCATION DES ENFANTS.

Ce que l'on peut dire sur l'éducation des enfants de condition libre, et ce qu'ils ont à faire pour devenir des hommes dont la moralité soit louable, voyons, essayons de l'exposer ici.

Mieux vaut, peut-être, commencer d'abord par ce qui regarde leur procréation même. A ceux qui désirent se voir pères de fils destinés à leur faire honneur je recommanderai donc, pour ma part, de ne pas cohabiter avec les premières femmes venues, je veux dire avec des courtisanes ou des concubines. Car si, du côté paternel ou maternel, des enfants ne sont pas nés dans d'irréprochables conditions, la honte de cette naissance fâcheuse reste ineffaçable durant toute la vie : elle offre une matière facile à qui veut les blâmer, les injurier ; et le poète était sensé, qui a dit : "La naissance des fils, quand le vice ou le crime Lui donne un fondement qui n'est pas légitime, Les condamne à subir d'inévitables maux." C'est donc un précieux trésor de loyauté qu'une naissance honnête; et rien ne mérite une attention plus sérieuse de la part de ceux qui désirent une lignée régulière. Il y chez les bâtards et chez les adultérins une bassesse naturelle de sentiments, qui les empêche de marcher avec assurance ; et très judicieuse est la réflexion du poète : "On se sent enchaîné si, même ayant du coeur, D'un père ou d'une mère on sait le déshonneur". Au contraire, ceux qui naissent de parents distingués entre tous sont indubitablement remplis de confiance en eux-mêmes et d'une noble présomption. Ainsi Diophante, fils de Thémistocle, répétait souvent, dit-on, et devant de nombreux témoins, que toutes ses volontés devenaient celles du peuple d'Athènes. «Car, disait-il, ce qui a été décidé par moi l'est également par ma mère ; ce qui l'est par ma mère l'est par Thémistocle, et ce que Thémistocle veut tous les Athéniens le veulent aussi.» Il faut, à cet égard, louer sans réserve la fierté de sentiments qui détermina les Lacédémoniens à frapper d'une amende pécuniaire leur roi Archidamus, parce qu'il 's'était résigné à prendre en mariage une femme de petite taille. «Ce ne sont pas des rois, alléguaient-ils, qu'il songe à nous donner : ce sont des roitelets.»

Je me trouve conduit à parler d'une recommandation que n'ont pas négligée non plus mes prédécesseurs. Quelle est-elle ? Les hommes qui se rapprochent de leur femme dans l'intention de procréer des enfants doivent s'être complétement abstenus de vin, ou n'en avoir bu, du moins, qu'avec modération lorsqu'ils procèdent à cet acte. En effet il arrive fréquemment que les fils engendrés par des pères pris de boisson deviennent plus tard portés au vin et à l'ivrognerie. C'est pourquoi Diogène, voyant un jeune homme qui était hors de lui-même et qui donnait des signes d'extravagance : «Jeune homme, lui dit-il, ton père t'engendra dans un moment d'ivresse Je m'en tiendrai là pour ce qui est de la procréation des enfants. C'est de leur éducation qu'il faut maintenant parler.

Une considération dominera tout le sujet. Ce que nous avons càutume de dire sur les arts et les sciences, il faut le dire également sur la vertu. La vertu parfaite exige le concours de trois éléments, la nature, la raison et l'habitude, ce que j appelle raison étant l'instruction, et ce que j'appelle habitude étant l'exercice. Les commencements, il faut les demander (à la nature ; les méthodes) à l'instruction ; l'habitude, à une pratique constante ; la perfection, aux trois éléments réunis. Selon que les unes ou les autres de ces conditions laisseront à désirer, il y aura, de toute nécessité, défaillance dans la vertu. Car la nature sans instruction est chose aveugle, l'instruction sans la nature, chose défectueuse, et enfin l'exercice sans la nature et sans l'instruction ne saurait aboutir à rien. De même qu'en agriculture il faut d'abord un bon sol, ensuite un cultivateur intelligent, puis des semences de bonne qualité, de même le sol ici, c'est la nature ; l'agriculteur, c'est celui qui instruit ; enfin les semences, ce sont les doctrines inculquées, les préceptes. Ces trois éléments, je le dis avec assurance, ont concouru et conspiré pour former les âmes des nobles mortels que célèbrent les louanges de l'univers entier, les âmes des Pythagore, des Socrate, des Platon, et de tous ceux qui ont acquis une gloire à jamais consacrée par le souvenir. Heureux donc et chéri du ciel, celui qu'un Dieu aura gratifié de tous ces avantages ! Mais n'allez pas croire que, pour être doué d'une nature moins heureuse, on ne puisse pas, à l'aide d'une instruction et d'un exercice habilement dirigés vers la vertu, réparer, dans la mesure de ses moyens, l'insuffisance naturelle : ce serait, sachez-le, une grave erreur, ou plutôt une erreur capitale. L'excellence de la nature se corrompt par la mollesse, et sa défectuosité se répare au moyen de l'étude. Les choses les plus faciles échappent à ceux qui y apportent de la négligence, et à force de soin on triomphe des plus difficiles. Voulez-vous connaître combien l'application et le travail ont de résultat et d'efficacité? Portez les yeux sur presque tout ce qui se passe autour de nous. Des gouttes d'eau creusent des pierres ; le fer et le bronze s'amincissent sous les doigts qui les manient ; les roues des chariots une fois cambrées avec effort ne sauraient, quoi qu'il arrive, reprendre la forme rectiligne que leur bois avait primitivement; les bâtons recourbés que portent les comédiens ne pourraient se redresser. Si bien, que ce qui est contre nature devient, grâce au travail, plus fort que la nature même. Et ces exemples sont-ils les seuls qui démontrent la puissance de l'exercice ? Non : car on en pourrait produire milliers sur milliers. Une terre est bonne par elle-même : qu'on ne s'en occupe point, elle devient stérile; et plus elle est féconde naturellement, plus, quand on la néglige, elle se détériore, faute de soin. Au contraire, qu'un sol raboteux et âpre au delà de toute proportion soit soumis à la culture, il aura donné bientôt une récolte excellente. Quels arbres ne deviennent, si l'on s'en occupe peu, tortus et inféconds ; et s'ils sont l'objet d'une direction intelligente, productifs et chargés de fruits ? Quelle est la force corporelle qui ne s'abâtardit et ne s'épuise par suite de la négligence, de la mollesse, de la mauvaise qualité du régime ? Quelle nature chétive n'acquiert pas une vigueur considérable à force d'exercices et de luttes constantes ? Quels chevaux habilement dressés dès la jeunesse, ne sont pas devenus dociles à ceux qui les montent? Quels d'entre eux, restés sans qu'on les domptât, n'ont pas opposé une dureté de bouche et une férocité extrêmes ? Citerai-je d'autres exemples aussi étonnants ? Parmi les bêtes sauvages les plus intraitables nous en voyons un grand nombre qu'on adoucit et qu'on apprivoise à force de soins. Ce Thessalien avait raison : quelqu'un lui demandait quels étaient les plus placides d'entre les Thessaliens ; il répondit : «Ceux qui cessent d'aller à la guerre". Pourquoi insisterais-je plus longuement ? Le caractère n'est rien autre chose qu'une habitude prolongée ; et les vertus appelées vertus morales pourraient, sans la moindre impropriété de terme, être dites vertus d'habitude. Un seul exemple encore sur ces matières , et je m'abstiendrai de tout développement ultérieur. Lycurgue, le législateur de Lacédémone, prit deux petits chiens nés du même père et de la même mère, et il ne les éleva pas du tout semblablement l'un et l'autre. Il rendit l'un gourmand et voleur, il habitua l'autre à suivre la piste et à chasser. Puis, un jour que les Lacédémoniens étaient réunis dans une même enceinte : "Lacédémoniens, dit-il, pour engendrer la vertu rien ne déploie une influence plus considérable que les habitudes, les exercices, les enseignements, la direction imprimée â la vie ; et c'est une vérité que je vais à l'instant vous démontrer de la façon la plus évidente.» Sur ce, ayant fait amener ses deux chiens, il les lâcha après avoir mis à leur portée et devant eux une assiette de viande et un lièvre. L'un s'élança à la poursuite du lièvre, l'autre se jeta sur l'assiette. Les Lacédémoniens ne savaient pas deviner encore sa pensée, ni dans quelle intention il leur avait montré les deux chiens. "Ils sont nés, continua Lycurgue, du même père et de la même mère; mais comme ils ont reçu une éducation différente, l'un est devenu gourmand, et l'autre, chasseur.» Relativement aux habitudes et au genre de vie, nous en avons dit assez.

Vient maintenant la question de la nourriture. Il faut, selon moi, que les mères elles-mêmes nourrissent leurs enfants et leur présentent le sein ; car elles allaiteront avec plus d'amour, avec plus de sollicitude, puisque leur tendresse pour leurs enfants part du coeur et, comme on dit, du fond même de leurs entrailles. Les nourrices et les gouvernantes n'ont qu'une tendresse de convention, une tendresse factice, attendu qu'elle est toute mercenaire. La nature démontre elle-même que les mères doivent allaiter et nourrir les petites créatures qu'elles ont mises au monde. C'est dans ce but qu'à tout animal qui a enfanté elle a fourni le lait dont doit être alimentée la progéniture. C'est encore par une sage prévoyance qu'elle a donné des mamelles doubles aux femmes, afin que si elles ont deux jumeaux elles aient deux sources de nourriture. Indépendamment de ces raisons, les mères deviendront plus affectueuses et plus tendres pour leurs enfants. Et véritablement cela se conçoit, puisque cette communauté de nutrition redouble en quelque sorte l'attachement ; et même, les animaux à qui l'on enlève les petits qu'ils nourrissaient en manifestent des regrets visibles. Il est donc essentiel, comme je l'ai dit, que les mères essayent de nourrir elles-mêmes leurs enfants. Mais si pourtant elles en étaient incapables, soit par faiblesse de complexion, car des circonstances de ce genre peuvent se présenter, soit par leur empressement à en procréer de nouveaux, du moins ne faut-il pas prendre les premières nourrices et les premières gouvernantes venues : autant que possible ce sera sur d'excellentes que le choix se portera. Qu'elles soient, avant tout, élevées comme les femmes grecques. En effet, de même qu'il est nécessaire de façonner chez les enfants les membres du corps dès leur naissance pour qu'ils se produisent bien droits et exempts de la moindre difformité, de même il convient tout d'abord de régler leurs moeurs. C'est chose aisée à façonner, c'est chose molle, que le jeune âge. Quand ces âmes sont encore tendres, les principes s'y impriment ; mais tout ce qui est dur ne s'assouplit que difficilement. Comme les cachets marquent leur empreinte dans la cire tendre, ainsi l'instruction se grave dans l'intelligence des enfants encore tout petits; et je trouve bien judicieuse la recommandation faite aux nourrices par le divin Platon, de ne pas conter aux enfants les premières fables venues, afin qu'elles n'aillent pas tout d'abord leur remplir l'esprit de sottises et de perversité. Très sage également parait être le conseil du poète Phocylide, quand il dit : "Instruisez tout petits les enfants à bien faire."

Encore à ce point de vue, il y a un soin qui ne doit pas être négligé : c'est de s'attacher à ce que les petits esclaves qui auront à servir les jeunes nourrissons et qui seront élevés avec eux aient de bonnes moeurs avant tout, ensuite qu'ils soient Grecs, et qu'ils s'expriment très distinctement. Au contact d'enfants de pays étranger et ayant de mauvaises habitudes, les nôtres prendraient quelque chose de ces vices; et le proverbe n'est pas sans justesse, qui dit : «A vivre avec un boiteux on apprend à boiter".

Quand les enfants auront atteint l'âge où on les place entre les mains des pédagogues, ce sera alors qu'il faudra apporter une grande sollicitude à l'installation de ces directeurs, pour n'aller pas, sans le savoir, livrer les jeunes élèves à des esclaves, ou bien à des hommes de pays barbares, ou, encore, à des étrangers qui tournent à tout vent. Car ce qui arrive en général est le comble du ridicule, A-t-on des serviteurs de mérite ; on fait les uns laboureurs de ses terres, les autres, patrons de ses navires; ceux-ci, intendants, ceux-là négociants et banquiers pour son compte; mais se trouve-t-on avoir un esclave qui se laisse prendre de vin, qui soit gourmand, incapable de toute occupation sérieuse ; c'est à lui que l'on va livrer ses enfants. Or un bon précepteur doit avoir une nature qui rappelle celle de Phénix, le gouverneur d'Achille. Une recommandation, la plus grande et la plus essentielle de toutes, est celle que je vais maintenant énoncer. Il faut pour les enfants rechercher des instituteurs dont la vie ne donne pas sujet à la moindre attaque, dans les moeurs de qui il n'y ait rien à reprendre, et qui aient un grand fonds de sagesse, dû à leur expérience. La source, la racine de toute probité, de toute vertu, c'est une éducation convenable; et de même que les cultivateurs mettent des palissades au pied des plantes, de même les bons maîtres entourent leurs jeunes élèves de l'appui de principes solides et d'utiles conseils, qui permettent chez eux le développement d'une saine moralité. Au contraire, comment ne pas conspuer certains pères qui, avant d'avoir fait l'essai des maîtres futurs de leurs enfants, remettent ceux-ci, soit par négligence, soit par ignorance, aux mains d'hommes sans honneur et décriés ! Et encore, une semblable conduite n'est pas tout à fait ridicule quand il n'y a de leur part qu'ignorance; mais dirai-je ce qui atteint les dernières limites de l'absurde? Le voici : c'est que souvent ils savent, des gens plus éclairés qu'eux le leur ayant révélé, quelle est l'insuffisance de certains maîtres sous le rapport de l'instruction ou de la moralité, et ils n'en confient pas moins leurs fils à de telles mains, parce que quelques-uns de ces pères cèdent aux flatteries de gens qui cherchent à leur plaire, parce que les autres veulent être agréables à des amis dont les sollicitations les pressent. Or n'agissent-ils pas comme le ferait un homme qui étant malade laisserait de côté celui dont la science pourrait le guérir et préférerait, par complaisance pour un ami, l'ignorant qui le tuera; ou comme celui qui, refusant les services du pilote le plus habile, fixerait, parce qu'un ami lui en aurait fait la prière, son choix sur le plus inexpérimenté? Grands dieux! peut-on porter le nom de père, et tenir plus à être agréable à qui vous sollicite qu'à bien élever ses enfants ! Et, après cela, n'avait-il pas bien raison le célèbre Socrate de l'antiquité, quand il disait, que si la chose était possible il grimperait sur le point le plus élevé de la ville, et crierait à tue-tête : "O hommes, quel est votre égarement ! Pour acquérir des richesses vous déployez toute votre activité; mais vos enfants, à qui après vous elles resteront, vous ne prenez d'eux que médiocre souci». A quoi j'ajouterais, moi, que de tels pères agissent comme celui qui se préoccuperait de sa chaussure et négligerait ses pieds. Mais un grand nombre d'entre eux poussent si loin l'amour de l'or, et tout à la fois la haine contre leurs enfants, que, pour ne pas payer trop cher, ils prennent comme instituteurs de leurs fils des hommes qui n'ont aucun mérite, courant après l'ignorance à bon marché. Aussi, n'est-ce pas un propos brutal, mais une raillerie fort spirituelle qu'adressait Aristippe à un père dénué de bon sens et de raison. Celui-ci voulait savoir quelle somme il lui demanderait pour l'instruction de son fils. «Mille drachmes, dit Aristippe. — Par Hercule ! reprit l'autre, la demande est exagérée, car pour mille drachmes je puis acheter un esclave. —Eh bien! dit Aristide, tu auras deux esclaves : ton fils, et celui que tu auras acheté." En résumé, n'est-ce pas être inconséquent! On habitue les petits enfants à prendre les aliments avec la main droite : si c'est la main gauche qu'ils avancent on les réprimande ; et l'on ne se préoccupe en aucune façon de leur faire entendre des propos de bon aloi, des propos «de la bonne main". Qu'arrive-t-il donc à ces pères étonnants qui ont mal élevé, mal instruit leurs fils? Je vais le dire. Lorsque ceux-ci ayant été inscrits parmi les hommes faits ont méprisé une vie saine et réglée pour donner à corps perdu dans les plaisirs désordonnés, qui ne conviennent qu'à des esclaves, les pères se repentent alors d'avoir trahi les devoirs que leur imposait l'éducation de leurs enfants, et ils se désolent de tous ces méfaits. Regrets inutiles! Ils voient les uns s'entourer de flatteurs et de parasites, hommes décriés et abominables, ruine et fléau de la jeunesse ; les autres, acheter les faveurs des courtisanes et des prostituées, créatures insolentes et qui coûtent gros; d'autres, ne songer qu'à la table; d'autres, se jeter dans le jeu et dans les orgies. Il en est même qui vont à des excès plus scandaleux encore : à l'adultère et aux turpitudes des bacchanales; ils payeraient de leur existence une seule volupté. Qu'ils eussent suivi les leçons d'un philosophe, ces mêmes jeunes gens ne se seraient pas laissé séduire par de semblables désordres; ils auraient, du moins, connu le précepte formulé en termes assez grossiers, mais vrai dans la vie pratique : «Pénètre parfois dans les lieux de prostitution, pour apprendre que les plaisirs à bon marché et les plaisirs qui coûtent cher ne diffèrent en rien les uns des autres».

Je veux me résumer; et mes paroles devront être prises moins encore comme un précepte que comme un oracle. J'affirme, que pour le début, pour le milieu et pour la fin, le point capital en pareille matière c'est une direction sage, une éducation libérale; que c'est là ce qui prépare, ce qui assure et la vertu et le bonheur. Tous les autres biens ont le caractère des choses humaines : ils sont chétifs et ne valent pas la peine d'être recherchés. La noblesse de la naissance est une belle chose sans doute, mais c'est un bien que l'on a reçu de ses aïeux. Les richesses ont leur prix, mais elles sont au pouvoir du hasard, et souvent il les enlève à qui les possède pour les aller porter à qui ne les espérait pas; elles sont un but offert à ceux qui veulent faire métier de viser aux coffres-forts, gens détestables, faux amis de la maison ; enfin, ce qu'il y a de pis, elles sont aussi le partage des plus pervers. La gloire est chose respectable, mais peu solide. La beauté est digne d'envie, mais éphémère. La santé est un trésor, mais un trésor bien facile à perdre. La vigueur corporelle est désirable, mais elle cède bien vite à la maladie, à la vieillesse. Du reste compter sur la force du corps, c'est s'entretenir, qu'on le sache bien, dans une erreur complète. Qu'est-ce, en effet, que la force de l'homme, si par exemple on la compare à celle des autres animaux, je veux dire des éléphants, des taureaux, des lions ? L'instruction est, parmi les biens qui sont en nous, le seul impérissable et divin; et les deux principaux apanages de la nature humaine sont l'intelligence et le raisonnement. L'intelligence commande au raisonnement, le raisonnement obéit à l'intelligence. L'un et l'autre ne donnent point prise à la fortune; la calomnie est impuissante à les faire disparaître; la maladie, à les abattre ; la vieillesse, à les épuiser. Par un privilége exclusif l'intelligence rajeunit en vieillissant; et le temps, qui enlève tout le reste, ajoute au savoir jusque dans les dernières années de la vie. La guerre, comme un torrent, balaye tout, entraîne tout : il n'y a que l'instruction qu'elle ne puisse ravir. Aussi trouvé-je bien digne qu'on mentionne une réponse faite par le philosophe Stilpon, de Mégare. Démétrius ayant réduit cette ville en servitude l'avait rasée, et il demandait à Stilpon s'il n'avait rien perdu. Rien assurément, répondit ce dernier, car la guerre ne fait pas figurer la vertu dans son butin». Voici une autre réponse, dont le sens et l'esprit ont la même portée ; elle est de Socrate. Quelqu'un, c'était, je crois, Gorgias, lui demandait quelle opinion il avait du Grand Roi et s'il le tenait pour heureux : «Je ne sais pas, répondit-il, jusqu'à quel degré il est vertueux et instruit». C'était dire, que le bonheur réside dans l'instruction et la vertu, et non dans les biens que donne le hasard.

De même que je recommande de ne prendre rien plus à cœur que l'éducation des enfants, de même aussi je déclare qu'il faut s'attacher à leur en donner une qui soit pure et saine, et les écarter le plus loin possible des billevesées d'apparat. Vouloir plaire à la multitude, c'est déplaire aux gens éclairés; et j'ai pour appuyer mon dire ces vers d'Euripide : "A parler en public je perds tout avantage. C'est entre peu d'amis, entre gens de mon âge, Que j'ai quelque mérite ; et d'autres, au rebours, Peu goûtés des savants, réussissent toujours Près de la multitude ...." Je vois, pour ma part, que ceux qui ont la prétention d'être des orateurs agréés et aimés des foules deviennent le plus souvent des hommes d'habitudes vicieuses et des débauchés. Et véritablement cela se conçoit. Car si pour en amuser d'autres ils négligent ce qui est honnête, bien moins encore sacrifieront-ils leur sensualité et leur mollesse à la droite et saine raison, bien moins encore poursuivront-ils les voies de la sagesse au lieu de rechercher le plaisir. A cet égard, quel enseignement utile donnerons-nous aux enfants ? A quelle méthode salutaire leur recommanderons-nous de s'attacher? Il est important de ne jamais parler, de ne jamais agir à l'aventure. Comme dit le proverbe : «Difficile est le beau» . Mais le discours des gens qui parlent sans préparation est essentiellement léger et de mauvais aloi; ils ne savent ni par où il faut commencer ni par où il faut finir. Sans que j'énumère leurs autres défauts, les parleurs qui improvisent tombent dans une intempérance extrême de langage et dans des redites continuelles. C'est grâce à la réflexion que l'on ne permet pas au discours de s'étendre au delà de justes limites. Une tradition nous apprend que souvent Périclès, quand le peuple l'appelait à la tribune, se montrait rebelle à cette invitation et disait qu'il n'était pas préparé. Pareillement Démosthène, qui se piquait de l'imiter dans sa conduite politique, résistait aux Athéniens quand ils lui demandaient son avis : «Je ne suis point préparé», disait-il également. Du reste, c'est là peut-être une tradition sans autorité et fabriquée à plaisir. Mais ce qu'il y a de certain, c'est que le même orateur dans sa harangue contre Midias, établit d'une manière évidente l'utilité de la préparation. Voici ses paroles : «Je déclare, ô Athéniens, que j'ai médité ; et je ne ferai pas difficulté d'avouer que ma harangue a été préparée par moi avec tout le soin que je pouvais y apporter. Je serais un misérable si, dans la série d'assauts que je soutiens et que j'ai soutenus, je négligeais l'étude de ce que j'ai à dire en pareille circonstance". Prétendrai-je, pour cela, déprécier complétement la facilité d'improvisation, ou bien voudrai-je que l'on ne pratique pas cet exercice sur des matières d'une véritable valeur ? Non, certes. Mais je tiens qu'il faut en user comme on ferait d'un médicament; et je suis d'avis que l'on s'interdise tout discours improvisé avant d'avoir atteint l'âge viril. Quand une fois on aura bien affermi son talent, alors, selon la nécessité des conjonctures, il conviendra de se donner une liberté plus grande dans l'usage de la parole. En effet, comme les gens qui ont eu les pieds longtemps chargés de fers et qu'on en débarrasse ensuite, ne peuvent marcher à cause de leur longue habitude d'être enchaînés et n'avancent qu'en chancelant, ainsi ceux qui pendant longtemps ont resserré leurs discours, n'en conservent pas moins, s'il leur faut parler une fois d'abondance, le même caractère d'élocution. Mais permettre que dès l'enfance on s'habitue à improviser, c'est ouvrir la barrière au bavardage le plus vain. On rapporte qu'un méchant peintre ayant montré un tableau à Apelle, se mit à dire : «Je l'ai peint tout à l'heure". A quoi Apelle fit cette réponse : «Quand tu ne me l'aurais pas dit, je vois assez qu'il a été barbouillé à la hâte; et je m'étonne que tu n'en aies pas fait un plus grand nombre de semblables". De même, donc, que je recommanderai, car j'en reviens à mon sujet, d'éviter une diction théâtrale et maladroitement tragique, de même je proscris la trivialité, la bassesse du débit, et j'avertis qu'on ait à s'en garder soigneusement. Car si l'une, dans son emphase, s'approprie mal aux affaires publiques, l'autre, dans son humilité, ne porte jamais coup; et comme le corps doit être non seulement bien portant, mais encore de bonne constitution, de même il faut que non seulement le discours soit exempt de défauts, mais aussi qu'il soit fort et robuste. Ce qui présente des conditions de sûreté, on se contente de le louer; mais ce qui est d'une exécution périlleuse force, en outre, l'admiration. C'est justement ce que je pense des dispositions de l'âme. Je demande que l'âme ne soit ni téméraire, ce qui tient de l'imprudence, ni lâche et tremblante, ce qui tient de la servilité : le talent, la perfection, c'est de suivre en tout un juste milieu. Je veux, pendant que je traite encore de l'instruction, épuiser ce que je pense sur cet exercice de la parole. N'avoir à sa disposition qu'un genre uniforme de style, me semble d'abord l'indice non douteux d'un esprit insuffisamment cultivé; ensuite, j'estime que la pratique d'études trop spéciales est fastidieuse et de tout point peu durable. Car en toute chose l'uniformité affadit et répugne, tandis que la variété intéresse; et cet effet se produit dans tout le reste, lorsque, par exemple, il s'agit de l'ouïe ou de la vue.

Il faut donc qu'un enfant de condition libre ne reste étranger, ni par les oreilles, ni par les yeux, à aucune des autres connaissances dont le cercle forme une instruction complète. ll doit les apprendre en courant, comme pour y goûter, car il est impossible d'être complet en tout; mais c'est de la philosophie qu'il devra faire profession. Je puis au moyen d'une image exposer nettement ma pensée. Ainsi, il est intéressant d'avoir abordé dans beaucoup de villes, mais il est avantageux de fixer son séjour dans celle dont le régime est le meilleur. Le philosophe Bion disait aussi avec finesse, que, comme les prétendants de Pénélope ne pouvant obtenir ses faveurs s'en consolaient dans les bras de ses suivantes, de même ceux qui sont incapables d'atteindre à la philosophie se déssèchent sur les autres études qui n'ont pas de valeur. Il faut donc faire, en quelque sorte, de la philosophie l'objet capital entre les autres branches de l'instruction. En effet, pour le soin du corps, les hommes ont créé deux sciences, la médecine et la gymnastique, dont l'une nous maintient en bonne santé, l'autre nous assure une bonne constitution; mais contre les infirmités et les maladies de l'âme il n'y a qu'un remède : c'est la philosophie. Par elle et avec elle il est donné de connaître ce qui est beau, ce qui est honteux, ce qui est juste, ce qui est injuste, ce qu'il faut généralement préférer, ce que l'on doit fuir, comment on doit se conduire à l'égard des dieux, de ses parents, des vieillards, des lois, des étrangers, de ses supérieurs, de ses amis, de sa femme, de ses enfants, de ses domestiques. Elle prescrit d'adorer les dieux, d'honorer ses parents, de respecter les vieillards, de se soumettre aux lois, d'obéir aux magistrats, de chérir ses amis, d'être sage et réservé avec sa femme, tendre avec ses enfants, exempt d'insolence avec ses esclaves, et, ce qui est le plus important, de ne se laisser ni enivrer par la prospérité, ni abattre par le malheur, de n'être ni dissolu dans ses plaisirs, ni emporté dans la colère jusqu'à devenir une bête furieuse. Voilà, de tous les priviléges que constitue la philosophie, ceux que je regarde comme les plus précieux, En effet, jouir noblement de la bonne fortune est naturel à une âme bien née, mais en jouir sans exciter l'envie c'est le propre d'un homme qui sait se modérer. Pouvoir par la raison triompher des plaisirs appartient aux sages, mais dominer sa colère n'est pas donné au premier venu. Je regarde comme accomplis les hommes qui sont capables d'allier les talents politiques à la philosophie et de les réunir en eux; et j'estime qu'ils ont atteint à la possession de deux avantages très grands : leur existence est à la fois utile à leur patrie, grâce à leurs talents administratifs, et pleine de calme et de sérénité, grâce à leur pratique de la philosophie. Il y a, en effet, trois espèces de vies : la vie d'action, la vie contemplative, et la vie de jouissances. Celui qui se livre aux plaisirs au point d'en être l'esclave, montre une âme abjecte et bestiale. L'homme absorbé dans la pratique des affaires sans posséder la philosophie, manque de culture et commet beaucoup de fautes. Le contemplateur, qui n'entend rien à la politique, n'est d'aucune utilité. Il faut donc vaquer, autant que possible, au soin des affaires de l'État et tout ensemble pratiquer la philosophie selon la mesure que permettent les circonstances. Ainsi entendaient la vie publique Périclès, Archytas de Tarente, Dion de Syracuse, Epaminondas de Thèbes; et ces deux derniers étaient des familiers de Platon. Touchant l'instruction, je n'ai rien, que je sache, à ajouter de plus. Mais, outre ce que j'ai dit, il sera utile ou plutôt indispensable de ne pas apporter, non plus, de l'indifférence à l'acquisition d'écrits anciens. Il faut même en faire des recueils, comme en agriculture on s'approvisionne d'outils; car, de la même manière, les outils de la science ce sont les livres; et l'on a occasion de reconnaître que l'instruction en découle comme d'une source.

Il est utile aussi de ne pas négliger les luttes du corps. Qu'on envoie les enfants chez le gymnaste ; qu'ils s'y fatiguent aux exercices, autant qu'il le faut pour acquérir à la fois la grâce des mouvements et la vigueur. Les assises d'une belle vieillesse, c'est la bonne constitution physique préparée dès l'enfance. De même que quand le temps est calme il faut tout disposer en prévision de la tempête, de même l'on doit, par la régularité et la tempérance du jeune âge, se réserver des ressources pour la vieillesse. Toutefois il faut ménager la fatigue physique des enfants, de manière à ne pas les épuiser et à ne pas les rendre incapables de s'occuper de leur instruction. Car, suivant Platon, «sommeils et fatigues sont les ennemis des sciences». Mais pourquoi ces digressions ? Hâtons-nous d'exposer ce qui résume le plus succinctement tout ce que j'ai dit. Il faut exercer les enfants aux combats militaires, les briser au maniement du javelot, de la flèche, à la chasse des bêtes sauvages : car dans les combats les biens des vaincus sont des prix offerts aux vainqueurs. La guerre ne s'accommode pas de la constitution de corps qui aient végété à l'ombre ; au contraire, un seul soldat fluet et maigre, habitué aux luttes stratégiques, culbute des phalanges d'athlètes étrangers à la guerre. Mais quoi ! dira ici quelqu'un : vous avez promis de donner des conseils touchant l'éducation des enfants de condition libre, et voilà que, négligeant d'une façon visible celle des enfants du peuple et de la classe pauvre, vous persistez à n'adresser vos préceptes qu'aux fils des riches. A cette objection la réponse n'est pas difficile. Je voudrais de grand coeur que mes instructions fussent utiles à tous, sans excepter qui que ce soit; mais si quelques-uns, par insuffisance personnelle de ressources, sont incapables de profiter des préceptes que je donne, c'est la fortune qu'ils doivent accuser et non pas celui qui offre des conseils. En tout cas donner à ses enfants, dans la mesure du possible, la direction la meilleure, est un devoir pour les pères, même pour ceux qui sont pauvres; sinon, ils leur doivent au moins celle qui se trouve à leur portée. Maintenant que du surcroît de cette réflexion j'ai chargé cet endroit de mon discours, je reprends, sans plus m'interrompre, la série des choses qui me restent à dire sur la bonne éducation des jeunes gens.

C'est ainsi que j'ai une autre recommandation à faire. Il faut amener les enfants à la pratique du bien par des exhortations, des paroles, et non pas, grands dieux ! par des coups et des mauvais traitements : (je passe sous silence l'indignité d'un pareil système, applicable plutôt à des es- claves qu'à des jeunes gens de condition libre). A ce régime l'enfant devient comme hébété, et il prend le travail en horreur, tant à cause de la souffrance des coups qu'à la suite des humiliations. La louange et le blâme sont plus efficaces que tous sévices sur des enfants de condition libre. La louange les encourage au bien, le blâme les détourne de ce qui est honteux. Il faut, par l'emploi successif et varié des réprimandes et des éloges, tantôt leur faire honte en les reprenant s'ils se laissent aller à la présomption, tantôt les relever par des encouragements. Ainsi le pratiquent les nourrices, qui, après avoir fait pleurer les petits enfants, leur présentent ensuite le sein pour les consoler. Il ne faut pas, non plus, les enorgueillir et les gonfler par des éloges ; car l'excès des louanges les rend insolents et les énerve.

Autre chose : j'ai vu certains pères qui, à force d'aimer leurs enfants, en étaient venus à ne les aimer point. Que veux-je dire en parlant ainsi ? Un exemple rendra plus claire ma pensée. Dans leur ardent désir de voir promptement leurs fils être les premiers en tout, ils leur imposent un travail qui n'a pas de proportion, sous lequel ils succombent découragés ; et d'ailleurs, accablés par l'excès de la fatigue, ils ne reçoivent plus l'instruction avec docilité. Eh bien, comme les végétaux se développent si on les arrose modérément, mais que trop d'eau les étouffe, de même l'esprit s'accroît par des études mesurées, mais il est comme noyé sous des travaux excessifs. Il faut donc qu'on laisse les enfants reprendre haleine, loin de les occuper sans relâche. Que l'on y réfléchisse : toute l'existence est une alternative de repos et de travail ; et c'est dans ce but que non seulement l'état de veille, mais encore le sommeil a été institué par le Créateur. Il n'y a pas uniquement guerre : il y a paix aussi; non uniquement tempête, mais aussi calme; non uniquement labeur actif, mais aussi jours fériés. Pour le dire en un mot, le repos est l'assaisonnement du travail. Et ce n'est pas chez les seuls êtres vivants que l'on voit cet effet se produire, c'est aussi dans les objets inanimés; car nous relâchons les cordes des arcs et des lyres, afin de pouvoir les tendre de nouveau. D'une manière générale, la santé du corps s'entretient par une alternative de besoin et de satiété, celle de l'âme, par le relâche combiné avec le travail. Il y a lieu de blâmer certains pères qui, après avoir confié leurs enfants à des précepteurs et à des maîtres, ne s'occupent absolument plus de voir ou d'entendre par eux-mêmes comment on les instruit. C'est un tort sans excuse. Il faut qu'à peu de jours d'intervalle les uns des autres ils s'assurent des progrès de leurs enfants, et qu'ils ne s'en reposent pas, pour ce qui concerne de si chères espérances, sur les dispositions d'instituteurs mercenaires. Et d'ailleurs, ceux-ci ne donneront que plus de soins à leurs élèves, quand ils auront à chaque instant des comptes à rendre. C'est ici le lieu d'appliquer le bon mot de l'écuyer : «rien n'engraisse aussi bien le cheval que l'oeil du Roi». Ce qu'il faut surtout exercer et fortifier par l'habitude chez les enfants, c'est la mémoire. Elle est comme le trésor de la science. Aussi la fable dit-elle que la mère des Muses est Mnémosyne : donnant à comprendre par cet emblême, que rien n'est plus capable que la mémoire de féconder et nourrir l'esprit. Cette faculté doit donc être exercée dans deux cas différents, et lorsque les enfants ont naturellement de la facilité à retenir, et lorsque au contraire ils oublient vite. Nous ajouterons ainsi au bienfait de la nature, et nous suppléerons à son insuffisance ; ceux qui sont bien doués surpasseront leurs camarades, les autres se surpasseront eux-mêmes : car c'est une belle parole que celle d'Hésiode: "Que peu s'ajoute à peu, mais s'ajoute sans cesse, Sous nos mains à la longue un vaste amas se dresse". Ainsi donc les pères n'oublieront pas non plus cette vérité, que les soins donnés à la mémoire durant les études contribuent non seulement à l'intruction, mais encore, pour une part qui n'est pas minime, au succès des affaires dans le monde : car le souvenir des choses passées devient un exemple, lorsqu'il s'agit de prendre des décisions sages en vue de l'avenir.

Il faut aussi détourner les enfants des conversations déshonnêtes. "Le langage est l'ombre des actions", disait Démocrite. On s'attachera également à ce qu'ils soient prévenants et affectueux dans leurs paroles. Car autant les caractères manquant d'affabilité méritent d'exciter la répulsion, autant les enfants seront sûrs de ne pas se faire détester de ceux avec qui ils vivent s'ils se gardent d'être intraitables dans les discussions. Ce n'est pas seulement le triomphe qui est beau: il est également honorable de savoir succomber là où le triomphe pourrait avoir des conséquences fâcheuses et deviendrait véritablement une autre victoire à la Cadmus. Je puis produire pour garant de ce que j'avance une citation du sage Euripide : "Entre interlocuteurs dont l'un est en colère Quel est le plus sensé ? Celui qui se modère". Restent d'autres considérations aussi importantes qu'aucune de celles que j'ai exposées, et qui, même, réclament davantage l'attention des jeunes gens : je dois les développer. Il faut qu'ils s'exercent à vivre sans mollesse ; qu'ils retiennent leur langue; qu'ils maîtrisent leur colère; qu'ils gardent leurs mains nettes. Combien chacun de ces préceptes a d'importance, c'est ce qui vaut la peine d'être examiné; et des exemples le feront reconnaître plus clairement. Ainsi, pour commencer par la dernière des recommandations que je viens d'énumérer, quelques personnages ayant porté la main sur des proies illégitimes ont perdu la gloire de leur vie antérieure. Témoin Gylippe le Lacédémonien, qui ouvrit les sacs où était contenu l'argent du trésor public. et qui, condamné au bannissement, fut chassé de Sparte. Résister à la tentation de se mettre en colère est le propre du sage. Voyez Socrate. Un jeune insolent, d'une perversité inconcevable, lui avait donné des coups de pied; il vit que ceux qui l'entouraient étaient indignés et trépignaient au point de vouloir poursuivre l'agresseur. «Seriez-vous donc d'avis, dit-il, au cas où un âne m'aurait lancé des ruades, que je lui en rendisse à mon tour?" Du reste, l'autre n'en fut pas complétement quitte à si bon marché. Tout le monde l'accablant de reproches et l'appelant «l'homme aux ruades», il se pendit. Aristophane, quand il représenta ses Nuées, fit pleuvoir sur le même Socrate toutes les injures imaginables. Pendant que le sage était ainsi joué sur la scène, un des assistants lui dit : «Tu ne t'indignes pas, ô Socrate? — Non pas, en vérité, répondit-il : le théâtre me semble un grand festin où je suis le point de mire des railleurs». On reconnaîtra une similitude et une concordance parfaite avec ces principes dans ce que firent Archytas de Tarente et Platon. Le premier, revenu d'une expédition militaire qu'il avait commandée, trouva son champ tout en friche. Il appela celui à qui le soin en avait été confié. «Je t'aurais fait pousser de beaux cris, lui dit-il, si je n'étais tellement fort en colère». Pour Platon, étant furieux contre un esclave gourmand et incorrigible, il appela Speusippe, le fils de sa soeur. «Sors avec ce misérable, lui dit-il, et administre-lui une correction : car moi, je suis trop irrité». Une pareille modération est bien difficile, pourra-t-on dire, et il n'est pas aisé de suivre de tels exemples. Je le sais comme un autre. Ce n'est donc que dans la mesure de ses moyens qu'il faut essayer de les mettre à profit, afin de réprimer en soi les excès d'une colère outrée qui peut aller jusqu'à la folie. Pour le reste non plus, nous ne pouvons rivaliser avec de tels modèles, soit en expérience, soit en vertus; mais nous n'en devons pas moins nous constituer, en quelque sorte, les prêtres et les desservants de ces illustres personnages comme s'ils étaient des êtres divins; nous devons entreprendre de les imiter en ce qui nous est possible et recueillir leurs exemples". Il faut maîtriser sa langue : c'est, d'entre les prescriptions énumérées par moi, celle qui me reste à développer. Regarder ce précepte comme une puérilité sans importance, ce serait commettre une erreur des plus graves. Le silence observé à propos est un acte de sagesse qui vaut mieux que toutes les paroles du monde; et, selon moi, les anciens en fondant des initiations mystiques ont voulu que la réserve et la crainte apportée aux cérémonies religieuses nous habituât à la discrétion que réclament les affaires humaines. Jamais on ne s'est repenti d'être resté muet; et combien de gens, au contraire, ont eu à gémir de leur loquacité ! Révéler ce qui avait été mis sous le sceau du silence est chose facile, mais reprendre ce qu'on a dit est impossible. Je sais pour ma part, les ayant entendu citer, des milliers de catastrophes produites par l'intempérance de la langue. Pour laisser de côté toutes les autres, je ne mentionnerai qu'une ou deux d'entre elles, à titre d'exemples. Ptolémée Philadelphe ayant épousé sa soeur Arsinoé, Sotadès s'avisa de dire : "Vers un trou non permis ton aiguillon se porte". Durant plusieurs années il pourrit dans une prison, subissant pour son bavardage intempestif un châtiment qu'on ne saurait désapprouver ; et après en avoir fait rire d'autres, il pleura lui-même bien longtemps. L'indiscrétion et le sort du sophiste Théocrite peuvent le disputer à cet exemple et marcher de front avec lui; son supplice fut même beaucoup plus terrible. Alexandre avait ordonné aux Grecs de préparer des habits de pourpre, afin que quand il serait de retour ils assistassent à des sacrifices offerts en l'honneur de victoires par lui remportées sur les Barbares. Les peuples fournirent, par une contribution personnelle, l'argent nécessaire à cette dépense. Théocrite dit alors : «Auparavant j'hésitais sur le sens de certain mot d'Homère; mais aujourd'hui je comprends à merveille ce que veut dire la mort de pourpre». Par ces paroles il se fit un ennemi d'Alexandre. Le même Théocrite s'étant moqué de la difformité d'Antigone, roi de Macédoine, à qui il manquait un oeil, excita chez ce prince une colère démesurée. Antigone lui avait envoyé son premier maître d'hôtel, Entropion, qui se trouvait occuper une charge à la cour; et celui-ci devait inviter Théocrite à venir près du roi pour lui rendre des comptes en recevant les siens. Eutropion s'acquitta du message et alla plusieurs fois le trouver. "Je sais bien, Théocrite, que tu veux me servir tout crû au Cyclope.» C'était insulter l'un parce qu'il était borgne, l'autre parce qu'on voyait en lui un cuisinier. «Eh bien, lui répondit Eutropion, tu ne garderas pas ta tête : tu payeras la peine de cette légèreté de langue et de cette folie ». Il rapporta donc le propos au roi, et celui-ci envoya mettre à mort Théocrite. Mais par-dessus toutes ces recommandations, une des plus sacrées c'est d'habituer les enfants à dire ce qui est vrai, car le mensonge a quelque chose de servile. Il mérite d'être détesté par tous les hommes, et n'est pas même pardonnable chez des esclaves qui gardent quelque mesure.

Tout ce que j'ai exposé jusqu'ici dans l'intérêt de la convenance et de la sagesse indispensables aux enfants, je l'ai développé sans avoir un instant éprouvé le moindre trouble et la moindre hésitation. Pour ce qui me reste à dire je me sens frappé d'incertitude, et je flotte irrésolu. Je laisse pencher la balance tantôt d'un côté, tantôt de l'autre, sans pouvoir me décider. En raison même du sujet, ma répugnance est extrême à conseiller ou à dissuader. Il faut, pourtant, que j'aie le courage d'aborder cette matière. La question est celle-ci: doit-on laisser ceux qui professent l'amour des garçons, vivre avec eux et les fréquenter; ou, au rebours, convient-il de les écarter de ce commerce avec les enfants et de le leur interdire? Quand mes yeux se portent sur ces pères dont la sévérité, la rigidité, va jusqu'à la rudesse, qui, en raison des outrages que pourrait subir la pudeur de leurs fils, redoutent de les exposer à la fréquentation des amoureux, je crains de me constituer l'avocat et le partisan de semblables commerces. Mais lorsque, d'autre part, je songe à Socrate, à Platon, à Xénophon, à Eschine, à Cébès, à toute la pléiade de ces hommes illustres qui ont approuvé l'amour des garçons, et qui ont dirigé les progrès de leurs jeunes amis dans les sciences, dans les affaires publiques, dans les vertus privées, je me trouve être d'un avis différent, et je me range du côté de pareils hommes. Un témoignage en faveur de cette dernière opinion, ce sont ces deux vers d'Euripide : "D'un autre amour encor les mortels font usage, Que ne repousse point une âme juste et sage". Je ne dois pas omettre non plus ces paroles de Platon, qui présentent une pensée à la fois agréable et sérieuse : «Il faut, dit-il, permettre à ceux qui se sont distingués par quelque action éclatante d'aimer qui il leur plaira parmi les beaux garçons". Toutefois il conviendra d'écarter ceux qui ne seront passionnés que pour la beauté corporelle, et l'on n'admettra absolument que ceux qui seront amoureux de l'âme. Les amours tels qu'on les voit se pratiquer à Thèbes, dans Élis, méritent qu'on les fuie, aussi bien que les rapts à la Crétoise. Les amours de garçons, tels qu'ils existent chez les Athéniens et les Spartiates, peuvent être suivis et imités.

Sur cette matière donc que chacun pose des principes selon qu'il se sera fait une conviction personnelle. Maintenant que j'ai parlé de ce qui doit régler et embellir l'éducation des enfants, je vais passer à ce qui regarde l'âge où ils ont atteint la jeunesse, et je n'en dirai que très peu de mots. Souvent j'ai formulé des blâmes sévères contre ceux qui introduisent les jeunes gens dans la voie des mauvaises moeurs, et qui, après avoir entouré leur enfance de gouverneurs et de maîtres, leur ont permis plus tard de lâcher la bride à de honteux penchants, alors qu'au contraire il aurait fallu déployer à l'égard de ces jeunes gens une sollicitude et des précautions plus grandes qu'on ne doit en prodiguer à l'enfance. Qui ne sait, en effet, que les fautes de ce dernier âge sont de peu d'importance et aisément réparables; puisqu'elles se bornent, à peu près, à des irrévérences envers les gouverneurs et à un manque d'attention aux leçons des maîtres ? Mais les fautes que l'on commet lorsqu'on est déjà jeune homme sont souvent considérables et funestes. On se livre à des excès de table, on vole ses parents, on joue, on fréquente les orgies, on s'enivre, on veut séduire les jeunes filles de famille honnête, on porte le trouble au sein des ménages légitimes. Ce sont là des désordres qu'il convient de prévenir ou de réprimer avec le plus grand soin. L'esprit lancé sur la pente des plaisirs est, en effet, disposé à ne connaître plus de bornes : c'est un coursier fougueux, bondissant, et qui a besoin d'être bridé; de sorte que ceux qui ne se rendent pas résolument les maîtres de cet âge ouvrent à leur insu, par ce manque de réflexion, un vaste champ à toute licence de mal faire. Il faut donc que les pères éclairés déploient, lorsqu'arrive précisément cette période de la vie, plus de précaution et de vigilance ; il faut qu'ils entretiennent chez les jeunes gens l'amour de la sagesse, employant tour à tour les préceptes, les menaces, les prières, les conseils, les promesses; qu'ils placent sous les yeux de leurs fils l'exemple de mortels précipités par l'amour des plaisirs dans un abîme de maux, et aussi l'exemple de ceux qui, par leur empire sur eux-mêmes, ont mérité des éloges et se sont acquis une glorieuse réputation. On peut dire, en effet, que les deux mobiles de la vertu, c'est le désir de la louange et la crainte du châtiment : la louange inspire plus d'amour à s'élancer vers ce qui est beau, le châtiment éloigne davantage de ce qui est répréhensible.

Une observation générale, c'est qu'il faut écarter l'enfant de la société des hommes vicieux : car il emporte toujours quelque chose de leur perversité. C'est ce que Pythagore a recommandé, au moyen de préceptes énigmatiques dont je vais donner ici une énumération : la série ne laissera pas d'en offrir quelque encouragement à ceux qui veulent s'assurer la possession de la vertu. Ne pas goûter aux poissons à queue noire : c'est-à-dire, ne pas converser avec des hommes décriés pour leurs mauvaises moeurs. Ne point passer par-dessus la balance : c'est-à-dire, faire le plus grand cas de la justice et ne jamais la transgresser. Ne pas s'asseoir sur le boisseau : c'est-à-dire, éviter le désoeuvrement, et songer par avance à se procurer la nourriture nécessaire. Ne pas mettre dans toute main sa main droite : c'est-à-dire , ne pas se lier avec le premier venu. Ne pas porter un anneau trop étroit : c'est-à-dire, s'assurer une existence libre et ne pas s'imposer de chaînes. Ne pas attiser du feu avec le fer : c'est-à-dire, prendre garde d'irriter mal à propos un homme furieux, et céder momentanément à ceux qui sont en colère. Ne pas se manger le coeur : c'est-à-dire, ne pas accabler son âme en la consumant de soucis. S'abstenir de fèves : c'est-à-dire, ne pas accepter de charges publiques, attendu qu'autrefois les fèves servaient pour les votes qui ratifiaient l'élection aux magistratures. Ne pas jeter son manger dans un pot de nuit : c'est-à-dire, ne pas se servir d'un langage choisi devant des hommes d'une âme dégradée : car le langage est comme la nourriture de l'âme, et c'est le salir que le mettre en contact avec la perversité. Ne point revenir en arrière quand on a touché le but : c'est-à-dire, se résigner courageusement, et ne pas éclater en plaintes lorsqu'on est sur le point de mourir et que l'on se voit près du terme de la vie. Mais je reviens à l'objet premier de mon discours. Il faut, ai-je dit, tenir les jeunes gens loin de tous les hommes vicieux, et principalement loin des flatteurs. Car c'est une vérité que je ne cesse de répéter souvent et à grand nombre de pères, et je la proclamerai encore ici. Il n'est pas de race plus funeste, qui perde la jeunesse plus complétement et plus vite, que les flatteurs. Ils consomment la ruine totale et des pères et des enfants, puisqu'ils rendent pleine d'affliction la vieillesse des premiers aussi bien que la jeunesse des seconds, à qui leurs conseils présentent la volupté sous la forme d'un appât irrésistible. Aux jeunes gens de condition riche leurs pères recommandent d'être sobres, et les flatteurs, de s'enivrer. Les pères disent : « sois chaste », les flatteurs : « sois impudique » ; les pères : « pratique l'économie » ; les flatteurs : « prodigue l'argent »; les pères : « aime à t'occuper", les flatteurs : « ne fais rien » ; et ils ne tarissent pas. « Toute la vie, disent-ils, c'est un point dans l'espace : il faut exister pour soi et non pour le bon plaisir d'un autre". "A quoi bon vous préoccuper des menaces de votre père ? C'est un vieux radoteur : il a déjà un pied dans la tombe ; nous l'enlèverons bientôt de son lit pour le mettre en terre.» Quelques flatteurs vont jusqu'à fournir aux jeunes gens des créatures de mauvaise vie, jusqu'à leur amener des femmes mariées ; et ils les aident à voler, à piller les épargnes qui devaient être une ressource pour la vieillesse de leurs pères. Race infâme, qui joue l'amitié et n'a jamais goûté à la franchise ; qui flatte les riches et méprise les pauvres; qui marche à la ruine de la jeunesse avec l'habileté que des musiciens déploieraient pour exécuter un morceau d'ensemble ! Ils ouvrent une large bouche quand ceux qui les nourrissent se mettent à rire. Espèce de superfétations et d'excroissances vicieuses adhérentes à l'existence des riches, les flatteurs vivent et se règlent sur le geste d'autrui. La fortune les avait faits hommes libres, mais par choix ils sont esclaves. Si l'on n'est pas insolent avec eux, ils croient qu'on les humilie parce qu'on les nourrit inutilement. Aussi, tout père qui prend à coeur de bien élever ses enfants doit bannir loin d'eux cette détestable engeance. Il faut chasser pareillement les compagnons d'étude qui sont vicieux car je les donne pour capables de pervertir les naturels les plus honnêtes.

Ce sont là des considérations importantes et empreintes en même temps d'une belle morale. Celles qui suivent sont à la portée de l'humaine faiblesse. Je ne suis pas non plus, en effet, d'avis que les pères se montrent âpres et intraitables. Il est nécessaire que souvent ils passent à un jeune homme quelques-unes de ses fautes, se rappelant qu'eux aussi ils furent jeunes. Et, de même que les médecins mêlent aux remèdes trop amers des substances plus douces, afin que l'agréable aide à faire passer l'utile, de même les pères doivent à la sévérité des réprimandes allier l'indulgence. Quelquefois il est profitable de lâcher et d'abandonner la bride aux fantaisies des jeunes gens, comme, au contraire, il faut quelquefois la retenir. Il importe surtout de leur montrer beaucoup de sang-froid quand ils ont commis une faute, ou du moins de se calmer incontinent si l'on s'est laissé aller à la colère ; car mieux vaut l'impatience que la rancune chez un père ; et persister dans son mécontentement, dans son inflexibilité, c'est prouver d'une façon très significative qu'on n'aime pas son enfant. Il est bon de paraître ignorer certaines fautes, d'y apporter cet affaiblissement la vue et des yeux qui survient dans la vieillesse, de manière à ce que nous voyions, que nous entendions telles et telles choses sans les voir et sans les entendre. Nous tolérons bien les défauts de nos amis : y aura-t-il lieu de s'étonner que nous supportions ceux de nos enfants ? Souvent aussi, lorsque des esclaves s'étaient enivrés, nous ne leur avons pas reproché leurs turpitudes. Ainsi donc, de même que parfois vous avez resserré les cordons de la bourse, sachez en d'autres occasions fournir aux dépenses. Vous vous êtes emporté quelquefois; quelquefois pardonnez aussi. Votre fils vous a joué tel jour, de connivence avec un domestique; contenez votre colère. Tel autre jour il a enlevé dans un champ une paire de boeufs, il est rentré aujourd'hui exhalant une odeur de vin bu la veille; ignorez-le. Demain il sera tout imprégné de parfums; ne dites mot. C'est ainsi que, semblable au poulain qui bondit, la jeunesse finit par être domptée.

Ceux qui n'ont pas la force de se défendre des appétits charnels et qui sont indociles aux réprimandes, doivent être, autant que possible, enchaînés par le mariage. Pour la jeunesse il n'est pas de lien plus sûr. On choisira pour ses fils des femmes qui ne soient ni trop nobles, ni trop riches. "Vise la quille à ta portée" est un précepte sage. Choisir beaucoup au-dessus de soi, ce n'est plus être le mari de la femme : c'est devenir, à son insu, l'esclave de la dot.

Quelques mots encore, et j'aurai parcouru le cercle complet de mes recommandations. Avant tout il importe que les pères, par l'abstention de la moindre faute et par l'accomplissement parfait de leurs devoirs, présentent un modèle frappant à leurs fils, pour que ces derniers, portant les yeux sur la conduite paternelle comme sur un miroir, se détournent des actes et des discours honteux. Ceux qui réprimandent leurs enfants sur les fautes qu'ils commettent eux-mêmes ne s'aperçoivent pas qu'en accusant leurs fils ils deviennent leurs propres accusateurs. Quand on mène une conduite complétement mauvaise on s'interdit le droit d'adresser en toute franchise des reproches même à ses esclaves, à plus forte raison à ses enfants. Il y a plus : on devient pour ceux-ci un conseiller, un précepteur de vices. Car, là où les jeunes gens manquent de pudeur, c'est que là, infailliblement, les vieillards avaient abjuré toute réserve. Il faut donc apporter à la bonne éducation des enfants toute la moralité convenable, et lutter d'émulation avec Eurydice. Bien qu'elle fût Illyrienne et trois fois barbare, elle voulut, afin que ses enfants devinssent des hommes instruits, s'appliquer elle-même à l'étude dans un âge avancé; et la tendresse qu'elle leur portait se trouve suffisamment indiquée par l'épigramme qu'elle consacra aux Muses : "Eurydice aux neuf soeurs, d'un zèle studieux, Dans Hiérapolis consacra cet hommage. Pour aider ses enfants, bien qu'avancée en âge Elle voulut apprendre et s'instruire avec eux". Suivre exactement tous les préceptes contenus dans ces pages n'est peut-être possible qu'en voeu; s'efforcer d'en accomplir le plus grand nombre est une oeuvre qui elle-même demande une nature privilégiée et une grande sollicitude; mais enfin, cette tâche n'est pas au-dessus de ce que peut réaliser l'humaine nature.

Al-Walid ben Talal ben Abd al-Aziz Al Saoud

Al-Walid ben Talal ben Abdul Aziz Al Saoud (الوليد بن طلال بن عبد العزيز السعود) dit aussi Al-Walid ben Talal Ibn Saoud, ou plus simplement le prince Al-Walid (ou encore à l'anglaise Al-Waleed) est un prince et homme d'affaire saoudien né en 1955.

  • membre de la famille princière Ibn Saoud,
  • fils du prince Talal ben Abdel Aziz Ibn Saoud et de Muna,
  • petit-fils du roi Abdel Aziz Ibn Saoud, fondateur de la dynastie.
  • petit fils du premier 1er ministre libanais (Riad Al Solh) du côté maternel

Ses affaires

En août 2005, sa fortune était évaluée à 23,7 milliards de dollars, au 5e rang mondial, mais contrairement aux autres princes du pétrole, il a bâti sa fortune en achetant et vendant des sociétés diverses.

C'est donc un homme d'affaires important via la Kingdom Holding Company, qui détient des parts dans de nombreuses multinationnales:

  • dans la Banque (Citigroup) — Sa plus belle affaire est d'être entré dans le capital de cette banque, aujourd'hui, la plus grand banque du monde.
  • dans la construction
  • dans l'immobilier
  • dans l'hôtellerie : 180 hôtels dont l'hôtel George-V à Paris
  • principal actionnaire de Disneyland Paris.

Son positionnement dans l'Islam

C'est un homme très pratiquant qui fait les cinq prières quotidiennes de la religion musulmane dans n'importe quel lieu (en avion, dans le désert ou à la neige...).

Cependant c'est une personnalité plutôt progressiste de son pays, en témoignant sa décision de payer à une femme, Hanadi Hindi, ses frais de formation de pilote aérien avant de l'embaucher... dans un pays où les femmes n'ont pas le droit de passer le permis de conduire automobile.

Car pour lui le vrai Islam, doit être modéré — il compte d'ailleurs créer une chaine de télévision arabe pour promouvoir sa vision — et il prêche pour la fraternité entre les trois religions monothéistes et l'entente entre les peuples. Il souhaite améliorer la perception de son pays et renforcer ses relations avec l'Occident en gardant toujours ses traditions. Ainsi il utilise la technologie moderne mais reste entouré de bedouins du désert.

Dans l'interview, donnée à l'émission «Zone interdite», il explique que les chrétiens, les musulmans et les juifs, doivent être mis sur un pied d'égalité, et que Ben Laden est un personnage qu'il ne souhaite pas rencontrer. Il se dit révolté par ce « petit groupe d'hommes qui a kidnappé notre religion ».

Toujours proche de la population, du plus aisé au plus humble, il aime se réfugier dans le désert avec ses amis bédouins. Il les écoute assis à même le sable, alors qu'il est capable de dépenser près de 500 000 euros pour quatre jours passés à l'Hôtel George V à Paris — hôtel qui lui appartient. Car pour le Prince, la seule richesse est celle du coeur que tout le monde peut donner et recevoir.

Source : Wikipedia

Vous pouvez consulter aussi un article très intéressant sur une donation très importante que ce prince aurait fait au musée du Louvre pour faire connaître davantage l'art islamique, ainsi que sa biographie.

Bagdad

Bagdad est la capitale et la plus grande ville de l'Iraq. Elle se situe sur le Tigre au centre est du pays (44,5° E - 33,5° N) et est un carrefour de communications aériennes, routières et ferroviaires pour le pays.

Historique

Elle fut fondée au VIIIe siècle en 762 par le calife abbasside al-Mansur. Elle fut pendant 5 siècles la capitale du califat, et fleurit par les arts et les lettres. Après la prise du pouvoir par les Abbassides au détriment des Omeyyades de Damas au Moyen Âge, la ville fut choisie comme capitale du califat, mais eut pour rivales dans cette fonction, d'abord le Caire (Fatimides), puis Cordoue.

La Bagdad des Abbassides est une ville ronde de quatre kilomètres de diamètre, protégée par un fossé de vingt mètres de large et une double enceinte circulaire. Le palais, la mosquée et les casernes se trouvent au centre, tandis que la ville constitue un anneau entre les deux remparts.

Elle devient la plaque tournante du grand commerce :

  • ports du golfe Persique (Ubullah, port de Basra ou Sirâf) vers l'Inde (épices, pierres précieuses), la Chine (soie), le Yémen (parfums) et l'Afrique orientale (bois précieux, ivoire, or) ;
  • route de la soie par l'Asie centrale ;
  • routes terrestres vers les bulgares de la Volga, le monde scandinave (peaux et fourrures), Constantinople, l'Occident chrétien, le Soudan…

Le monde musulman importe également des esclaves (slaves, turcs, africains) et des matières premières (bois de construction, fer) et exporte des matières première (alun) et des produits de l’artisanat (tissus, objets de verre et de métal, entre autres). La ville aurait alors compté jusqu’à un million d’habitants.

Elle a été ravagée par les Mongols de Houlagou Khan en 1258, par Tamerlan en 1410, par les Turcs ottomans en 1534 ; se révolta contre eux en 1623, soutint un long siège, et ne fut prise qu'en 1638, par Murat IV.

Pendant les guerres du Golfe, elle a subi deux séries de bombardements en 1991 et en avril 2003 qui l'ont partiellement détruite. Les musées qui la composent ont fait l'objet de pillage en 2003 et en 2004 lors de son occupation par les forces armées américaines.

Un événement récemment survenu est documenté dans l'article Bousculade sur le pont Al-Aïmah.

Étymologie

Le mot « Bagdad » vient du persan et signifie « don de Dieu » (de dâd et Bagh, cf. russe Bog). Ce nom est aussi un ancien mot arabe qui signifie le « château des aigles ».

Il est à l'origine du mot baldaquin, qui désigne d'abord la soie de Bagdad (Baldac ou Baudac au Moyen Âge), puis une tenture de lit.

Source

Cet article comprend des extraits du : Dictionnaire universel d'histoire et de géographie Bouillet Chassang qui fait partie du domaine public, projet spécifique pour enrichir la version francophone de Wikipédia.

Source : Wikipedia

vendredi 13 janvier 2006

La Concorde

La Concorde est l'hymne national du Gabon depuis 1960. Il a été écrit et composé par Georges Aleka Damas.

Refrain:
Uni dans la Concorde et la fraternité
Eveilletoi Gabon, une aurore se lève,
En courage l'ardeur qui vibre et nous soulève !
C'est enfin notre essor vers la félicité.
C'est enfin notre essor vers la félicité.

I.
Eblouissant et fier, le jour sublime monte
Pourchassant à jamais l'injustice et la honte.
Qu'il monte, monte encore et calme nos alarmes,
Qu'il prône la vertu et repousse les armes.

(Refrain)

II.
Oui que le temps heureux rêvé par nos ancêtres
Arrive enfin chez nous, rejouisse les êtres,
Et chasse les sorciers, ces perfides trompeurs.
Qui semaient le poison et répandaient la peur.

(Refrain)

III.
Afin qu'aux yeux du monde et des nations amies
Le Gabon immortel reste digne d'envie,
Oublion nos querelles, emsemble bâtissons
L'édifice nouveau au quel tous nous rêvons.

(Refrain)

IV.
Des bords de l'Ocean au cœur de la forêt,
Demeurons vigilants, sans faiblesse et sans haine !
Autour de ce drapeau, qui vers l'honneurs nous mène,
Saluons la Patrie et chantons sans arrêt !

Sources : Wikisource, Wikipedia

Antoine le Grand

Antoine le Grand (par Francisco de Zurbarán)
Antoine le Grand (par Francisco de Zurbarán)

Antoine le Grand

Antoine le Grand ou Antoine d'Égypte est considéré comme le fondateur de l'érémitisme chrétien. Sa vie nous est connue par le récit qu'en a fait saint Athanase vers 360. Il serait né en 251 et mort en 356, ce qui le fait vivre en tout cent cinq ans.

Né en Égypte à Qeman (Fayyoum) et fervent chrétien, dès l'âge de vingt ans il prend l'Évangile à la lettre et distribue tous ses biens aux pauvres, puis part vivre dans le désert en ermite dans un fortin à Pispir, près de Qeman. Là, à la manière du Christ, il subit les tentations du Diable; mais si pour le Christ cela ne dure que quarante jours, pour Antoine c'est beaucoup plus long et plus difficile, les démons n'hésitant pas à s'attaquer à sa vie. Mais Antoine résiste à tout et ne se laisse pas abuser par les visions tentatrices qui se multiplient.

En 312 il change de désert et va en Thébaïde, sur le mont Qolzum (où se trouve aujourd'hui le monastère Saint-Antoine). Le Diable lui apparaît encore de temps en temps, mais ne le tourmente plus comme autrefois. Vénéré par de nombreux visiteurs, Antoine leur donne à chaque fois des conseils de sagesse, les invitant à la prière plutôt qu'à la violence.

Les religieux ayant adopté le mode de vie solitaire de saint Antoine sont appelés anachorètes, s'opposant aux cénobites qui choisissent la vie en communautés monastiques.

La vie de saint Antoine et ses tentations ont inspiré de nombreux artistes, notamment Jérôme Bosch, Pieter Bruegel, Dali, Max Ernst, Matthias Grünewald, Diego Vélasquez. Gustave Flaubert lui a également consacré un récit (La Tentation de saint Antoine). Les artistes ont aussi souvent représenté sa rencontre avec saint Paul de Thèbes, peu de temps avant la mort des deux ermites (cathédrale de Chartres).

De nombreuses représentations du saint nous le montrent accompagné d'un cochon portant une clochette. Selon Émile Mâle (*), qui signale que cette tradition date de la fin du XIVe siècle, le cochon n'a rien à voir avec la vie du saint mais avec un ordre religieux fondé en Dauphiné en 1095 (les Antonins) : les porcs n'avaient pas le droit d'errer librement dans les rues, à l'exception de ceux des Antonins, reconnaissables à leur clochette.

En janvier 2006, pour la première fois, les reliques d'Antoine le Grand se deplaceront de la France (Arles) vers l'étranger, en Italie sur l'île d'Ischia.

Saint Antoine est fêté le 17 janvier.

(*) L'Art religieux du XIIIe siècle en France, 1898.

Source : Wikipedia

Monastère Saint-Antoine

Le monastère Saint-Antoine ou Deir Mar Antonios est un important monastère copte orthodoxe situé à environ 155 km du Caire en Égypte, dans la région montagneuse proche de la mer Rouge.

Fondé par les disciples de Saint-Antoine du désert (Saint-Antoine le Grand) au 4e siècle (peut-être en 356 juste après la mort du saint), c'est le plus ancien monastère du monde.

Il est occupé sans interruption depuis plus de 16 siècles.

Source : Wikipedia

Citation de Saint Antoine

  • Prêtez attention à ce que je vous dis : qui que vous puissiez être, gardez toujours Dieu avant vos yeux ; quoi que vous fassiez, faites-le selon le témoignage des Ecritures saintes ; Où que vous viviez, n'en partez pas facilement. Gardez ces trois concepts et vous serez sauvés.

Source : Saint Antony The Great

Vie de Saint Antoine par Saint Athanase

Athanase d'Alexandrie a écrit un récit contant la vie de Saint Antoine qui a eu un grand succès et a permis de faire connaître les grands mérites de Saint Antoine et d'inspirer ainsi de nombreux chrétiens à une vie monastique.

On peut trouver deux traductions numérisées que l'on peut lire sur le site de la BNF (Bibliothèque nationale de France) :

Notes :

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  • En cliquant sur Télécharger, on a la possibilité de récupérer le livre en version pdf.

Il existe aussi une version par Gustave Flaubert, peu appréciée à l'époque, que l'on trouve sur Wikisource.

jeudi 12 janvier 2006

Légendes du cygne

Coeur formé par deux cygnes
Source : Wikipedia

Un cygne et sa petite famille

Atterrissage du cygne
  • Les cygnes sont révérés dans beaucoup de religions et de cultures, particulièrement dans l'hindouisme. Le terme sanskrit pour cygne est hamsa ou hansa, et il est le véhicule de beaucoup de déités comme la déesse Saraswati. Il est mentionné plusieurs fois dans la littérature védique, et il a été dit que certains cygnes ont la connaissance de l'Etre Suprême Brahman. Il a été dit qu'ils résident les étés dans le lac Manasarovar et migrent vers les lacs indiens pour l'hiver, mangent des perles, et séparent le lait de l'eau quand ils sont mélangés. L'iconographie hindoue montre typiquement le cygne tuberculé. Il a été mal supposé par beaucoup d'historiens que le mot hamsa signifie seulement une oie, puisqu'aujourd'hui, on ne trouve plus de cygnes en Inde, même pas dans la plupart des zoos. Cependant, des listes ornithologiques comme celle-ci ont clairement classifié plusieurs espèces de cygnes comme des "oiseaux errants" en Inde.
  • C'est presque tabou de tuer un cygne dans certains pays puisqu'il a été utilisé comme symbole par d'importantes familles (l'Angleterre par exemple a écrit une loi empêchant de tuer des cygnes ; ceux qui ont délibérément tué un cygne ont été sérieusement persécutés).
  • Dans la mythologie grecque Hélène de Troie. Hélène est moitié cygne moitié humaine fruit de l'union de son Père Zeus déguisé en cygne et d'une femme humaine. Hélène est dite si belle qu'elle causa une guère de siège qui dura 10 ans à Troie.
  • Un proverbe chinois à propos du cygne : "Vous êtes une canaille qui veut manger de la viande de cygne !" . Ce proverbe se réfère aux gens qui sont grossiers et demandent une récompense qu'ils ne méritent pas.
  • Les cygnes sont palmipèdes, et vivent près des lacs et des marais ; ils trouvent leur nourriture avec facilité, sont de caractère égal, adorent leurs jeunes, et vivent très vieux. Si l'aigle les attaque ils repousseront l'attaque et obtiendront le dessus sur leur assaillant, mais ils ne sont jamais les premiers à attaquer. Ils sont musicaux, et chantent principalement à l'approche de la mort ; actuellement ils volent vers la mer, et les hommes, en naviguant sur la côte de la Libye, sont tombés devant avec bon nombre d'entre eux en mer chantant avec des complaintes tristes, et ont vu réellement certains d'entre eux mourant. (Aristote - Histoire des animaux - Livre IX - Chapitre 12)

Sources : Wikipedia et HISTORY OF ANIMALS translated by D'Arcy Wentworth Thompson.

mercredi 11 janvier 2006

Pindare

Pindare (v. 518 av. J-C. – 438 av. J-C.), poète lyrique grec.

Les Néméennes

  • En amour comme en toutes choses, il faut saisir l'occasion et n'obéir qu'à des penchants honorables et légitimes.
  • Il est des circonstances où la vérité ne doit pas montrer sa face à découvert.
  • Le silence est la plus haute sagesse de l'homme.
  • Qui frappe reçoit des coups, telle est la règle.
  • Sachons donc borner notre ambition : c'est un funeste délire que de soupirer après ce qu'on ne peut atteindre.

Les Olympiques

  • L'homme habile a d'autant plus de talent qu'il n'a pas recours à de vains artifices.
  • La poésie, qui embellit tout, a su prêter aux faits les plus incroyables l'apparence de la réalité.
  • Le dégoût et les soucis naquirent de l'abondance.
  • Le mortel qui joint une santé florissante à la richesse et à la gloire doit se garder d'envier le sort des dieux.
  • Le temps même, père de toutes choses, ne saurait faire qu'elles n'aient pas été accomplies.

Les Pythiques

  • Ne crois pas au langage des flatteurs. Un prince est toujours grand à leurs yeux, comme un singe est toujours beau pour des enfants.
  • Peu de parôles suffisent au sage, même dans un vaste sujet. Saisir l'à-propos est, en toutes choses, le plus grand mérite.

Odes Isthmiques

  • Le bonheur ne fleurit pas pour ceux qui suivent des chemins obliques.

Attribuées

  • Autre temps, autres mœurs.
  • L'adversité met la prudence au cœur de l'homme.
  • Ne révèle pas aux autres le malheur qui te frappe.

Source : Wikiquote

Histoire naturelle de Buffon - Le cygne

Un couple de cygnes
Source de l'image : Wikipedia

Source : Histoire naturelle des oiseaux - Tome IX de Buffon (Gallica)

Dans toute société, soit des animaux soit des hommes, la violence fit les tyrans, la douce autorité fait les rois : le lion et le tigre sur la terre, l'aigle et le vautour dans les airs, ne règnent que par la guerre, ne dominent que par l'abus de la force et par la cruauté ; au lieu que le cygne règne sur les eaux à tous les titres qui fondent un empire de paix, la grandeur, la majesté, la douceur ; avec des puissances, des forces, du courage et la volonté de n'en pas abuser, et de ne les employer que pour la défense : il sait combattre et vaincre sans jamais attaquer ; Roi paisible des oiseaux d'eau, il brave les tyrans de l'air ; il attend l'aigle sans le provoquer, sans le craindre ; il repousse ses assauts en opposant à ses armes la résistance de ses plumes, et les coups précipités d'une aile vigoureuse qui lui sert d'égide, et souvent la victoire couronne ses efforts. Au reste, il n'a que ce fier ennemi, tous les autres oiseaux de guerre le respectent, et il est en paix avec toute la Nature ; il vit en ami plutôt qu'en Roi au milieu des nombreuses peuplades des oiseaux aquatiques, qui toutes semblent se ranger sous sa loi ; il n'est que le chef, le premier habitant d'une république tranquille, où les citoyens n'ont rien à craindre d'un maître qui ne demande qu'autant qu'il leur accorde, et ne veut que calme et liberté.

Les grâces de la figure, la beauté de la forme répondent, dans le cygne, à la douceur du naturel ; il plait à tous les yeux, il décore, embellit tous les lieux qu'il fréquente ; on l'aime, on l'applaudit, on l'admire ; nulle espèce ne le mérite mieux ; la Nature en effet n'a répondu sur aucune autant de ces grâces nobles et douces qui nous rappellent l'idée de ses plus charmants ouvrages : coupe de corps élégante, formes arrondies, gracieux contours, blancheur éclatante et pure, mouvements flexibles et ressentis, attitudes tantôt animées, tantôt laissées dans un mol abandon ; tout dans le cygne respire la volupté, l'enchantement que nous font éprouver les grâces et la beauté, tout nous l'annonce, tout le peint comme l'oiseau de l'amour, tout justifie la spirituelle et riante mythologie, d'avoir donné ce charmant oiseau pour père à la plus belle des mortelles.

A sa noble aisance, à la facilité, la liberté de ses mouvements sur l'eau, on doit le reconnaître, non seulement comme le premier des navigateurs ailés, mais comme le plus beau modèle que la Nature nous ait offert pour l'art de la navigation. Son cou élevé et sa poitrine relevée et arrondie, semblent en effet figurer la proue du Navire fendant l'onde, son large estomac en représente la carène ; son corps penché en avant pour cingler, se redresse à l'arrière et se relève en poupe ; la queue est un vrai gouvernail ; les pieds sont de larges rames, et ses grandes ailes demi-ouvertes au vent et doucement enflées, sont les voiles qui poussent le vaisseau vivant, navire et pilote à la fois.

Fier de sa noblesse, jaloux de sa beauté, le cygne semble faire parade de tous ses avantages ; il a l'air de chercher à recueillir des suffrages, à captiver les regards et il les captive en effet, soit que voguant en troupe on voit de loin, au milieu des grandes eaux, cingler la flotte ailée, soit que s'en détachant et s'approchant du rivage aux signaux quii l'appellent, il vienne se faire admirer de plus près en étalant ses beautés et développant ses grâces par mille mouvements doux, ondulants et suaves.

Aux avantages de la Nature, le cygne réunit ceux de la liberté ; il n'est pas du nombre de ces esclaves que nous puissions contraindre ou renfermer ; libre sur nos eaux, il n'y séjourne, ne s'établit qu'en y jouissant d'assez d'indépendance pour exclure tout sentiment de servitude et de captivité ; il veut à son gré parcourir les eaux, débarquer au rivage, s'éloigner au large ou venir longeant la rive, s'abriter sous les bords, se cacher dans les joncs, s'enfoncer dans les anses les plus écartées, puis quittant sa solitude revenir à la société et jouir du plaisir qu'il paraît prendre et goûter en s'approchant de l'homme, pourvu qu'il trouve en nous ses hôtes et ses amis, et non ses maîtres et ses tyrans.

Chez nos ancêtres, trop simples ou trop sages, pour remplir leurs jardins des beautés froides de l'art, en place des beautés vives de la Nature, les cygnes étaient en possession de faire l'ornement de toutes les pièces d'eau ; ils animaient, égayaient les tristes fossés des chateaux, ils décoraient la plupart des rivières, et même celle de la capitale, et l'on vit l'un des plus sensibles et des plus aimables de nos Princes, mettre au nombre de ses plaisirs, celui de peupler de ces beaux oiseaux les bassins de ses maisons royales ; on peut encore jouir aujourd'hui du même spectacle sur les belles eaux de Chantilly, où les cygnes sont un des ornements de ce lieu vraiment délicieux, dans lequel tout respire le noble goût du maître.

Le cygne nage si vite, qu'un homme marchant rapidement au rivage, a grand peine à le suivre. Ce que dit Albert, qu'il nage bien, marche mal et vole médiocrement, ne doit s'entendre, quant au vol, que du cygne abâtardi par une domesticité forcée, car libre sur nos eaux et surtout sauvage, il a le vol très haut et très puissant ; Hésiode lui donne l'épithète d'altivolans, Homère le range avec les oiseaux grands Voyageurs, les grues et les oies ; et Plutarque attribue à deux cygnes, ce que Pindare feint des deux aigles que Jupiter fit partir des deux côtés opposés du monde, pour en marquer le milieu au point où ils se rencontrèrent.

..il sait éviter ses ennemis ou leur résister ; un vieux cygne ne craint pas dans l'eau le chien le plus fort ; son coup d'aile pourrait casse la jambe d'un homme, tant il est prompt et violent ; enfin il paraît que le cygne ne redoute aucune embûche, aucun ennemi, parce qu'il a autant de courage que d'adresse et de force.

Les cygnes sauvages volent en grandes troupes, et de même les cygnes domestiques marchent et nagent attroupés ; leur instinct social est en tout très fortement marqué. Cet instinct le plus doux de la Nature, suppose des moeurs innocentes, des habitudes paisibles, et ce naturel délicat et sensible qui semble donner aux actions produites par ce sentiment l'intention et le prix des qualités morales. Le cygne a de plus l'avantage de jouir jusqu'à un âge extrêmement avancé de sa belle et douce existence ; tous les Observateurs s'accordent à lui donner une très longue vie ; quelques uns même en ont porté la durée jusqu'à trois cents ans ; ce qui sans doute est fortement exagéré, mais Willughby, ayant vu une oie qui, par preuve certaine, avait vécu cent ans, n'hésite pas à conclure de cet exemple, que la vie du cygne peut et doit être plus longue, tant parce qu'il est plus grand, que parce qu'il faut plus de temps pour faire éclore les oeufs ; l'incubation dans les oiseaux répondant au temps de la gestation dans les animaux, et ayant peut-être quelque rapport au temps de l'accroissement du corps, auquel est proportionnée la durée de la vie : or, le cygne est plus de deux ans à croître, et c'est beaucoup, car dans les oiseaux le développement entier du corps est bien plus prompt que dans les animaux quadrupèdes.

..

Les petits naissent forts laids et seulement couverts d'un duvet gris ou jaunâtre, comme les oisons ; leurs plumes ne poussent que quelques semaines après, et sont encore de la même couleur ; ce vilain plumage change à la première mue, au mois de septembre : ils prennent alors beaucoup de plumes blanches, d'autres plus blandes que grises, surtout à la poitrine et sur le dos ; ce plumage chamaré tombe à la seconde mue, et ce n'est qu'à dis-huit mois et même à deux ans d'âge que ces oiseaux ont pris leur belle robe d'un blanc pur et sans tâche ; ce n'est aussi que dans ce temps qu'ils sont en état de produire.

..

Comme le cygne mange assez souvent des herbes de marécages et principalement de l'algue, il s'établit de préférence sur les rivières d'un cours sinueux et tranquille, dont les rives sont bien fournies d'herbages..

Quoique le cygne soit assez silencieux, il a néanmoins les organes de la voix cnformeés comme ceux des oiseaux d'eau les plus loquaces ; .. selon toute apparence, c'est ce qui donne à leur voix ce retentissement bruyant et rauque, ces sons de trompette ou de clairon qu'ils font entendre du haut des airs et sur les eaux.

Néanmoins la voix habituelle du cygne privé, est plutôt sourde qu'éclatante ; c'est une forme de strideur, parfaitement semblable à ce que le peuple appelle le jurement du chat, et que les Anciens avaient bien exprimé par le mot imitatif drensant : c'est à ce qu'il paraît, un accent de menace ou de colère ; l'on n'a pas remarqué que l'amour en eût de plus doux, et ce n'est point du tout sur des cygnes presque muets, comme le sont les nôtres dans la domesticité, que les Anciens avaient pu modeler ces cygnes harmonieux, qu'ils ont rendus si célèbres. Mais il paraît que le cygne sauvage a mieux conservé ses prérogatives, et qu'avec le sentiment de la pleine liberté, il en a aussi les accents : l'on distingue en effet dans les cris, ou plutôt dans les échos de sa voix, une sorte de chant mesuré, modulé ; des sons bruyants de clairon, mais dont les sons aigus et peu diversifiés sont néanmoins très éloignés de la tendre mélodie, et de la variété douce et brillante du ramage de nos oiseaux clameurs.

Au reste, les Anciens ne s'étaient pas contentés de faire du cygne un chantre merveilleux, seul entre tous les êtres qui frémissent à l'aspect de leur destruction, il chantait encore au moment de son agonie, et préludait par des sons harmonieux à son dernier soupir : c'était, disaient-ils, près d'expirer, et faisant à la vie un adieu triste et tendre, que le cygne rendait ces accents si doux et si touchants, et qui, pareils à un léger et douloureux murmure, d'une voix basse, plaintive et lugubre, formaient son chant funèbre ; on entendait ce chant, lorsqu'au lever de l'aurore, les vents et les flots étaient calmés ; on avait même vu des cygnes expirants en musique et chantant leur hymnes funéraires. Nulle fiction en Histoire Naturelle, nulle fable chez les Anciens n'a été plus célébrée, plus répétée, plus accréditée ; elle s'était emparée de l'imagination vive et sensible des Grecs ; Poètes, Orateurs, Philosophes même l'ont adoptée, comme une vérité trop agréable pour vouloir en douter. Il faut bien leur pardonner leurs fables ; elles étaient aimables et touchantes ; elles valaient bien des tristes, d'arides vérités, c'étaient de doux emblèmes pour les âmes sensibles. Les cygnes, sans doute, ne chantent point leur mort ; mais toujours, en parlant du dernier essor et des derniers élans d'un beau génie prêt à s'éteindre, on rappellera avec sentiment cette expression touchante ; c'est le chant du cygne !

mardi 10 janvier 2006

L'Abidjanaise

L'Abidjanaise est l'hymne national de la République de Côte d'Ivoire.

Elle a été adoptée en 1960 et est restée l'hymmne bien que la capitale ne soit plus Abidjan. Les parôles sont de Mathieu Ekra, Joachim Bony, et Pierre Marie Coty. La musique est de Pierre Coty et de Pierre Michel Pango.

Les parôles

Salut ô terre d'espérance
Pays de l'hospitalité
Tes légions remplies de vaillance
Ont relevé ta dignité

Tes fils chère Côte d'Ivoire
Fiers artisans de ta grandeur
Tous rassemblés pour ta gloire
Te bâtiront dans le bonheur

Fiers Ivoiriens,
Le pays nous appelle
Si nous avons dans la paix
Ramené la liberté

Notre devoir sera d'être un modèle
De l'espérance promise à l'humanité
En forgeant unis dans la foi nouvelle
La patrie de la vraie fraternité

Sources : Wikipedia et Wikisource

lundi 9 janvier 2006

Teirake kaini Kiribati

Teraike kaini Kiribati (se prononce à peu près, téraïké kaïni kiribass) est l'hymne national de la république des Kiribati (prononcé Kiribass). Il a été adopté en 1979 lors de l'accession à l'indépendance (le 12 juillet). Les parôles et la musique ont été composés par Urium Tamuera Ioteba (1910-1988).

Le texte original en gilbertin :

Teirake kaini Kiribati,
Anene ma te kakatonga,
Tauraoi nakon te nwioko,
Ma ni buokia aomata.

Tauaninne n te raoiroi,
Tangiria aoma ta nako.
Tauaninne n te raoiroi,
Tangiria aomata.

Reken te kabaia ma te rau
Ibuakoia kaain abara
Bon reken abara
Bon reken te nano ae banin

Ma te i-tangitangiri naba.
Ma ni wakina te kab'aia,
Ma n neboa abara.
Ma ni wakina te kab'aia,
Ma n neboa abara.

Ti butiko ngkoe Atuara
Kawakinira ao kairika
Nakon taai aika i maira.
Buokira ni baim ae akoi.

Kakabaia ara Tautaeka
Ma ake a makuri iai.
Kakabaia ara Tautaeka
Ma aomata ni bane.

Traduction en anglais :

Stand up, Kiribati,
Sing with jubilation,
Prepare to accept responsibility
And to help each other !
Be steadfastly righteous !
Love all our people !
Be steadfastly righteous!
Love all our people !

The attainment of contentment
And peace by our people
Will be achieved when all
Our hearts beat as one,
Love one another !
Promote happiness and unity !
Love one another !
Promote happiness and unity !

We beseech You, O God,
To protect and lead us
In the days to come.
Help us with Your loving hand.
Bless our Government
And all our people !
Bless our Government
And all our people !

Source : Wikipedia

Traduction personnelle en français :

Levez-vous, Kiribati,
Chantez avec jubilation,
Préparez-vous à accepter vos responsabilités
Et aidez-vous les uns les autres!
Soyez immuablement justes !
Aimez tout notre peuple !
Soyez immuablement justes !
Aimez tout notre peuple !

L'accomplissement du contentement
Et la paix pour notre peuple
Seront réalisés avec tous
Nos coeurs battant comme un seul coeur,
Aimons-nous les uns les autres !
Favorisez le bonheur et l'unité !
Aimons-nous les uns les autres !
Favorisez le bonheur et l'unité !

Nous Te sollicitons, O Dieu,
Pour nous protéger et nous mener
Vers les jours à venir.
Aide-nous avec Ta main aimante.
Bénis notre Gouvernement
Et tous notre peuple !
Bénis notre Gouvernement
Et tous notre peuple !

Platon

Source : Wikipedia

Platon par Raphael

Platon (en grec ancien Πλάτων / Plátôn, Athènes, 427 av. J.-C. / 348 av. J.-C.) est un philosophe grec, disciple de Socrate. Surnommé le « divin Platon », il est considéré comme le premier grand philosophe. Sa philosophie est l'une des plus importantes de l'histoire de l'Occident.

Sa vie, son œuvre et son influence

Sa vie et son éducation

La vie de Platon est assez mal connue ; comme pour beaucoup d'autres philosophes de l'Antiquité, il est souvent difficile de faire la distinction entre ce qui relève de l'histoire, de la légende ou simplement du ragot.

Il naquit sous l'archontat d'Aminias, un 7 mai, jour anniversaire de la naissance d'Apollon (selon Diogène Laërce, la légende fait de ce dieu le père du philosophe) à Athènes dans le dème de Collytos en 428/427 et y mourut vers 348 dans un repas de noces. Il appartenait à une famille aristocratique : son père, Ariston, prétendait descendre du dernier roi d'Athènes (Codros), et sa mère, Périctioné, descendait d'un certain Dropidès, proche de Solon. Elle était également la cousine de Critias, l'un des Trente Tyrans.

Il eut deux frères aînés, Adimante et Glaucon, et une sœur, Pôtôné, mère de Speusippe, son successeur à l'Académie du nom du jardin où il s'installa. Le vrai nom de Platon serait Aristoclès, nom de son grand-père, Platon étant supposé être un surnom signifiant largeur, peut-être en référence à sa taille : c'est son maître de gymnastique qui le lui aurait donné. Une autre explication est qu'il parlait abondamment (mais il avait une voix grêle), ou encore qu'il avait le front large.

Il reçut l'éducation habituelle à un enfant de haute naissance. Il s'initia à la peinture, écrivit des poèmes, des dithyrambes, des vers lyriques et des tragédies. Il a peut-être participé aux jeux Isthmiques.

Il fut élève de Cratyle (disciple d'Héraclite) et d'Hermogène (disciple de Parménide), puis devint l'élève de Socrate vers l'âge de 20 ans. La légende raconte que Socrate, la veille de sa rencontre avec Platon, vit en songe un cygne s'envolant. À la suite de cette rencontre, Platon abandonna l'idée de concourir pour la tragédie et brûla toutes ses œuvres. Platon transmettra l'enseignement de son maître en se l'appropriant et en le transformant.

Après la mort de Socrate (à laquelle il n'assista pas), il partit à Mégare. Il voyagea ensuite en Égypte, à Cyrène, en Italie (où il rencontra Philolas et Timée) et en Sicile. Il fut reçu à la cour de Denys, à Syracuse, et gagna à la philosophie Dion, beau-frère du tyran.

Près de Colone et du gymnase d'Acadèmos, il créa une école, l'Académie, sur le modèle des pythagoriciens. Il eut de grandes ambitions politiques, mais fut profondément déçu par la vie de sa cité, Athènes, qu'il jugeait décadente, notamment à la suite du gouvernement des Trente :

« Du temps de ma jeunesse, je ressentais en effet la même chose que beaucoup dans ce cas ; je m'imaginais qu'aussitôt devenu maître de moi-même, j'irais tout droit m'occuper des affaires communes de la cité. Et voilà comment le hasard fit que je trouvais les choses de la cité. Le régime d'alors étant en effet soumis aux violentes critiques du plus grand nombre, une révolution se produisit. (...) Et moi, voyant donc cela, et les hommes qui s'occupaient de politique, plus j'examinais en profondeur les lois et les coutumes en même temps que j'avançais en âge, plus il me parut qu'il était difficile d'administrer droitement les affaires de la cité. Il n'était en effet pas possible de le faire sans amis et associés dignes de confiance -et il n'était pas aisé d'en trouver parmi ceux qu'on avait sous la main, car notre cité n'était plus administrée selon les coutumes et les habitudes de nos pères. » (Lettre VII)

Le jeune Aristote (dit le « lecteur » par son maître) suivra ses enseignements, puis s'en détachera pour fonder sa propre école : le Lycée.

But de la philosophie de Platon

Le philosophe est la figure centrale des dialogues de Platon. C'est la nature et la place de ce type d'homme qui est constamment l'objet de ses réflexions. Le philosophe, selon Platon, doit devenir un législateur et un réformateur politique afin d'obtenir l'instauration de la justice dans la cité. Toutefois, il faut le forcer à le devenir, car il est fort probable qu'il ne consente pas à « retourner dans la caverne » avec la masse. Mais, si ceci est réalisé à tour de rôle par tous les philosophes, et pour le bien de tous, il est fort probable qu'ils acceptent.

Le platonisme après Platon

La signification des œuvres de Platon a fait l'objet de nombreuses controverses depuis l'Antiquité. Certains font de Platon un dogmatique ; d'autres un sceptique. Platon fut tantôt récupéré par des courants mystiques (élévation de l'âme vers le bien au-delà de l'être), tantôt par des philosophies purement rationalistes. La diversité de ses dialogues, leurs formes variées, les nombreuses apories qui y sont soulevées expliquent ces importantes divergences des interprétations.

Dans l'Antiquité, l'ensemble des dialogues fut organisé d'après un ordre progressif de lecture, alors que les modernes, qui prétendent à un savoir plus critique, se sont surtout efforcés d'établir l'ordre réel de leur composition ainsi que leur authenticité. Ces essais d'organisation du corpus dépendent en fait toujours de l'idée que l'on se fait du platonisme, ce qui a conduit des critiques à exclure plus ou moins arbitrairement certains dialogues (et tous les dialogues ont pu ainsi être suspectés).

« La plus sûre description d'ensemble de la tradition philosophique européenne est qu'elle consiste en une série d'annotations à Platon. » (A. N. Whitehead, Process and Reality, 1929)

Théorie de la connaissance

Platon dans son académie

Dialogues socratiques

Problème de la connaissance sensible

Outre les difficultés d'une science du bien, Platon doit lutter contre le relativisme sophistique selon lequel « l'homme est la mesure de toute chose » (Protagoras). Ce relativisme anéantit en effet la connaissance en la faisant dépendre d'un état subjectif et empirique de l'individu. Le problème qui se pose à Platon est donc celui de la fondation du savoir ; on peut le formuler ainsi : l'intelligence que nous avons des choses doit avoir une origine non sensible, sans quoi toute pensée serait nécessairement fausse.

Théorie des Idées

Platon a développé toute une philosophie des Idées. Selon lui, les Idées sont la vraie réalité, celle dont dérive l’être des choses dans le monde ; elles sont donc permanentes. Notre pensée implique un niveau qui ne provient pas de l’expérience, mais qui va influencer notre perception de l’expérience. L’expérience en effet ne nous permet pas d’atteindre l’absolu des Idées. Notre connaissance des Idées provient de ce que Platon appelle la réminiscence. Selon Platon, notre âme perd à sa naissance le clair souvenir des Idées. Le « je sais que je ne sais rien » de Socrate est ainsi un « Je sais que j’ai oublié » chez Platon où la connaissance vraie n’existe qu’au niveau des Idées. L’homme, quant à lui, se tient dans l’entre-deux, puisque même les réalités empiriques appartiennent au domaine de l’approximation.

Voir aussi Parménide.

Il faut noter que, malgré la multiplicité des ouvrages publiés sur le sujet, la présence d’une théorie des idées chez Platon est largement questionnable. À la fois Erik Voegelin, Léo Strauss et Mathieu de Ménonville ont tenté de réfuter, par une exégèse détaillée des dialogues platoniciens, que l’on puisse trouver une « théorie des idées » chez Platon, que ce soit dans Parménide, dans les images mythiques du Phèdre ou dans la République. Cette interprétation est aujourd’hui largement acceptée par les spécialistes de Platon en Amérique du Nord. Il faut donc traiter le sujet avec une certaine prudence.

Qu'est-ce qu'une Forme intelligible ?

L'idée, ou la forme (traduction du grec eidos) est :

  • une réalité invisible (elle est perçue par une intuition de l'esprit) ;
  • une essence immatérielle et éternelle ;
  • un archétype de la réalité.

« Il faut convenir qu'il existe premièrement ce qui reste identique à soi-même en tant qu'idée, qui ne naît ni ne meurt, ni ne reçoit rien venu d'ailleurs, ni non plus ne se rend nulle part, qui n'est accessible ni à la vue ni à un autre sens et que donc l'intellection a pour rôle d'examiner ; qu'il y a deuxièmement ce qui a même nom et qui est semblable, mais qui est sensible, qui naît, qui est toujours en mouvement, qui surgit en quelque lieu pour en disparaître ensuite et qui est accessible à l'opinion accompagnée de sensation. » (Timée, 5152)

Platon est un réaliste (ou un idéaliste objectif) : ce réalisme métaphysique consiste à soutenir la thèse de l'existence de formes ou d'archétypes extérieurs et indépendants de nous, archétypes qui servent de modèles aux choses du monde sensible, au devenir. Ce sont ces Formes qui constituent la réalité de toutes choses, leur essence par quoi nous pouvons les penser, permettant ainsi à la science d'avoir une assise immuable. Les choses du monde sensible, en perpétuel devenir, participent à ces archétypes, dont elles reçoivent le nom. Mais l'intelligibilité même des Formes est reçue d'une réalité que Platon situe au-delà de l'être, et qui est le Bien, comparable au soleil. C'est ce monde métaphysique auquel le philosophe aspire, et il doit s'efforcer de le contempler et de le connaître, autant que sa nature mixte (esprit et corps) y peut parvenir, en attendant d'y séjourner, après la mort (Phédon).

La dialectique ascendante
Monde intelligible Monde sensible
Science Opinion
Idées Objets mathématiques Objets sensibles Ombres des objets sensibles
Connaissance rationnelle intuitive Connaissance rationnelle discursive Croyances Imaginations

L'Un infini et l'infinité non-qualifié

Méthode de la connaissance

Outre la dialectique des dialogues socratiques, Platon a développé plusieurs méthodes de conduite du raisonnement :

  • méthode des conséquences, qui consiste à examiner toutes les conséquences d'une hypothèse ;
  • méthode de division, qui consiste à diviser l'objet que l'on cherche à définir en procédant à l'analyse des espèces et des différences qu'il contient.

C'est la réminiscence qui selon Platon nous permet de connaître les Idées. Cette thèse suppose l'immortalité de l'âme qui, en séjournant dans un monde intelligible supérieur au monde empirique, se souvient des réalités divines qu'elle y a vues.

Cosmologie

Utilisation du mythe

Platon utilise le mythe à plusieurs reprises. Cette utilisation, dans le cas de la description du monde s'explique par la difficulté suivante : si, pour connaître une chose, il faut connaître sa causalité, comment connaître l'acte créateur de la cause ?

L'acte de connaissance doit en effet être le reflet d'un acte créateur qui est inconcevable : comment dans ce cas parler de l'origine du monde ? L'acte créateur n'est-il pas au-delà de tout discours rationnel ? Pourtant l'acte créateur fonde la possibilité de la rationalité. C'est ainsi que Platon se demande comment parler de l'origine du monde sensible, puisque la connaissance dialectique, qui articule les Formes intelligibles, est ici inopérante. On ne peut parler du monde que par un discours qui lui ressemble : un mythe vraisemblable, apparenté au sensible. Le mythe vraisemblable décrit une situation en transposant dans l'espace et le temps les relations que la pensée conçoit sans pouvoir les exposer dialectiquement ; le mythe doit donc être interprété, il ne doit pas être confondu avec la réalité. Il faut traduire en rapport d'idées ce que le mythe a assemblé en fait. Le récit de l'organisation du cosmos par le démiurge va en donner un exemple.

L'organisation du cosmos par le démiurge

Pour connaître le monde, il faut se rapporter à sa cause. La question est de savoir comment exprimer l'antériorité logique d'une cause par rapport à son effet dans le récit.

Ainsi, dans le Timée, Platon décrit le démiurge ; pour que le monde sensible existe, il faut qu'un démiurge le crée. Or, cela ne signifie pas que le démiurge a existé antérieurement au monde : il s'agit d'une simple dépendance ontologique. Il faut donc lire une rationalité derrière le déroulement des faits.

Le démiurge met les éléments constitutifs du monde en ordre, par une unité proportionnelle. Il organise les éléments avec le même rapport entre eux : c'est l'unité proportionnelle du monde visible et corporel. La création se fait donc suivant une mesure ; le temps est fabriqué suivant le nombre. Le monde sensible est un dieu vivant engendré : pour accroître cette ressemblance, le démiurge fabrique une image mobile de l'éternité, résultat d'une activité productrice, qui règle les mouvements des astres pour leur donner un mouvement circulaire uniforme : les astres deviennent les instruments de mesure du temps par leur révolution apparente. Le temps imite l'éternité dans la mesure où il se meut en cercle suivant le nombre, l'éternité étant éternellement identique à elle-même. La partie éternelle de l'âme est directement produite par le démiurge avec les ingrédients même de l'âme du monde.

Le démiurge ne produit pas les corps directement, mais délègue à des dieux subalternes qui les fabriquent tels des potiers. En revanche, l'âme du monde est produite directement de toute pièce par le démiurge.

Le monde est un être vivant, un corps et une âme, engendré à la suite d'une décision réfléchie d'un dieu, selon des procédés artisanaux. Le monde sensible est un cosmos (ordre, arrangement) qui se constitue à partir d'éléments qui lui préexistent. C'est un assemblage de Formes intelligibles et de matière chaotique. Ce n'est donc pas une création ex nihilo.

L'âme du monde est un être vivant qui possède âme, mouvement, animation ; son mouvement est mouvement de connaissance, cause de régularité des cycles célestes. L'âme est automotrice, se meut elle-même et est donc principe du mouvement de chaque être. Elle est donc aussi immortelle et impérissable. L'âme du monde est principe et cause première de l'univers ? En tant que principe premier, elle doit être inengendrée ; or, dans le mythe, le démiurge la fabrique.

Chaque chose, cité, univers, âme, détient un cosmos auquel elle doit se conformer.

Philosophie politique et morale

Structure de l'âme

« Ce qui est divin, immortel, intelligible, ce qui est indissoluble et possède toujours en même façon son identité à soi-même, voilà à quoi l’âme ressemble le plus. » (Phédon)

Pour Platon, l'âme :

  • est un être apparenté aux idées ;
  • a un mouvement propre ;
  • est immortelle ;
  • se divise en trois parties :
    • l'élément raisonnable (nous),
    • l'élément irascible (thumos) ,
    • et l'élément concupiscible (epithmetikov).

« Le corps est une entrave pour l'âme », « Le corps est un tombeau pour l'âme pour celui qui ne l'ouvre pas. »

Platon expose cette constitution tripartite de l'âme dans le Phèdre et dans La République. Le premier, privilégié par le philosophe, est le plus noble des trois. Le second, caractéristique de la volonté d'enrichissement personnel, de bonne réputation et des tentatives de prouesses qui en découlent, n'est utile que s'il se met au service de l'élément raisonnable, afin de maîtriser le troisième, qui mène irrémédiablement au vice. Chacune de ces parties possède une vertu qui lui est propre : la sagesse, le courage et la tempérance ; l'harmonie de ces trois parties est la vertu de justice.

Platon croyait l'âme immortelle et chercha à le prouver dans le Phédon. Cette immortalité se lie à la thèse de la migration des âmes et leurs purifications après la mort qu'il décrit dans des mythes (Gorgias par exemple).

La Cité platonicienne

Platon estime que la science (ou contemplation des Idées) est supérieure à la pratique, à l'art, à la simple technique empirique : l'aspirant au savoir (le philosophe), au-dessus de la foule esclave des passions et des illusions des sens (la caverne de la République que nous modernes, nous pourrions comparer aux médias), est le seul vrai politique (comme Socrate le pensait de lui-même). La politique de Platon est donc une politique qui prétend régir intégralement la vie des hommes, en les organisant dans un système de fonctions dont la tripartition (philosophes, gardiens et travailleurs) est d'origine indo-européenne (on la retrouvera dans l'Ancien Régime). Cette organisation politique doit éviter que les sociétés ne tombent dans la décadence. Platon refuse en conséquence tout individualisme, tout droit à l'originalité et à la liberté subjective (qui n'est qu'un manque de discipline, le résultat d'une éducation défectueuse), car la vérité est une et absolue : c'est elle seule que l'on doit suivre, et elle est connue du seul philosophe.

Ainsi, par sa thèse fondamentale d'une réalité ultime sur laquelle les philosophes établissent leur autorité, on a pu dire que le platonisme est une doctrine politico-théologique préfigurant les développements totalitaires du christianisme (cf. Père de l'Église) ou du marxisme léniniste.

Parallèles entre l'homme juste et la Cité juste

C'est dans La République que Platon expose les théories relatées ci-dessus. Le but de cet ouvrage est de définir la justice chez l'homme. Mais avant d'étudier cette notion à l'échelle de l'individu, Socrate réalise une étude à plus grande ampleur, dans le cadre de la cité.

Tout d'abord, la Cité juste est définie comme étant celle qui est gouvernée par les philosophes, appuyés par les gardiens (oi phulakoi), afin de dominer la masse et de lui imposer les décisions les plus justes possibles.

Platon établit alors un parallèle avec l'âme humaine : dans l'âme du juste, l'élément raisonnable, appuyée par l'élément irascible, domine l'élément concupiscible, l'empêchant ainsi de nuire.

La notion de justice, au final, résulte donc de l'instauration d'un ordre strict et conforme à la nature, afin de réaliser ce qui est bon, et ce, à quelque échelle que ce soit.

Classification des régimes

Platon décrit l'évolution des régimes politiques dans La République (545c - 576b) ; selon lui, cinq régimes se succèdent, du meilleur (le régime parfait) au pire :

  • la gouvernance des philosophes, qu'il nomme « aristocratie » est le seul régime parfait ; il correspond à l'idéal du « philosophe-roi » qui réunit pouvoir et sagesse entre ses mains pour guider l'Homme. Comme « tout ce qui naît est soumis à corruption », ce régime est suivi par quatre régimes imparfaits :
  • la timocratie (régime fondé sur l'honneur)
  • l'oligarchie (régime fondé sur les richesses)
  • la démocratie (régime fondé sur l'égalité)
  • la tyrannie (régime fondé sur le désir) ; ce dernier régime marque la fin de la politique, puisqu'il abolit les lois.

Cette dégradation est le fait du temps, qui est la loi inéluctable à laquelles sont soumises toutes les constitutions.

Œuvres

L'ensemble des œuvres de Platon se compose de 35 Dialogues, de lettres, d'un livre de définitions et de six dialogues apocryphes.

  • Premiers dialogues :
    • Premier Alcibiade
    • Second Alcibiade
    • Hippias mineur
    • Euthyphron
    • Lachès
    • Charmide
    • Lysis
    • Hippias majeur
    • Ion
  • Protagoras
  • Euthydème
  • Gorgias
  • Ménexène
  • Ménon
  • Cratyle
  • Apologie de Socrate
  • Criton
  • Phédon
  • Le Banquet
  • Phèdre
  • La République
  • « Lettre 7 »
  • Théétète
  • Parménide
  • Le Sophiste
  • Politique
  • Philèbe
  • Timée
  • Critias
  • Les Lois
  • Authenticité douteuse :
    • Hipparque
    • Rivaux
    • Théagès
    • Clitophon
    • Minos
    • Épinomis
    • Définitions
  • Dialogues apocryphes :
    • Axiochos
    • De la Justice
    • De la vertu
    • Démodocos
    • Sisyphe
    • Eryxias

Note : on peut trouver les traductions de ces œuvres, entre autres, dans la collection de poche Garnier-Flammarion. Le texte (avec la traduction) est édité dans la Collection des Universités de France (Belles Lettres)

Bibliographie

  • Victor Brochard, La théorie platonicienne de la participation ;
  • Victor Brochard, La morale de Platon ;
  • Léon Robin, Platon ;
  • Léon Robin, La Théorie platonicienne des Idées et des Nombres d'après Aristote ;
  • Jean Brun, Platon et l'Académie, PUF, coll. « Que sais-je ? » ;
  • Alexandre Koyré, Introduction à la lecture de Platon ;
  • G. Lewis-Rodis, Platon ;
  • Karl Popper, La société ouverte et ses ennemis ;
  • François-Xavier Ajavon, L'eugénisme de Platon, L'Harmattan, 2002 ;
  • U. von Wilamowitz-Moellendorf, Platon ;
  • Alain, Platon.
Voir aussi : bibliographie Platonicienne 1992-1994 par Luc Brisson.

Liens externes

Monsanto

Monsanto est une société multinationale spécialisée dans la biotechnologie végétale fondée en 1901 par John Francis Queeny.

La société est principalement connue pour vendre l'herbicide Roundup, ainsi que les graines génétiquement modifiées pour résister à ce produit.

Histoire

  • Première partie du XXe siècle : Monsanto fabrique des insecticides au PCB dans les villes d'East Saint Louis (Illinois) et Times Beach (Missouri); deux villes dont les habitants souffrirent de graves troubles (développement, reproduction).
  • Pendant la Guerre du Vietnam, Monsanto fournit à l'armée américaine l'agent orange, défoliant puissant. Celui-ci, peu raffiné, contenait de la dioxine, que l'on pose souvent comme responsable des souffrances des Vietnamiens et des vétérans américains.
  • 1994 : la FDA accorde à Monsanto l'autorisation de commercialisation de l'hormone de croissance destinée à accélérer la prise de poids du bœuf. Le « bœuf aux hormones » est né.
  • 1998 : Monsanto est condamné aux États-Unis pour publicité mensongère concernant la biodégradabilité de son herbicide universel : le Roundup n'a jamais fait l'objet d'étude scientifique prouvant sa biodégradabilité au contact du sol, alors même que la firme continue à diffuser cette information en Europe.
  • 2004 : les 25 pays de l'Union européenne ont débattu sur la demande d'importation du maïs OGM Mon 863 formulée par Monsanto. Douze états ont voté contre, huit pays ont voté pour (dont la France), et cinq se sont abstenus.

(Source : « La Terre en Héritage », Jean Marie Pelt)

Liens externes

Source : Wikipedia

CO2 mon amour

CO2 mon amour est une émission de radio diffusée le samedi de 14 h à 15 h sur France Inter, animée par Denis Cheissoux, et réalisée par Xavier Pestuggia.

L'émission CO2 mon amour parle d'environnement de manière objective et réaliste, loin des clichés et clivages politiques. L'émission est d'ailleurs l'une des seules à apporter sa contribution aux grands débats actuels sur l'environnement. En ce sens elle est précurseur.

D'autres personnes accompagnent Denis Cheissoux dans ces émissions : le botaniste Jean-Marie Pelt, et les chroniqueurs Nathalie Fontrel et Jean-Pierre Raffin.

Lien externe

Source : Wikipedia

vendredi 6 janvier 2006

Allégorie de la caverne de Platon

Allégorie de Platon 1

La caverne de Platon est une célèbre allégorie du philosophe grec Platon, qu'il utilise dans le livre VII de La République : à l'époque actuelle, lorsqu'elle est citée, elle concerne la représentation partielle que se font les hommes du monde réel.

L'allégorie de la caverne

Cette allégorie raconte l'histoire d'hommes enchainés dans une caverne, face aux parois de la grotte. Derrière eux, au centre de la caverne, se trouve un grand brasier autour duquel passent différents objets. Les Hommes ne peuvent donc distinguer que les ombres de ces objets défilant sur la paroi. N'ayant depuis toujours que cette vision du monde, ils pensent que les ombres sont le monde réel. Cette vision est évidemment imparfaite, mais c'est la seule à laquelle ils aient accès. Un jour cependant, l'un des hommes parvient à se libérer. Il sort de la caverne et observe le monde réel. Il retourne dans la grotte pour en faire part aux autres hommes mais ceux-ci ne le croient pas, trop endoctrinés par l'obscurantisme. Le nouveau mode de penser le monde proposé par l'Homme sorti de la caverne (qui symbolise le philosophe) est rejeté car il remet trop en cause les idées préconçues que les Hommes ont intégrées.

Dans le monde actuel, lorsqu'on cite la caverne de Platon, c'est à cette interprétation qu'on fait référence.

Le principe de cette allégorie reste toujours valable dans la physique moderne : l'image que le physicien se fait de la réalité n'est-elle pas biaisée ? À de nombreuses reprises, des découvertes scientifiques ont amené les physiciens à repenser leur conception de la réalité.

L'allégorie de la caverne renvoie ainsi à l'éducation.

Le contexte de l'époque, pour Platon

Voici une des interprétations possibles du texte de Platon, dans le contexte de l'époque : Platon évoque le monde illusoire dans lequel vivent les citoyens d'Athènes. Cette démocratie ne le satisfait pas (depuis la condamnation et la mort de Socrate).

L'allégorie de la caverne de Platon dans la culture populaire

Dans le premier film Matrix, les personnages se font une fausse idée de la réalité : ils croient être en train de se battre contre des ennemis, alors que la réalité est toute autre : leurs différents sens (ouïe, vue, toucher, etc.) leur donnent des informations cohérentes, mais fausses. Pour éviter de révéler l'intrigue du film, nous n'en dirons pas plus.

Source : Wikipedia

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Extraits du Livre de la Source de Vie de Salomon Ibn Gabirol

Salomon ibn Gabirol dit Avicebron, est un philosophe juif.

Disciple : Qu’est-ce que l’homme doit rechercher dans cette vie ?

Maître : Puisque la partie connaissante de l’homme est la meilleure, ce qu’il faut surtout rechercher, c’est la connaissance. Mais ce qu’il est le plus nécessaire de connaître, en fait de connaissance, c’est de se connaître soi-même ; afin que de ce fait l’homme connaisse clairement les choses qui sont hors de lui, car son essence comprend toutes choses et les pénètre, et toutes les choses sont soumises à sa puissance. (...)

Disciple : Quelle est donc la cause finale de la génération de l’homme ?

Maître : L’attachement de son âme au monde supérieur, afin que chaque chose retourne à ce qui lui est semblable.

Disciple : Comment atteindrons-nous cela ?

Maître : Par la connaissance et l’action, parce que c’est par la connaissance et l’action que l’âme se lie au monde supérieur (...) la cause de la génération de l’homme, c’est le fait que la connaissance passe dans l’âme, de la puissance à l’acte. »

Source : Salomon Ibn Gabirol, Livre de la Source de Vie, Aubier Montaigne, 1970.

jeudi 5 janvier 2006

Le petit Prince

Source : Wikipedia

Le Petit Prince
« Voilà le meilleur portrait que, plus tard, j'ai réussi à faire de lui. »
Le Petit Prince, chapitre II.

Le Petit Prince est l'œuvre la plus connue d'Antoine de Saint-Exupéry. Publié en 1943, c'est un conte philosophique très poétique qui, sous l'apparence d'un conte pour enfants, aborde des thèmes profonds comme la vie et l'amour, la mort, l'amitié, les attitudes et préoccupations face à la vie, voire le suicide. En fait, chaque chapitre relate une des rencontres du petit prince et contient une moralité, une ou deux phrases simples sur l'amitié, la vie, etc.

L'œuvre est également illustrée par l'auteur lui-même. Ses dessins, simples et d'un style un peu naïf, sont tout aussi célèbres que le livre lui-même.

Résumé de l'histoire

Attention : Ce qui suit dévoile tout ou partie de l'œuvre !

Le narrateur est un aviateur qui, à la suite d'une panne de moteur, a dû se poser en catastrophe dans le désert du Sahara et doit tenter seul une réparation difficile. C'est pour lui une question de vie ou de mort.

Le lendemain de son atterrissage forcé, il est réveillé par une petite voix qui lui demande « S'il vous plaît... dessine-moi un mouton ! ». Le petit garçon qui lui a demandé cela se révèle être un petit prince arrivé des étoiles. L'aviateur, d'abord surpris, commence par dessiner plusieurs moutons, mais aucun ne convient, jusqu'à ce que, excédé, il dessine une boîte avec des trous dans laquelle il explique qu'il y a un petit mouton, ce qui convient tout à fait au petit prince.

Au fil des discussions, le petit prince raconte son histoire. Il vit sur un astéroïde appelé B612, à peine plus grand qu'une maison. Il a une fleur magnifique, mais très coquette et exigeante, à un tel point qu'elle rend malheureux le petit prince qui décide de s'enfuir.

Il arrive d'abord sur un astéroïde habité par un roi pour qui chacun est un sujet. Mais c'est un roi raisonnable : il estime qu'« il faut exiger de chacun ce que chacun peut donner. L'autorité repose d'abord sur la raison ». Puis le petit prince passe sur une planète habitée par un vaniteux, qui croit que tout le monde est un admirateur. Après cela, il arrive sur un astéroïde habité par un buveur. Celui-ci boit pour oublier qu'il a honte... de boire. Ensuite, le petit prince arrive sur la planète d'un businessman dont le seul bonheur est de compter les étoiles qu'il possède (puisqu'il est le premier à avoir eu l'idée de les posséder). La cinquième planète visitée par le petit prince est habitée par un allumeur de réverbères qui doit allumer et éteindre son réverbère une fois par minute tant sa planète tourne vite. La sixième planète, beaucoup plus grande, est habitée par un géographe. Celui-ci lui conseille d'explorer la planète Terre, qui a « une bonne réputation »...

Sur Terre, le petit prince rencontre tout d'abord un serpent qui ne parle que par énigmes, puis une petite fleur de rien du tout, puis l'écho des montagnes qui ne fait que tout répéter, et enfin il arrive dans un jardin de roses. Il se rend alors compte que sa fleur n'était pas unique et devient bien malheureux. Peu après, il rencontre un renard dont le seul souhait est d'être apprivoisé par le petit prince. Lorsque cela est fait et que les deux amis vont se séparer, le renard donne un conseil simple au petit prince : « on ne voit bien qu'avec le cœur ; l'essentiel est invisible pour les yeux ». Il apprend ainsi que l'on « est responsable de ce que l'on a apprivoisé ». Plus tard, le petit prince rencontre successivement un aiguilleur et un marchand avant de rencontrer l'aviateur. Guidé par la fragilité et la candeur du petit prince, il finit par découvrir un puits dans le désert. Peu après, le petit prince lui explique que ça fait presque un an qu'il est arrivé sur terre, tout près de là. Il lui apprend aussi que le lendemain, il doit rentrer sur sa planète pour s'occuper de sa fleur dont il se sent responsable. En compagnie de l'aviateur, le petit prince revient sur le lieu exact où il était arrivé sur Terre et attend qu'un « éclair jaune » le touche à la cheville. Puis, « il [tombe] doucement comme tombe un arbre ».

Traductions

En 2005, Le Petit Prince a été traduit en toba, une langue du nord de l'Argentine, sous le titre So Shiyaxauolec Nta'a. C'est le premier livre à avoir été traduit dans cette langue après le Nouveau Testament.

Il y a plus de 150 traductions du Petit Prince, avec plus de 300 éditions. Pour les seules langues régionales française, on peut parler de l'Occitan, de l'Alsacien, du Provençal, du Basque, du Languedocien, du Créole réunionnais, du Breton, du Corse ou du Francique mosellan.

Adaptations

  • 1954 : adaptation phonographique, avec Gérard Philipe dans le rôle du récitant et Georges Poujouly dans celui du Petit Prince
  • 1966 : film soviétique (Malenkiy prints) du réalisateur lituanien Arünas Zebriünas
  • 1972 : adaptation phonographique, avec Jean-Louis Trintignant dans le rôle du récitant et Éric Damain dans celui du Petit Prince
  • 1973 : adaptation phonographique, avec Marcel Mouloudji dans le rôle du récitant et Éric Rémy dans celui du Petit Prince
  • 1974 : film américain (The Little Prince) de Stanley Donen
  • 1978 : adaptation phonographique, avec Jean-Claude Pascal dans le rôle du récitant
  • 1979 : dessin animé américain (The Little Prince) de Susan Shadburne
  • 1990 : téléfilm allemand (Der kleine Prinz) de Theo Kerp
  • 1990 : adaptation phonographique, avec Pierre Arditi dans le rôle du récitant et Benjamin Pascal dans celui du Petit Prince
  • 2002 : comédie musicale (Le petit prince) de Richard Cocciante
  • 2003 : opéra américain (The Little Prince) de Rachel Portman
  • Un astéroïde : 46610 Bésixdouze a été nommé d'après la planète d'origine du petit prince.

Voir aussi

2005 est l'année la plus chaude jamais enregistrée en Australie

L'été - Fremantle Harbour, Australie occidentale
L'été - Fremantle Harbour, Australie occidentale
photo prise le 23 décembre 2005

4 janvier 2006. –

Selon le Bureau of Meteorology (BOM) australien, l'année 2005 a été l'année la plus chaude depuis 1910, date à laquelle la mesure des températures s'est généralisée. Les données montrent que la température moyenne a été 1.09°C au dessus de la température moyenne standard étalon 1961-90.

Le Bureau of Meteorology a déclaré que c'était une preuve de plus du changement de climat.

Blair Trewin, du Bureau of Meteorology, a indiqué que « nous avons vu le retrait complet de la ligne de neige hivernale. Nous avons vu la fréquence de verglas diminuer, surtout dans le Queensland, et le nombre de jours extrêmement chauds augmenter ».

« Toutes les projections selon nos modèles climatiques prévoient un réchauffement continue tout le XXIe siècle. De tels chiffres... sont d'autres preuves que le changement du climat est réel et que c'est un problème réel ».

Le précédent record daté de 1998 avec un +0.84°C au dessus de la moyenne.

Alors que les années chaudes précédentes avaient été influencées par El Niño, ce n'est pas le cas pour 2005. Depuis 1910 les températures ont gagné 0.9ºC.

Sources

Source : Wikinews

La société russe Gazprom

Gazprom (Газпром) est une société russe de production et de transport de gaz naturel. Depuis 1954, elle est le premier exploitant et le premier exportateur de gaz au monde.

Description

Elle est devenue l'un des outils de la politique extérieure russe. En effet, elle permet à l'État russe de contrôler l'essentiel de l'exportation de gaz naturel et d'exercer un moyen de pression sur les pays clients.

Elle fournit 90 % de la production de gaz naturel russe et 23 % de la production mondiale, tout en ayant des réserves estimées à 17 800 km3. La société possède notamment le gisement de l'Ourengoï. Ses clients se trouvent en Europe centrale et occidentale, ainsi que dans l'ancienne U.R.S.S.

En 2005, la société contribue pour 20 % aux recettes budgétaires russes et contribue à hauteur de 8 % au PIB. Elle emploie plus de 300 000 personnes.

Historique

Cette société est issue du ministère soviétique du gaz.

En septembre 2005, Gazprom a annoncé la construction, pour 2010, d'un gazoduc de 1 200 km sous la mer Baltique. L'un des objectifs est de contourner la Pologne et L'Ukraine.

Un outil au service de la politique étrangère de la Russie

Dépendance à la fourniture de gaz russe

Gazprom fournit à l'Europe occidentale 25 % de ses besions en gaz naturel en 2005. Ainsi, les Etats Baltes sont dépendants à 100 %, l'Autriche à 55 %, l'Allemagne à 37 %, 21 % à la France... C'est pourquoi Moscou peut utiliser cette dépendance énergétique pour faire pression sur les pays concernés.

Un moyen de pression dans la politique de voisinage

80% des approvisionnements de l'Europe en gaz russe transitent par l'Ukraine. Cela explique la crise du début de l'année 2006.

La crise de janvier 2006

Le 1er janvier 2006, elle a décidé de suspendre toute exportation de son gaz vers l'Ukraine en raison de la non-renégociation de son contrat. Jusqu'au 31 décembre 2005, l'Ukraine bénéficiait de prix avantageux grâce à ses bonnes relations et son statut d'ancien pays de l'U.R.S.S. Or, depuis la révolution orange de novembre 2004, les relations russo-ukrainienne se sont considérablement dégradées.

Gazprom souhaite aligner le prix du gaz ukrainien, jusque là fortement subventionné (50 dollars US par 1000 m3), sur celui du marché européen (230 dollars US). L'Ukraine refuse une telle proposition et, depuis le 1er janvier 2006, Gazprom a coupé l'alimentation en gaz. Or, les gazoducs reliant la Russie aux pays européens passent tous par l'Ukraine, ce qui pose certains soucis d'approvisionnement pour les pays européens, car Kiev menace de se servir directement aux gazoducs européens en cas de pénurie trop importante. Pour plus de détails, voir [1].

Le 3 janvier 2006, l'Ukraine accepte l'alignement sur le prix du marché européen et Gazprom recommence à alimenter les gazoducs à pleine capacité (pour plus de détails, voir [2]). Les termes de cet accord imposent, en pratique, une augmentation moins sévère du prix du gaz. L'Ukraine paiera en pratique 95 dollars US par 1000 m3, car elle s'alimentera à plusieurs sources, certaines demandant un prix de 50 dollars US. (Pour plus de détails, voir [3].)

Source : Wikipedia

mercredi 4 janvier 2006

L'appel de Jimmy Wales, fondateur de Wikipedia pour un Internet plus libre

Extraits de Un appel personnel de Jimmy Wales, fondateur de Wikipedia (Fondation Wikimedia) invitant à soutenir financièrement la fondation Wikimedia : le succès toujours grandissant de leur encyclopédie engendrant un besoin de serveurs, de bande passante toujours plus importants.

Jimmy Wales en France
Jimbo Wales au Parc des Buttes Chaumont à Paris

Wikipedia est basée sur une idée très radicale, la réalisation des rêves que la plupart d’entre nous ont toujours eus sur ce qu’Internet peut et doit devenir. Des milliers de personnes du monde entier, de toutes les cultures, travaillant ensemble et en harmonie pour partager librement des informations claires, objectives et basées sur des faits réels... un désir simple et pur, celui de faire de notre monde un endroit meilleur.

Il s’agit d'une attaque profonde au cœur d’une culture de plus en plus superficielle, propriétaire et anti-intellectuelle. C’est une attaque profonde contre la prétention qu’Internet ne serait autre qu’un lieu à débats hostiles et stériles. C’est un appel à ce qu’il y a de meilleur en nous.

La presse n’arrête pas de me demander pourquoi je fais tout ceci et pourquoi les Wikipediens le font. Je crois que vous savez tous pourquoi.

Je ne peux pas parler pour tout le monde, mais je peux parler pour moi-même. Je fais ceci pour l’enfant en Afrique qui pourra utiliser manuels libres et travaux de référence produits par notre communauté afin de trouver une solution à l’écrasante pauvreté qui l’entoure. Mais pour cet enfant, un site internet n’est pas assez. Nous devons trouver des façons pour faire parvenir notre travail à ces personnes sous une forme qui pourra réellement leur être utile.

Je fais également tout ceci pour ma fille, qui, je l’espère, grandira dans un monde où la culture sera libre et non propriétaire, où le contrôle du savoir sera dans les mains de tout le monde sous forme d'œuvres qu’ils pourront adopter, modifier et partager librement sans devoir demander la permission à qui que ce soit.

Nous sommes déjà en train de nous réapproprier Internet. Avec votre aide, nous pouvons nous réapproprier le monde.

Le Bisaïeul de Hans Christian Andersen

Le conte n'est pas de moi. Je le tiens d'un de mes amis, à qui je donne la parole : Notre bisaïeul était la bonté même ; il aimait à faire plaisir, il contait de jolies histoires ; il avait l'esprit droit, la tête solide. A vrai dire il n'était que mon grand-père ; mais lorsque le petit garçon de mon frère Frédéric vint au monde, il avança au grade de bisaïeul, et nous ne l'appelions plus qu'ainsi. Il nous chérissait tous et nous tenait en considération ; mais notre époque, il ne l'estimait guère. " Le vieux temps, disait-il, c'était le bon temps. Tout marchait alors avec une sage lenteur, sans précipitation ; aujourd'hui c'est une course universelle, une galopade échevelée ; c'est le monde renversé. "

Quand le bisaïeul parlait sur ce thème, il s'animait à en devenir tout rouge ; puis il se calmait peu à peu et disait en souriant : « Enfin, peut-être me trompé-je. Peut-être est-ce ma faute si je ne me trouve pas à mon aise dans ce temps actuel avec mes habitudes du siècle dernier. Laissons agir la Providence. »

Cependant il revenait toujours sur ce sujet, et comme il décrivait bien tout ce que l'ancien temps avait de pittoresque et de séduisant : les grands carrosses dorés et à glaces où trônaient les princes, les seigneurs, les châtelaines revêtues de splendides atours ; les corporations, chacune en costume différent, traversant les rues en joyeux cortège, bannières et musiques en tête ; chacun gardant son rang et ne jalousant pas les autres. Et les fêtes de Noël, comme elles étaient plus animées, plus brillantes qu'aujourd'hui, et le gai carnaval ! Le vieux temps avait aussi ses vilains côtés : la loi était dure, il y avait la potence, la roue ; mais ces horreurs avaient du caractère, provoquaient l'émotion. Et quant aux abus, on savait alors les abolir généreusement : c'est au milieu de ces discussions que j'appris que ce fut la noblesse danoise qui la première affranchit spontanément les serfs et qu'un prince danois supprima dès le siècle dernier la traite des noirs.

- Mais, disait-il, le siècle d'avant était encore bien plus empreint de grandeur ; les hauts faits, les beaux caractères y abondaient.

- C'étaient des époques rudes et sauvages, interrompait alors mon frère Frédéric ; Dieu merci, nous ne vivons plus dans un temps pareil.

Il disait cela au bisaïeul en face, et ce n'était pas trop gentil. Cependant il faut dire qu'il n'était plus un enfant ; c'était notre aîné ; il était sorti de l'Université après les examens les plus brillants. Ensuite notre père, qui avait une grande maison de commerce, l'avait pris dans ses bureaux et il était très content de son zèle et de son intelligence. Le bisaïeul avait tout l'air d'avoir un faible pour lui ; C'est avec lui surtout qu'il aimait à causer ; mais quand ils en arrivaient à ce sujet du bon vieux temps, cela finissait presque toujours par de vives discussions ; aucun d'eux ne cédait ; et cependant, quoique je ne fusse qu'un gamin, je remarquai bien qu'ils ne pouvaient pas se passer l'un de l'autre. Que de fois le bisaïeul écoutait l'oreille tendue, les yeux tout pleins de feu, ce que Frédéric racontait sur les découvertes merveilleuses de notre époque, sur des forces de la nature, jusqu'alors inconnues, employées aux inventions les plus étonnantes !

- Oui, disait-il alors, les hommes deviennent plus savants, plus industrieux, mais non meilleurs. Quels épouvantables engins de destruction ils inventent pour s'entre-tuer !

- Les guerres n'en sont que plus vite finies, répondait Frédéric ; on n'attend plus sept ou même trente ans avant le retour de la paix. Du reste, des guerres, il en faut toujours ; s'il n'y en avait pas eu depuis le commencement du monde, la terre serait aujourd'hui tellement peuplée que les hommes se dévoreraient les uns les autres.

Un jour Frédéric nous apprit ce qui venait de se passer dans une petite ville des environs. A l'hôtel de ville se trouvait une grande et antique horloge ; elle s'arrêtait parfois, puis retardait, pour ensuite avancer ; mais enfin telle quelle, elle servait à régler toutes les montres de la ville. Voilà qu'on se mit à construire un chemin de fer qui passa par cet endroit ; comme il faut que l'heure des trains soit indiquée de façon exacte, on plaça à la gare une horloge électrique qui ne variait jamais ; et depuis lors tout le monde réglait sa montre d'après la gare ; l'horloge de la maison de ville pouvait varier à son aise ; personne n'y faisait attention, ou plutôt on s'en moquait.

- C'est grave tout cela, dit le bisaïeul d'un air très sérieux. Cela me fait penser à une bonne vieille horloge, comme on en fabrique à Bornholmy, qui était chez mes parents ; elle était enfermée dans un meuble en bois de chêne et marchait à l'aide de poids. Elle non plus n'allait pas toujours bien exactement ; mais on ne s'en préoccupait pas. Nous regardions le cadran et nous avions foi en lui. Nous n'apercevions que lui, et l'on ne voyait rien des roues et des poids. C'est de même que marchaient le gouvernement et la machine de l'État. On avait pleine confiance en elle et on ne regardait que le cadran. Aujourd'hui c'est devenu une horloge de verre ; le premier venu observe les mouvements des roues et y trouve à redire ; on entend le frottement des engrenages, on se demande si les ressorts ne sont pas usés et ne vont pas se briser. On n'a plus la foi ; c'est là la grande faiblesse du temps présent.

Et le bisaïeul continua ainsi pendant longtemps jusqu'à ce qu'il arrivât à se fâcher complètement, bien que Frédéric finit par ne plus le contredire. Cette fois, ils se quittèrent en se boudant presque ; mais il n'en fut pas de même lorsque Frédéric s'embarqua pour l'Amérique où il devait aller veiller à de grands intérêts de notre maison. La séparation fut douloureuse ; s'en aller si loin, au-delà de l'océan, braver flots et tempêtes.

- Tranquillise-toi, dit Frédéric au bisaïeul qui retenait ses larmes ; tous les quinze jours vous recevrez une lettre de moi, et je te réserve une surprise. Tu auras de mes nouvelles par le télégraphe ; on vient de terminer la pose du câble transatlantique. En effet, lorsqu'il s'embarqua en Angleterre, une dépêche vint nous apprendre que son voyage se passait bien, et, au moment où il mit le pied sur le nouveau continent, un message de lui nous parvint traversant les mers plus rapidement que la foudre.

- Je n'en disconviendrai pas, dit le bisaïeul, cette invention renverse un peu mes idées ; c'est une vraie bénédiction pour l'humanité, et c'est au Danemark qu'on a précisément découvert la force qui agit ainsi. Je l'ai connu, Christian Oersted, qui a trouvé le principe de l'électromagnétisme ; il avait des yeux aussi doux, aussi profonds que ceux d'un enfant ; il était bien digne de l'honneur que lui fit la nature en lui laissant deviner un de ses plus intimes secrets.

Dix mois se passèrent, lorsque Frédéric nous manda qu'il s'était fiancé là- bas avec une charmante jeune fille ; dans la lettre se trouvait une photographie. Comme nous l'examinâmes avec empressement ! Le bisaïeul prit sa loupe et la regarda longtemps.

- Quel malheur, s'écria le bisaïeul, qu'on n'ait pas depuis longtemps connu cet art de reproduire les traits par le soleil ! Nous pourrions voir face à face les grands hommes de l'histoire. Voyez donc quel charmant visage ; comme cette jeune fille est gracieuse ! Je la reconnaîtrai dès qu'elle passera notre seuil.

Le mariage de Frédéric eut lieu en Amérique ; les jeunes époux revinrent en Europe et atteignirent heureusement l'Angleterre d'où ils s'embarquèrent pour Copenhague. Ils étaient déjà en face des blanches dunes du Jutland, lorsque s'éleva un ouragan ; le navire, secoué, ballotté, tout fracassé, fut jeté à la côte. La nuit approchait, le vent faisait toujours rage ; impossible de mettre à la mer les chaloupes et on prévoyait que le matin le bâtiment serait en pièces.

Voilà qu'au milieu des ténèbres reluit une fusée ; elle amène un solide cordage ; les matelots s'en saisissent ; une communication s'établit entre les naufragés et la terre ferme. Le sauvetage commence et, malgré les vagues et la tempête, en quelques heures tout le monde est arrivé heureusement à terre.

A Copenhague nous dormions tous bien tranquillement, ne songeant ni aux dangers, ni aux chagrins. Lorsque le matin la famille se réunit, joyeuse d'avance de voir arriver le jeune couple, le journal nous apprend, par une dépêche, que la veille un navire anglais a fait naufrage sur la côte du Jutland. L'angoisse saisit tous les cœurs ; mon père court aux renseignements ; il revient bientôt encore plus vite nous apprendre que, d'après une seconde dépêche, tout le monde est sauvé et que les êtres chéris que nous attendons ne tarderont pas à être au milieu de nous. Tous nous éclatâmes en pleurs ; mais c'étaient de douces larmes ; moi aussi, je pleurai, et le bisaïeul aussi ; il joignit les mains et, j'en suis sûr, il bénit notre âge moderne. Et le même jour encore il envoya deux cents écus à la souscription pour le monument d'Oersted. Le soir, lorsque arriva Frédéric avec sa belle jeune femme, le bisaïeul lui dit ce qu'il avait fait ; et ils s'embrassèrent de nouveau. Il y a de braves cœurs dans tous les temps.

Source : Wikisource

mardi 3 janvier 2006

Martin Niemöller

Martin Niemöller (né le 14 janvier 1892 et mort le 6 mars 1984) fut un pasteur et théologien allemand.

Niemöller fut arrêté en 1937 et envoyé au camp de concentration de Sachsenhausen. Il fut ensuite transféré en 1941 au camp de concentration de Dachau.Libéré du camp par la chute du régime nazi, en 1945, il se consacrera par la suite, jusqu'à sa mort en 1984, à la reconstruction de l'Église protestante d'Allemagne.

Poème célèbre de Niemöller:

Lorsque les nazis sont venus chercher les communistes
Je n'ai rien dit
Je n'étais pas communiste.
Lorsqu'ils sont venus chercher les sociaux-démocrates
Je n'ai rien dit
Je n'étais pas social-démocrate.
Lorsqu'ils sont venus chercher les syndicalistes
Je n'ai rien dit
Je n'étais pas syndicaliste.
Lorsqu'ils sont venus chercher les catholiques
Je n'ai rien dit
Je n'étais pas catholique.
Lorsqu'ils sont venus
chercher les juifs
Je n'ai rien dit
Je n'étais pas juif.
Puis ils sont venus me chercher
Et il ne restait plus personne pour protester.

Source : Wikipedia

Distribution de repas pour les SDF à St Lazare

31 decembre 2005. –

Quelques heures avant le passage à l'an 2006, les SDF de Saint Lazare ont eu la joyeuse surprise de se faire distribuer un repas par un groupe de personnes ayant décidé d'agir sans attendre pour venir en aide aux personnes en difficultés. C'est au marché de Belleville que la dizaine de bénévole est allé récupéré des denrés auprès de commerçants souvent assez compréhensifs. Ces personnes, militant du collectif "food not bombs", souhaitent reprendre en main la gestion de la société et ne pas la laisser aux seuls organismes "officiels". Les sans-domiciles ont accueillit avec bonheur la distribution gratuite mais ont appuyé sur le fait que leur principale problème n'est pas le logement mais la nourriture.

D'autres actions "food not bombs" sont prévus vers la gare du nord.

Sources

http://paris.indymedia.org/article.php3?id_article=49145

Source : Wikinews

La partie francophone du site de l'organisation Food not bombs (De la bouffe pas des bombes) est intéressant puisqu'il montre les problèmes de notre société et propose des actions dans un sens plus respectueux des autres et de l'environnement.

lundi 2 janvier 2006

Millénarisme

Le millénarisme désigne la doctrine religieuse tirée de la Bible (Apocalypse 20, v. 1 à 10) annonçant le retour de Jésus-Christ, pour un règne qui durera mille ans (mot venant du latin millenium).

Selon Le spécialiste Jean Delumeau le millénarisme a perduré au sein de l'Eglise chrétienne jusqu'à St Augustin. Mais celui ci a contribué à faire reculer la croyance millénariste car il voyait en elle des perspectives d'avenir trop charnelles ou matérielles et pas assez spirituelles. Il proposa donc une lecture symbolique de l'Apocalypse et enseigna que la naissance du Christ a fait commencer les mille ans de son règne terrestre. Puis les instances officielles de l'Eglise entérinèrent cette interprétation. Ce n'était pas là pourtant la conception des premiers pères de l'Eglise que furent Tertullien, Justin, Lactance, Papias ou Irénée, lesquels croyaient en une résurrection de la chair et à la restauration du paradis terrestre. Ils s'appuyaient pour cela sur des textes comme Isaïe 11:1-9 et 25:6-9 : "Alors le loup habitera avec l'agneau, le léopard se couchera avec le chevreau. Le veau et le lionceau seront nourris ensemble, un petit garçon les conduira. La vache et l'ourse auront même paturage, leurs petits même gîte. Le lion comme le bœuf mangera du fourrage. Le nourrisson s'amusera sur le nid du cobra. Sur le trou de la vipère le jeune enfant étendra la main...Le Seigneur essuiera les larmes de tous les visages et, par toute la terre, il effacera l'humiliation de son peuple, c'est lui qui l'a promis". Ce texte est à rapprocher de celui de l'Apocalypse 21:3-4 : "Et il essuiera toute larme de leurs yeux et la mort ne sera plus, ni deuil, ni cri, ni douleur, ne seront plus. Les choses anciennes ont disparu". Les premiers chrétiens prenaient donc ces textes au sens littéral. Depuis la fin du XIXème siècle on assiste à une résurgence du millénarisme à travers des mouvements chrétiens comme les Témoins de Jéhovah ou les Adventistes du 7ème jour. Il semble que ce soit là ce que croyaient aussi certains premiers pères de l'Eglise comme le montre leurs écrits (voir Jean Delumeau : "une histoire du paradis" et "mille ans de bonheur"). Par extension de sens, des traditions similaires présentes dans d'autres religions, prophétisant le retour ou la venue d'une divinité instaurant un règne souvent précédé de phénomènes extraordinaires ou de calamités, sont également appelées millénarisme.

Pour certains millénaristes actuels inspirés du second adventisme de Nelson Barbour et Charles Taze Russell comme les Témoins de Jéhovah, il s'agit non pas du retour physique, mais de la prise en main des affaires terrestres par le Christ. Ils interprètent le mot grec "parousia" rendu généralement par "retour" ou "venue", comme signifiant "présence", laquelle peut être invisible.

Bibliographie

  • Jean Delumeau. Une histoire du paradis, t. 2, Mille Ans de bonheur, Paris : Fayard, 1995
  • René Pache. Le retour de Jésus-Christ, Saint-Légier(Suisse): Ed. Emmaüs, 1990

Source : Wikipedia

Alpha et Omega

Significations

La tradition chrétienne assimile souvent Jésus-Christ à l'Alpha et l'Omega, du nom de la première et de la dernière lettre de l'alphabet grec (α et ω). Cela symbolise l'éternité du Christ, qui est au commencement de tout ; on peut songer notamment au premier chapitre de l'Évangile selon saint Jean, et qu'il est là jusqu'à la fin du monde (voir à ce propos l'Apocalypse selon saint Jean).

Le Jésuite Pierre Teilhard de Chardin a repris, dans sa présentation du point ω, but final de l'évolution humaine, associé à l'α de la création, cette métaphore.

Dans la numération grecque, la lettre α est le 1er chiffre de la 1er ennéade (le nombre 1, donc le plus petit) et la lettre ω le 8e chiffre de la 3e ennéade (le nombre 800, donc presque le plus grand...). De l'α à l'ω veut dire aussi du plus petit au plus grand.

L'expression française de A jusqu'à Z veut elle aussi signifier dans la totalité du champ.

Sources

Livre d'Isaïe 44-6

...Je suis le premier et le dernier ; moi excepté il n'y a pas de dieux.

L'Apocalypse de St Jean / I Lettre aux Eglises d'Asie / 1-6

Je suis l'Alpha et l'Oméga, dit le Seigneur Dieu, celui qui est, qui était et qui vient, le Tout-Puissant.

Ego sum Alpha et Omega, principium et finis, dicit Dominus Deus, qui est et qui erat et qui venturus est Omnipotens.

Εγώ ειμι το Αλφα και το Ωμεγα , λέγει κύριος ο θεός, ο ων και ο ην και ο ερχόμενος, ο παντοκράτωρ.

L'Apocalypse de St Jean / VI La Jérusalem future / 21- 6

C'en est fait, me dit-il encore ; je suis l'Alpha et l'Oméga, le Principe et la Fin ; celui qui a soif, moi, je lui donnerai de la source de vie, gratuitement.

L'Apocalypse de St Jean / VI La Jérusalem future / 22- 13

Je suis l'Alpha et l'Omega, le Premier et le Dernier, le Principe et la Fin

Traces

Elles sont innombrables dans l'iconographie chrétienne

Ce symbole est dessiné à la base du cierge pascal allumé la nuit de Pâques pour symboliser la présence du Christ au cœur du monde. Il y est associé à une croix, au millésime de l'année et à cinq grains d'encens enfoncés dans la cire.

Il figure à l'ouest et à l'est du Chrisme, encadrant le chi et le rhô.

Le porche du milieu de la Sagrada Família est divisée en deux par une colonne centrale sur laquelle le sculpteur Subirachs a ciselé les lettres alpha et ôméga réunies.

Source : Wikipedia